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Full text of "Constitution et organisation des Carbonari, ou, Documens exacts sur tout ce qui concerne l ..."

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CONSTITUTION 



KT UnuAMSATION 



DES CARBON ARl 



UOCLIMENS EXACTS 



l'AK M- SAliv 1-H>M>„ 



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M 



CONSTITUTION 



ET ORGANISATION ' 



DES CARBON^RÏ. 



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Kf^ 



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9 



AVIS DE L'EDITEUR. 



S'il pouvait s'élever encore quelques 
)utes sur les intentions de certains hom- 
es qui s'intitulent libéraux , la Consti- 
.tion des Carbonari que je donne au 
iblic, traduite de V italien , est bien faite 
)ur les dissiper. N'a-t-on pas entendu 
s prétendus amis de la monarchie sou- 
nîr les insurgés de Naples et se réunir 
ir leurs vœux aux Carbonari ? Eh bien , 
le veulent les Carbonari ? Rien autre 
lose que la destruction des gouverne- 
ens légitimes. A leurs yeux les rois sont 
;s brigands couronnés. Les jacobins de 

république , les soi-disant libéraux de 
us les temps et de tous les pays, les 
uminés et les Carbonari ont toujours 
se au même but, travaillé aux mêmes 
^ultats. 

Je n'ai eu en imprimant cet ouvrage 
autre intention que de dévoiler les vues 
volutionnaires et criminelles de cette 
cte si nombreuse et trop peu connue. 



Je ne puis cependant m^empécîier de 
faire une réflexion : Est-il bien nécessaire 
de répandre du sang pour opérer la des- 
truction des Carbonari ? Ce sont des 
ennemis vaincus qui ne sont plus redou- 
tables 5 il faut les surveiller , non les tuer. 
Les persécutions n'ont jamais produit que 
du fanatisme. 

Quant à nous. Français , puissions-nous 
n'avoir jamais besoin du secours de la 
Sainte - Alliance pour éloigner de notre 
pays le fléau des révolutions et les Hor- 
reurs de la guerre qui en est la suite iné- 
vitable ! 






INTRODUCTION. 

Jr EN.DANT mon séjour à Vérone en 1807 , 
je fus assez heureux pour connaître le bon 
père P , supérieur du couvent des Ré- 
collets (i). Ce vertueû^ ecclésiastique, 
généralement estimé dans toute cette par- 
tie de ritalie , avait pour moi un attache- 
ment sincère. Sa morale était douce et per- 
suasive^ son âme était grande et noç moins 
pure que sa morale : je Faimaîs beaucoup. 
Auprès des incrédules il commençait par 

émettre des doutes , ensuite , comme s'il 

■ I I ■ I I I ■ I II II» I II, 

(i) Religieux réformés de l'ordre de Saint-Fran- 
çois. On leur donna le nom de Récollets , qui signifie 
recueillis , parce qu'ils faisaient profession 'de mener 
une vie plus austère et plus recueillie que les au- 
tres reliffieux de l'ordre de Saint-François. 

En Italie , on les nommait aussi gli Refotmatî et 
gll Soccoiantij parce qu'ils portaient pour chaussure 
de grosses sandales qu'ils appelaient soc&. La semelle 
et le talon de ces sandales étaient de bois. 

A Vérone, ces religieux, au nombre de cin- 
quante , étaient chargés de l'instruction des enfans ^ 
et des prédications dans toutes les églises de la Tille. 

1 



( 2 ) 

eût voulu s'ëclaîrer, il cherchait à les dis- 
cuter avec eux ; et dès lors sa piété et son 
érudition profonde, dont on ne s'aperce- 
vait point d'abord, venaient rétablir lés 
faits, accumuler les preuves, persuader, 
convaincre. Semblable au soleil, d'où jail- 
lit la lumière , sa bouche répandait la vé- 
rité. Fidèle observateur des devoirs que 
lui imposait son état, pénétré des prin- 
cipes de sa religion , il sacrifiait souvent à 
l'infortune quelque chose de son exacti- 
tude , et soumettait volontiers sa dévotion 
au maTheûr. Touché des faiblesses humai- 
nes , il excusait l'insouciance en matières 
religieuses , ne tonnait pas contre les pas- 
sions des hommes, laissait à Dieu et au 
temps le soin d'un avenir meilleur, et , sou- 
vent^ trè8-«o<ivent,Tamenait par son indul- 
gence. Ce digrte prêtre, recherché, fêté 
par toutes les familles de toutes les classes, 
qui donnait une partie de sa vie à Tins- 
truction de la j«uiresM> ^ l'autre partie 
aux pratiques de sa religion , me convain- 
quit , dans une circonstance particulière 
que je vais rapporter, que la modération ^ 



(5) 
une d^s pliis belles vertus cbrëtieunes^ est 
capable de grands effete^ la part du pou- 
voir. Un de ses récollets, confesseur ha- 
bitué du couvent des ireligieuses de Santa 
Maria Antica , se rendît coupable envers 
une sc»ur de quelques tentatives de séduc- 
tion. La supérieure, en étant instruite^ 
fit appeler le confesseur, lui reprocha sa 
conduite, et le menaça d'en parler au père 
P.,... en cas de récidive. Le confesseur ne 
tint compte de Ta vis ; et , bien cependant 
qu'il n'eût pas donné lieu à l'accuser po- 
sitivement, la supérieure attentive, crai-r 
gnant quelque scandale, entretint le pève 

P des circonstances qui lui faisai&M; 

souhaiter réloignement du confesseur. Le 

père P la rassura du mieux qu'il put, 

se conduisit comme par le passé avec le 
frère , et, quelques jours plus tard , le rem- 
plaça , d^ns la directÎAii des âmes des sœurs 
de Santa Maria ^ par un religieux d'un 
grand âge, que l'instruction des enfiins, 
dit-il au confesseur, fatiguait beaucoup 
trop. Celui-ci ne fut pas la dupe de sou 
supérieur; mais sa bonté lui parut extrême. 



f 

\ 



(4) » 

11 lui avoua donc lui-même sa faute ^ le 
priant de lui acoa|^er ime retraite de plu- 
sieurs mois pour se mortifier. J'ai su que 
ce religieux n'avait pas donné depuis le 
plus léger sujet de plainte contre lui. 

Un jour que j'étais avec le père P..... 
dans la bibliothèque du couvent, qu'il me 
faisait remarquer le bon choix des ouvra- 
ges, et la peine que ses prédécesseurs 
avaient eue à rassembler tant d'excellentes 
éditions, il me dit que s'étant senti entraîné 
vers moi lorsqu'il me vit , il avait depuis 
étudié mon caractère, et que tout en moi 
te^écidait à une ouverture qui était la 
dernière preuve d'amitié qu'il pût me 
donner. Après mille choses aimables, que 
la modestie me force à taire , il ajouta qu'il 
allait me montrer divers manuscrits dus 
à des religieux de son ordre; et en effet 
il m'en ouvrit quinze ou vingt , mais qui 
tous traitaient de la religion. Enfin il me 
communiqua celui relatif aux carbônarî. 
Ce dernier, me dit-il, exige de ma part quel- 
ques explications. Ce sont les réceptions 
à des grades adoptés par une société se- 






( 5 ) 

crête, dont Torigine n'est pas bien con- 
nue. On sait seulement qu'elle était ëta* 
blîe en Italie à l'époque de i'avénement 
de François P" au trône de France , puis- 
que ce prince la protégea. Mais , soit qu'elle 
existât avant ce temps, soit qu'elle ait été 
créée seulement alors , il est certain que 
les guerres dont l'Italie était le malheureux 
théâtre, et la conduite des papes, durent 
déterminer quelques-uns à une associa- 
tion tout en faveur des peuples. Au sur- 
plus, gardez ce manuscrit, que je vous 
confie sous le sceau du secret, et nous en 
reparlerons demain. Je l'emportai donc , 
je le lus avidement, et le lendemain je 

retournai voir le père P J'avouai avec 

lui que l'idée était grande , et que l'Italie 
serait un dés plus vastes étfiits de l'Europe , 
si, selon que la constitution le porte, elle 
pouvait réunir en un seul corps tout le 
pays situé depuis les bouches du Cattaro 
jusqu'aux Alpes. Je lui iis part de mes ré- 
flexions sur la forme du gouvernement 
indiqué par cette constitution ^ car il faut 
un point central d'administration ^ et il est 



V 



-^ 



(6) 
incontestable que trois vok et une assem- 
blée souveraine qui régneraient ensemble 
ne pomraient jamais parvenir à s'enten- 
dre. Le père P..... fut d'accord avec moi 5 
mais y rèprit-il , c'est justement parce que 
tout cda me paraît impossible, que j'ai 
consenti a faire partie de cette associa- 
tion 5 et que j'y admets volontiers les per- 
sonnes qurc j'estime. Je déteste toute es- 
pèce de rëvolution , les malheurs qu'elle 
entraîne à sa suite ne pouvant jamais se 
prévoif* Je ne vois dans l'existence de 
cette secte qu'un moyen de pli*s de ré- 
pandrie les bienfaits du christianisme et 
$es sages doctrines. Toute l'initiation à 
chacun d^s grades est l'hiàtoîré sacrée 
mise en pratique; aussi ai-je pour les au- 
teui-s des règles de cette société une véné- 
ration que je voudrais pouvoir vous ins- 
prer. S4 vous lé désirez, Je vous initierai , 
afin que sî vous î^ncoMriefÉ quelques car- 
boTiari^ tbtfô prtissiez voiis faire recon- 
naft^èj et tîtet patti dé teur i^ppui. J'ac- 
ceptai si^ proposition > et il me conféra les 
deui préinîcts gradto. Quant à celui dé 



^ 7 ) 
grand maitre grand élu, il ne put me le 

donner^ attendu que cela ne lui était point 
penxiis. J'obtins de lui de traduire le ma- 
nuscrit, à la conditioB de n'en faire aucun 
usage tant qu'il viviait J'ai tenu parole. 
Ce bon ecclésiastique, depuis 1810 que 
les couvens ont été supprimés en Italie, 
a langui dans sa province, où il vient de 
mourir, regretté de tous ceux qui ont eu 
le bonheur de l'approcher. 

Les contes qui ont été faits jusqu'à ce 
jour relativement à une association deve- 
nue plus célèbre encore depuis les événe- 
mens de juillet iSao, et le décret spécial 
de l'empereur d'Autriche^ défendue ou 
dépréciée par l^s différens partis selon la 
couleur qu'ils ont adoptée ,. m'ont décidé 
à livrer à l'impression uue traduction qui 
n'était point destinée à la publicité. Je 
désire que celte démarche soit jugée par 
tous avec cette pureté d'ipteution qui me 
guide aujourd'hui. 

Maçon et carbonaro, j'ai pu étudier les 
rapports qui existent enti'e ces deux so- 
ciétés , et j'y ai trouvé les mêmes statuts , 



(_8) 
les ménïes usages y sinon le même but , sur- 
tout dans le dernier grade de la carbonara^ 
On fait remonter la franc-maçonnerie 
à rannéé io3o avant Jësus - Christ , peu 
de temps après la construction du temple 
de Salomon. L'origine de la carbonara , 
je l'ai dit plus haut, n'est pas connue; les 
traces de son existence ne vont pas au 
delà du règne de François I"(i). Le but 
des maçons est de se prêter de mutuels 
secours; indépendamment de celui-là, les 
premiers carbonari ont voulu propager 
les doctrines chrétiennes, et former de 
tous les Italiens une nation unique, forte, 
indépendante. 

Il paraît, d'après la date du diplôme 
<\ae j'ai transcrit à la fin de cet ouvrage , 
que les carbonari coopérèrent au chan- 



(i) Les plus instruits de ses membres soutiennent 
qii elle ne fut que régénérée , et que les réunions 
d'hommes libélraux en des lieux secrets existaient 
de temps immémorial-, non • seulement en Italie , 
mais dans toutes les parties du monde civilisé. Ainsi , 
sous d'autres noms , la carbonara aurait pris nai^* 
sance en Egypte et en Grèce. 



(9) 
gement de dynastie qui eut lieu au com- 
mencement du dix-huitième siècle. 

En 1 707 , dit Fabbé Richard {Descrip- 
tion historiq. et critiq. de F Italie ^ 1770) j 
la conspiration du cardinal Grimani , livré 
à la maison d'Autriche , eut enfin son ef- 
fet. Les Napolitains ouvrirent leurs portes 
aux troupes allemandes, se joignirent à 
elles 5 proclamèrent roi Charles , archiduc 
d'Autriche , qui fut depuis Fempereur 
Charles VI, et renversèrent la statue de 
Philippe V. Ainsi le royaume de Naples 
resta à Fempereur Charles VI (jusqu'en 
1734 que les Espagnols le reprirent). 

Mais depuis, la carbonara était tombée 
dans Foubli. Ses statuts, ses règles n'avaient 
été conservés que par un petit nombre 
de personnes et transmis par quelques fa- 
milles à leurs descendans , lorsque la ré- 
volution française éclata. Cette révolu- 
tion , destinée en quelque sorte dès sa nais- 
sance à réagir sur les autres peuples, fit 
germer , dans Fesprit de ceux des Napoli- 
tains qui avaient connaissance de la car- 
bonara, l'idée de la rétablir et d'en faire 



( lO ) 

un point d'appui j soit contre la monar* 
chle absolue^ soit contre toute tentative 
d'usurpation ^oit même contre les abus 
du gouvernement. 

Je vais dire un mot sur la situation de 
Naples à cette ëpoque: 

La république cisalpine existait depuis 
le traité de Campo-Formio , c'est-à-dire 
depuis octobre 1797 (r), 

Eti décembre, le général Dupbot est 
assassiné , à Rome , dans une émeute. En 
février 1798 , le général Berthîer arrive à 
Rome et occupe le château Saint- Ange. Le 
peuple se déclare libre, et institue une 
république romaine; Le pape se sauve à 
Pise. On tremble à Naplés. Cependant l'es- 
poir y renaît : les Français ne quittent 
point les états romains. Les intrigues de 
l'Angleterre et les efforts de T Allemagne, 
moin^ encore que le départ de Bonaparte 
pour rÉgypte, et les propres dispositions 

(i) Elle avait été proclamée les a et 9 juillet; 
mais elle ne fut définitivement formée et reconnue 
qu'après le traité de Campo«f ormio. 



dé k reine , ramènent à la cour le calnu» 
qu'elle avait pierdu y la trompent ôw Tave^ 
nîr; et te traké d'alKance avec l'empereur 
est signé en mai. 

Je vais expliquer ce qn'ii faut entendre 
par les disposidons àe la reine* 

Cette princesse arriva à Naples avec rin- 
tention de gouverner le royaunae et le roi. 
Ses avantages sur Ferdinand provenaient 
de la finesse de son esprit , de son ëdu« 
cation soignée, et de cette espèce de ca- 
ractère que donne une ambition que fien 
n'eropéche de satisfaire. Le roi , d'une in- 
dolence extrême^ malgré sa baine pour les 
Français, lui abandonna bientôt les inté* 
rets de l'état. L'Autricbe devint la puis* 
sance prépondérante ^ et fit rompre les tiens 
qui unissaient Naples et Midrid. 

Les Napolitains n'inspirant afucune con- 
fiance à la reine, elle choisit chez ses voi- 
sins le ministre qui devait l'aider à régmer ; 
la Toscane fournit à la marine napolitaine 
A<;ton, qu€ la renommée, injurieuse à la 
rein€ , a comparé au prince de la Paix. I^es 
collègues d'Acton fiirent remplacés par 



( 12 ) 

les créatures de celui-ci , qui se trouva à la 
tôte des affaires. Le roi ne voyait que par 
la reine, et la reine par Acton. Insensible- 
ment les étrangers obtinrent toutes les 
charges, tous les emplois, tous les hon- 
neurs: on n'était homme de génie et de 
bien qu'en venant des bords de F Amo ou 
de ristrie. On oubliait ou on dédaignait le 
mérite. Le patriotisme s'éteignit, et Ton vit 
les Napolitains, tour à tour anglais, alle« 
mands et français , tomber dans une fri- 
volité extrême, et tout sacrifier au goût des 
modes étrangères. Ils ne se bornèrent pas 
là: chacun voulut savoir l'anglais ou le 
français , modeler ses mœurs sur celles de 
ces deux peuples; et de l'imitation des 
goûts , du langage et des mœurs , on passa 
à celle de l'opinion : la démocratie sédui- 
sit les esprits. 

La reine, qui haïssait et méprisait la na- 
tion, croyait en être haïe et méprisée. Les 
nouvelles opinions l'inquiétèrent; Acton 
entretenait ses craintes et les employait à 
se venger de ses rivaux, à désoler les fa- 
milles de ceux qui se faisaient le plus re- 



marquer 9 et à consolider son pouvoir. Une 
junte d'ëtat fut établie pour juger les indi*- 
vidus qui s'occopaijent des événemens de 
la réy olution française. La persécution s'or- 
ganisa. Cette junte y la terreur du peuple , 
fut enfin dissoute , et la tranquillité re- 
parut. 

Quelques mois de cette heureuse traûr 
quillité semblèrent mécontenter le mi- 
nistre. tJne conspiration servit de prétexte 
à rétablissement d'une nouvelle junte. 
Parmi les membres de la première junte il 
s'était trouvé quelques amis de la justice 
et de l'humanité^ la seconde fut composée 
d'hommes choisis , tels que le prince C***, 
Guidobaldi et VannL Dès lors plus de 
repos pour le peuple, qui fut inondé d^es- 
pions et de délateurs. Les paroles, les 
gestes, les actions les plus indifférentes, 
tout fut interprété. Les vengeances privées 
purent se satisfaire. Les honneurs, les 
charges ., les richesses devinrent le prix de 
la délation. La reine, assurait-on , préten* 
daît « détruire ce vieux préjugé qui atta- 
« cfaaitrinfamie aurôle de délateur. » La 



( i4) 

nftdoo se divisait en deux classes : les es* 
pîoas et les mécontens. Les .prisoos et les 
forfeeressesse remplireirt àe^cobàis. Lors- 
que Vanni , le plus cruei des membres de 
la junte et de l'inquisidou , fut exile et 
ren^placë par le prince C!'^*^^ la nadon fut 
trompée dans son espoir : ce prince se mon- 
tra di^nte •dWe teUe succession. 

Que voulaient les Napolitains ? Jouir 
d'une sage liberté; édairer leur roi^ ne pas 
se laisser gouverner par des ministres fur 
fibonds ; poser dies liinites à la puissance 
de la reine ; se faire admettre aux emplois , 
aiMfe<D«iieisrs, de préférence aux étrangers : 
ils s'^e^ppimaient diaufiement, c'était leur 
^dm; et leurs conspirations se bornaient 
-à des vœux. Enfin Tanarchie française ef- 
^ayait si pçji les gens sensés , que le mar- 
dis de Ckllo disait au roi : « Elnvoyez , 
« Sire, tous fos accusés en France , ils 
M, revienditont royalistes. » Malheureuse- 
^nenft les gens sensés n'étaient jamais 
écoutés. 

On voit par ce court exposé que l'état 
des choses à Naples favorisait singu- 



(16) 

lièrem^it le rëtaldissenoefit de h carbo- 
nara. - 

Les tégénéraMun de cette secte^sèrezrt; 
d'un subterfuge qui rëussU to«ij<)Ui« en peh 
reil cas. Il ne ftit ^guesd^Mûi que du bieHi>u- 
blic, et ils sollicitèrent fa^m du gotivep- 
nement , en lui faisant entendre qu'ils se- 
conderaient ses rues et ramèneraient peut- 
être aux souverains 'r4!i^ittton pul^ique 
égarée par quelques dhm du ptmvoîr. 

Lorsque les Ftsastqaiê se ^eâ% établis à 
Naplesen 17995 et y «irent jeté tes foii-- 
démens d'une i*épubl¥qtte,la francmaçon- 
nerie vimmaâiser avec k ^rbonara. Celle- 
ci, fondée en apparmice sur des bases 
plus religieuses, au moins dans ses pre- 
miers grade$ , ne vit point amvef isa devan- 
cière sans éptK)u ver une violente jalousie. 
Le peuple carbonaro regarda d'abord les 
maçons comme des en^nemis du culte ca- 
tholique, auquel il se croyait exclusive- 
ment dévoué. Les véritables graçds^ initiés 
tentèrent de consolider une paix durable 
entre les membres divergens de la même 
famille : ils étaient près de s'entendre , lors- 



\ 



(i6) 
que le renversement de la républicpie/^^ir- 
thénopéenne et notre évacuation du terri- 
toire de Naples rétablirent la carbonara 
dans ses 4roits primitifs. 

Après son retour , le roi Ferdinand 
laissa se rassembler les carbonari , qui pa- 
raissaient alors suivre son parti. 

Des corps français ayant occupé la 
Pouille et quelques autres parties du 
royaume , par suite d'un traité conclu avec 
la France, les francs-maçons revinrent j 
des loges s'ouvrirent et furent tolérées. Des 
Napolitains appartenans aux familles les 
plus élevées , déjà carbonari , s€^ firent re- 
cevoir maçons. Les deux sectes vécurent 
en paix de i!8oi à 1806. 

Le traité des souverains de Naples avec 
TAngleterre ayant occasioné la rupture 
de celui fait avec la France, une armée 
d'occupation fut envoyée daqs le royaume 
sous les ordres de Joseph Bonaparte. Fer- 
dinand et Caroline se retirèrent en Sicile. 

Veut-on savoir quels furent les fruits de 
ce traité , dû à la volonté de la reine et de 
son ministre? Arrivés en Sicile avec la cour 



(i7) 
de Naplês , les Anglais travaillèrent Pésprît 
du^euple , et dirent au roi que le, vœu des 
Siciliens 9 hautement manifeste, exigeait 
l'institution d'un parlement ^ ^et comman- 
dait aussi que le prince royal fût mis à la 
tête des affaires. On créa doûc un parle-^ 
ment, le prince royal régna, la reine et 
Acton s'exilèrent^ et, dans celjé proscrip* 
tion commune, tous deux moururent sur 
le sol étranger t la reine à Constantinople, et 
A cton à Lon dres* 

Les Français rendirent la vie à la ma- 
çonnerie , très-négligée depuis leur évacua* 
tion de la Fouille j et cet ordre s'accrut, 
surtout à Naplés , d'une multitude d'initiés 
la plupart carbbnari. 

Ces derniers , particulièrement dans lés 
provinces, continuèrent leurs travaux avec 
un zèle remarquable. Le grand nombre des 
récipiendaires dans les premier et second 
grades renforça les rangs de la secte du 
quart environ de la population. Les ecclé- 
siastiques , la noblesse et les riches proprié- 
taires se montrèrent les plus atdens à pro- 
pager les doctrines libérales , et se classe- 



rent indifféremment parmi les carbqnari et 
les maçons 9 en occupèrent les dignités , eC 
parvinrent habilement à diriger les esprits. 

Lorsque] Joachim eut remplacé Joseph 
sur le trône de Naples, il voulut faire 
triompher les maçons. Plusieurs de ses 
décrets atteignirent , proscrivirent les car- 
bonari. Défenses leur furent faites de se 
réunir; et bientôt il fallut être maçon pom^ 
arriver aux emplois civils. 

L'intérêt obligea donc les carbonari de 
se faire recevoir dans cet ordre, afin d'ob- 
tenir ou de conserver des places ; mais }es 
plus hardis ne s'en rassemblèrent pas moins 
dans leurs vendite. 

Joachim persécuta les carbonari, les con- 
sidérant comme des conspirateurs ou les 
soupçonnant de travailler au rétablisse* 
ment de Ferdinand. Cette erreur lui suscita 
beaucoup d'ennemis , et fut peut-être une 
des principales causes de sa chute. 

Des bandes . de brigands désolèrent alors 
la Calabre. Mûrat y envoya le général Me- 
nés , avec de pleins pouvoirs, pour parvenir 
k les soumettre. Le peuple ^ abusé par cette 



(»9) 
Hbonduîte^ sût gré à son sôttvfetab ii^uîië 

mesure qui lé trahissait ; mais qmtîà lès cris 
des vîctîtnes Téfareiit instruit dû véritable 
but de là missiùn dû général Menés , qui 
était de détruire leà carbonari, ropinion 
publique ne se contint quVvec peiné. ïl 
ti*est pas de cruautés que ce géiiét^l n'ait 
tîommises. Il allait dîner ebez des partîcu- 
lielfe qu'il soupçonnait d'appartenir à la so- 
ciété proscrite , et les faisait fusiller ensuite^ 
On m'a rapporté qu'il avait fait attacber à 
des arbres des çarbonari dépouillés de leurs 
Vétetoens , qu'il les avait fait enduire de 
miel et abandonner aux mouehes^ Les 
atrocités de ce monstre étant restées sans 
punition, les Napolitains , pressés d'ailleurs 
par les carbonarî , ne virent pl|^ qu'un 
tyran dans leur roi* 

Dans ces momens difficiles où la France 
impériale succomba, j^dAcbim^ flottant 
entre son amour pour la patrie et le désir 
de conserver sa couronne, trahissant suc- 
cessivement ou à la fois son beau-frère et 
ses alliés , sentit la nécessité de se faire des 
partisans de tous les Napolitains /s'il était 

/ 



(20) ^ 

possible , et cessa de persécuter les càrbo* 
nari, mais sans abandonner les maçons. Ses 
faveurs se répandirent sur tous indistinc- 
tement, et il crut les ralUer tous sous ses 
.drapeaux. De part et d'autre la l'éconçilia- 
tîon ne fut qu'apparente , et point sincère. 
Lors de ses revers en 1 8 1 5 , Joachim fut 
abandonné non - seulement des carbo- 
narî , qui dans ces derniers temps n'a- 
vaient osé refuser son admission , mais de 
la très-grande majorité delà nation /que la 
secte influençait. 

Ferdinand , remonté sur le trône, n'osa 
pas suivre l'exemple que la reine avait 
donné en juin 1799. Il conserva aux offi- 
ciers de l'ancienne armée les grades qu'ils 
avaient qb tenus , tnais peut-être aussi parce 
que ces officiers avaient traité directCr 
ment, à Gaza-Lanza , avec les commandans 
de l'armée autrichienne pour obtenir et cet 
avantage et une anmîstie pour toute espèce 
de délits révolutionnaires. Que le roi se 
soit cru obligé de se soumettre aux dispo- 
sitions de ce traité , fruit de la volonté una- 
nime et ferme de l'armée, c'est possible, 



( 21 ) 

c'«st probable même j car rien n'y ayant 
été stipulé en faveur des o^onari et des 
maçons, ils supportèrent seuls tout le poids 
de son mécontentement : il poursuivit les 
deux sectes comme ennemies particulières 
de son autorité ; toutes les vèn dite , toutes 
les loges furent fermées dans le royaume., 
les registres et papiers enlevés et brûlés. 
On proclama les' défenses les plus sévères 
contre tout rassemblement de carbonari et 
de maçons ; et plusieurs individus / surpris 
en contravention , furent arrêtés à diverses 
époques , chargés de chsdnes et condamnés 
à la déportation. Cette sévérité mal enten- 
duç est une des causes majeures de la ré- 
volution de 1820. 

Écoutons le général Golletta sur ces 
événemens : 

« Les carbonari formèrent d'abord le 
« noyau des mécontens^ insensiblement 
« tous ceux qui pensaient autrement que 
« les ministres se faisaient sectateurs; et 
H Ton peut se faire une juste idée du mé- 
« contentement, parle grand nombre de 
« personnes inscrites sur les registres de la 



(«) 

(c carbbmara ! il y en avait 64^9000 dans 
« le mois de mars dernier ( idoo). > 

« Nous étions sur un volcan : et cepen* 
« dant le ministère dormait. Réveillé qu^ 
« quefois par des soulèvemens partiels > 
« ou par les discours des amis delà patrie , 
<c il employait ces intervalles à commettre 
« de nouveaux actes arbitraires ^ qui ai^* 
« grissaient les esprits et faisaient grossir la 
(c liste des oarbonarL 

« Ainsi le mécontentement s'emparait 
a de toutes les classes. L'armée ^ qui avait 
« des motifs particuliers pour être plus mé- 
<c contente encore que les eaiiK>nari 9 dësi** 
c( rait aussi vivement xjm les sectateurs 
« une réforme salutaire. Dans son organî*- 
« sation, une écom>niie mal entendue avait 
« rendu misérables les officiers et les sol* 
<c dats, tandis que la masse de ces écono^ 
4( inies était prodiguée aveuglément à des 
u hommes habitués à ne point rougir de 
^ ces injustioes. 

« Il ne fallait donc qu^une étincelle pour 
« embraser tout un royaume. Cette étin*^ 
« celle partit de Nola le 2 juillet. » 



(25) 

Le général ne dit rien des Ajoglais au 
sujet de cette dernière révolution. Cepen- 
dant j'oserai émettre un doute surfeur 
bonne foi et !sur leur non-coopération dans 
tous ces événemçns. Ils ont reconnu que la 
Sicile est une garantie de Malte. Le diic 
de S** a fait venir à Londres le prêtre M**, 
afin de Tinstruire (îans la carbonara et de 
Ty recevoir. Nos journaux ont répété qu'ils 
avaient donné des armes aux Napolitains, 
malgré leur déclaration formelle de la plus 
stricte neutralité. Leur croisière ^'est retirée 
en Sicile. Le parlement de cette île n'a pas 
voulu se soumettre à celui de Naples j et les 
Pftlermitains se sont insui^és. Que de mo- 
tifs, selon moi, pour justifier ma supposi- 
tion qu'ils ont convoité la Sicile et ne sont 
point innocens de la révolution de 1820 ! 
Malheureux les pays qui ne peuvent secouer 
entièrement le joug de l'influence étran- 
gère ! 

J'ai voulu lire , dans l'intention d'ajou- 
ter à mes matériaux , l'ouvrage que le li- 
braire Barba a publié, Tannéedemière, sous 
le titre de Carbonariy ouïe Liseré de sang; 



( 24 ) 

mais je n'y ai rien trouve, qu'une aventure 
^ romanesque échappée à la plume facile de 
M. Regnault - Warin , auteur, entre autres 
productions remarquables , de Cinq mois 
de V Histoire de France^ et de la Monar- 
chie de Napoléon. M. Regnault- Warin 
possède un nom en littérature , parce qu'il 
pense et fait penser ses lecteurs , parce qu'il 
rend ses pensées avec une grande pureté 
de style , parce qu'indépendamment de 
ces qualités , rares aujourd'hui , il a l'art de 
bien tracer ses caractères et d'exciter cons- 
tamment l'intérêt. 

Son Lisn^e de sang n'est donc point une 
histoire où l'on doive chercher la vérité , où 
l'on pidsse la découvrir sous le voile de 
l'allégorie ; c'est un roman agréable , qui 
n'avait pas besoin du nom des carbonari 
pourêtre recherché du public. Ainsi , je 
n'essayerai point derelever les erreurs his- 
toriques dans lesquelles il a dû , il a voulu 
tomber volontairement. 

Il a fait de ses héros des hommes iras- 
cibles qui se réunissent pour s'entr'aider 
dans leurs vengeances particulières j et cer^ 



( 25 ) 

tes 5 si les carbonari n'ont pas tenu une con- 
duite politique irréprochable , on ne saurait 
non plus les accuser de crimes partiels dans 
quelque intérêt privé. 

Leur institution est religieuse ; mais Ta- 
mour d'un culte sage , le désir de répandre 
des préceptes basés sur une morale pure, 
ne pouvaient s'allier dans des âmes géné- 
reuses 5 élevées , sans y exciter en même 
temps ces sentimens de patriotisme qui doi- 
vent naître avec nous. Il est tout naturel de 
penser que la religion a d'abord inspiré 
seule les fondateurs de cette secte , et que 
les malheurs des peuples y causés par les 
guerres qu'occasionaient le nombre des 
souverains de l'Italie et leur esprit d'agran- 
dissement, ont décidé leurs successeurs 
à y intéresser la politique. Mais toujours 
est-il vrai que la haine des individus n'a 
jamais fait compter d'assassips parmi les 
carbonari^ du moins mes recherches ne 
m'ont-eUes procuré aucune preuve de cri- 
mes semblables; et même je ne crois pas, 
par la nature de l'organisation et des usages 
de la secie , que de pareils excès soient pos- 



(26) 

sibles à ses^ membres y sinon ÎAdividuelle- 
ment et en Talâsence de toute coopératioii. 

San Tibaldo ( saint Thibault ) étant le 
protecteur des carbonari , j'ai cru qu'il était 
utile de rapporter ici la vie de ce saint 
homme. 

Saint Thibault naquit à Provins, en Brie, 
vers 1017, On ignore l'état de ses parens; 
mais il y a lieu de présumer qu'ils tenaient 
un haut rang dans leur province. Plus on 
cherchait à faire goûter le monde au jeune 
Thibault , plus il découvrait le néant de 
tout ce qu'il estime j et le mépris qu'il en 
avait lui faisait souhaiter la solitude. Il ad- 
mirait sans cesse la conduite que le pro- 
phète Élie , saint Jean-Baptiste , saint Paul 
Termite et saint Antoine avaient tenue dans 
les déserts. Soupirant après ce genre de 
vie , il en faisait les essais dans la maison de 
son père , eu gardant, le plus qu'il pouvait, 
le silence , la retraite et l'abstinence. 

Le désir de suivre de plus près ces maî- 
tres de la vie solitaire lui fit prendre la ré- 
solution d'aller consulter un ermite nom- 
mé Burchard , qui vivait retiré dans une 



(^7) 
petite île de la Seine. Il lui découvrit les 
mouvemens de son cœur, et lui fit part 
du dessein qu'il avait de quitter ses païens 
et son pays pour embrasser la vie solitaire. 
Le pieux ermite l'ayant retenu quelque 
temps pour l'exercer dans les pratiques les 
plus austères de la pénitence , et lui donner 
les avis qu'il crut les plus convenables à ses 
dispositions, le laissa ensuite retourner chez 
son père. Il y resta encore quelques an- 
nées y occupé de la {MÉhN» et de la médita- 
tion des saintes écrituws , jusqu'à ce qu'en- 
fin il se détermina à quitter le pays avec 
un nommé Gauthier , n'ayant chacun que 
leur écuyer pour toute compagnie. Ils s'en 
allèrent à Reims , logèrent dans l'abbaye 
de Saint-Remi ; et , sous prétexte de vou- 
loir converser plus librement avec Fabbé 
et les religieux , ils envoyèrent leur équi- 
page à l'hôtellerie avec leurs écu^ers, La 
nuit suivante ils sortirent à pied de la ville, 
changèrent d'habits avec deux pauvres pè- 
lerins qu'ils rencontrèrent, et gagnèrent 
l'Allemagne. Ils s'arrêtèrent en un lieu 
nommé Pirmgen , où ils commencèrent à 



( 28 ) 

vivre en solitaires. On ne sait point dans 
quelle année. 

Persuadés qu'ils ne devaient vivre que 
du travail de leurs mains, ils allaient par 
les villages et les hameaux voisins, porter 
des pierres et du mortier en qualité de ma- 
nœuvres, travailler aux prés sous les fau- 
cheurs, aider à charger et décharger les 
chariots sous les voituriers, nettoyer les éta- 
blés et. les écuries sous les valets des fer- 
miers ; mais le plim^uvent ils faisaient du 
charbon pour les fo^s.Ge qu'ils recevaient 
de leur travail ils l'employaient à avoir du 
gros pain fort bis , en quoi consistait toute 
la provision de leur ermitage. Tant qu'elle 
durait, ils passaient les jours et les nuits à 
prier Dieu et à le louer. Dès que la provi* 
sion venait à manquer , ils retournaient au 
travail dans les villages. Le bruit de leur 
vertu leur attirant des honneurs, et crai- 
gnant de retrouver au milieu de la pauvreté 
unepartie de ce qu'ils avaient voulu éviter 
en renonçant à leur patrie, ils .abandon- 
nèrent un pays où ils ne pouvaient plus 
vivre dans l'obscurité et l'humiliation* 



Ayant amasse une petite somme par leur 
travail , ils entreprirent des pèlerinages de 
long cours, qui étaient la dévotion com- 
mune de ce temps - là. Après plusieurs 
voyages de cette espèce , ils arrivèrent en 
un lieu couvert de bois ^ appelé Salaniga , 
auprès de la ville de Vicence , dans la sei- 
gneurie de Venise. Ils y trouvèrent une 
vieille chapelle ruinée , et tellement aban- 
donnée , que depuis long-temps on n'y cé- 
lébrait plus les divins offices. Comme elle 
était écartée des routes publiques et du 
grand commerce, ils la jugèrent propre 
au dessein qu'ils avaient de se fixer enfin 
pour le reste de leurs jours. L'ayant ob- 
tenue du seigneur du lieu, ils y bâtirent une 
petite cabane. Deux ans après Dieu appela 
à lui le bienheureux Gauthier. Cette perle 
excita saint Thibault à marcher avec encore 
plus de courage dans la voie étroite où il 
était entré. 

Il s'était interdit la viande et tout ce qui 
provient des animaux , comme la graisse, 
les œufs et le laitage^ il ne. buvait que de 
l'eau et ne mapgeait que du paip d'orge. 



(3o) 

Il s'endurcit même de telle sorte dans la 
suite, que s'ëtaot accoutume peu à peu aux 
fruits et aux racines de son ermitage , il se 
passa entièrement de pain et de toute bois^ 
son pendant quelques années. II portait un 
rude cilice en tout temps y et affligeait son 
corps par toutes sortes de macérations , 
peiisuadé qu'il n'y avait pas de moment 
dans sa vie où il ne fût obligé de porter sa 
croix pour suivre Jésus-Christ. Dans les 
commencemens son lit était un coffre de 
bois , puis une simple planche 5 son chevet 
un tronc d'arbre j mais , dans les cinq der- 
nières années de sa vie , il n'eut plus 
d'autre lit qu'un siège de bois , sur lequel 
il avait coutume de s'asseoir. 

Il y avait déjà long-temps que cet ermite 
occupait cette solitude , lorsqu'une mala- 
die cruelle, vint achever de le sanctifier. 
Son corps devint si couvert de pustules et 
d'ulcères , qu'il ne lui resta pas un membre 
dont il eût l'usage libre. Cependant il ne 
fut pas possible de lui rien faire diminuer 
de son jeûne et de ses autres austérités. Il 
suppolrta ses maux avec patience , et mou- 



( 3i > 

rut dans un grand calme le dernier jour de 
juin 5 l'an 1 066. 

Ceux qui liront les diverses initiations 
de la carbonara doivent se rappeler sans 
cesse la vie dé Jésus-Christ et celle de saint 
Thibault 



^k^tf^^0^^^%/% 



POST-SCRJPTUM. 

t 

J*ayai$ terminé cette Introdaction lorsque j'ai 
eu connaissance du décret royal du 10 avril 
1821, J'ai pensé que le lecteur ne serait point 
i^ché de le trouver ici, et j*y ai joint quelques 
autres pièces relatives aux carbonari. 

Je vais donner le tout dans Tordre chrono- 
logique suivant : 

1° Ordonnance rendue par le gouverne* 
ment de Kerùae le 2S iioûù îQzoi 

2P Décret royal duito nml i82r. 

3*^ Projet de décret présenté au ministère 
anglais par les carbonari. 

Bien que cette dernière pièce n^offre pas un 
caractère irrécusable d'authenticité, elle m'a 



(33) 

p^TVL devoir tenir ici sa place , ne fût-ce que- 
pour servir de renseignemens au besoin. 

ORDONNANCE 

RENDUE PAR LE GOUVERNEMENT DE YENI8E. . 

Italie. Venise^ 29 août x8ao« 

(c Une ordonnance du 25 août^ signée par 
« le gouverneur C. C. d'Insagni , le vice-présî- 
cc dent Ch», marquis de Mayo , et un conseiller 
ce impérial y porté en substance ce qui suit : 

(C La société des carbonari, qui s*est répan- 
« due dans les éfats voisins , a cherché à faire 
« des prosélytes dans les provinces de Tempire» 
« D'après les informations qui ont été prises , 
« on est parvenu à connaître les vues perni- 
ce cieuses de cette société , qui ne sont point 
c( communiquées par ses chefs à tous les mem- 
a brcs. On les fait connaître aujourd'hui pu- 
ce bliquement par ordre dé S. M, l'empereur et 
ce roi , pour Pinstruction de tous les sujets de 
ce Tempire. 

ce Le but précis des carbonari est le boule-* 
c( versement et la destruction des gouverne- 
ce nemens» .«• 

ce Comme les personnes qui ont connaissance-, 
ce de cette intention^ et qui s'associent cepen- 
ce dânt aux carbonari^ se rendent coupables dp 



(33) 

ce haùte-ttahisofi , ei que œlles qui n'ont pas* 
et empêché fes progrès de cette société y Qii ont 
(c tkégligé ' d*en dénoncer les membres , sont 
(ê complices du même délits et, comme tels, 
(c passibles des peines portées par la loi , il ésù 
<c Mdonné qu'à dater du jour de la publica*^ 
(€ tien de la présente ordonnance^ piersonne 
<c ne pourra plus s^excnser sous le prétexté de 
<( n*aToir pas eu connaissance du but dé la so« 
ce dété dès carbofaari. En conséquence ^ qui- 
ce conque entrera dans ladite société ,pa aura 
(( négligé d'en empêcher les pt*ogrèâ ou d*en 
(c dénoncer lés membres ; sera jugé d'après les 
«t ar^cles 52 ^ 53 ^ 54 > 55 de la première par- 
ce tie du code des délits. L'article 53 porte la 
^ peine de tnort contre les conpables de 
ex haute « trahison ; les articles S4 et 65^ Yem- 
ce prisonnement pour la vie contre les per- 
ce sonnes qui ayant connaissance du complot 
ce n'auraient pas dénoncé les coupables. )^ i^Éx- 
^ail du Constitutionnel du i2 septembre 
1820.) 

DÉCRET ROYAL. 

Itatie. NapleSy xo avril iSai. 

Un décret royal , daté d'hier 9 , est ainsi 
conçu : 

• a Nos intentions paternelles > expliquées 
dans nos décrets des 28 et 3i mars , contre les 



(54) 

sociétés secrètes , et pour opérer le désarme- 
ment général du royaume , n'ont été jusqu'ici 
qu^inrjparfaitement remplies, ^ous yl ï'ecoa* 
naissons les desseins réels des tratisgresseurs : 
qu'ils ne s'en prennent donc qu^à eux-mêmes 
si nous sommes forcé de recourir à des me- 
sures plus énergiques. 

<( Considérant que la sentence pénale ^ et que 
le châtiment, pour être utiles, exigent des 
exemples publics , prompts et impartiaux, nous 
avons décrété et décrétons ce qui suit : 

« Art. I". Il sera créé une cour martiale ^ 
Wtc les attributions de conseil de guerre 
spontané. . , 

(( IL Cette cour exécutera rigoureusement 
les articles 4 et 5 de notre décret du 3i nian, 
contre les individus porteurs d'armes défen* 
dues y condamnant à la peine capitale , comme 
assassin , quiconque sera saisi muni desdites 
armes. . 

c( III. Le directeur de la police est autorisé 
à ordonner des visites domiciliaires, selon 
que la prudence le lui dictera. La découverte 
d'armes prohibées sera aussitôt suivie de la 
peine portée par l'article précédent ; mais dans 
le cas où la quantité d'armes et munitions de 
guerre donnerait lieu de penser qu'il y a cpns« 
piration , les indiyidus et tous leurs papiers 
seront aussitôt livrés à la cour martiale» 



( 35 ) 

<( IV. Ladite cour est égaleifieat chargée 
de rexécution du décret royal du 28 mai, 
contre les sociétés secrètes ^ et spécialement 
contre la société des soi-disant c/ir^Aiarf. 

c( V. Le but de cette association carbonica 
étant la subversion et la destruction du gou- 
Ternement, sera puni de mort y comme cou-^ 
pable de haute -trahison, quiconque, après la 
publication du présent décret royal, se ferait 
inscrire dans cette société; et pareillement 
quiconque y étant déjà inscrit se réunirait se-* 
crètement dans les conciliabules connus sous 
le nom de vendUe carbonariCf soit aussi sous 
tout autre nom de société défendue. 

(( YL Seront i^direWievaenl sujets à la peine 
de mort tous ceux qui, n'étant pas carbonari , 
se trouveraient prenant part flagrante à ces 
sociétés , dont l'objet est la subversion de 
Tordre public. 

« YII. La cour martiale condamnera à des 
emprisonnemens extraordinaires de trois à 
dix ans , tous ceux qui sachant dans quel en- 
droit , soit à la ville , soit à la campagne , s'as- 
semblent les susdits forcenés (Jbrzennati) ^ 
n*iraient pas aussitôt les dénoncer. 

(( VIII. Toute personne appartenant aux 
susdits clubs j et qui ^ par un mouvement de 1 
repentir, découvrira à la police les membres 
et les menées des conspirateur^ , jouira de 



(36) 

y impunité. Son oom demeurera cachée et fié 
^êra* ikiscrit sur aucon reg'istre ou papier. » 
(^.Extrait de ta Quotidienne , jeudi , 26 april 

1821. 

\ ê 

Ï^ROJET DE DÉCRET 

PRÉSENTÉ AU MINISTÈHB ANGLAIS PAR LES 

CARBONARl. 

» 1 r • •. ■ - 

Le rôle éphémère que vîehuent de jouer lés 
carbonari, tant à Naples qu^eu Piémont , mar- 
quera cependant assez dans Phistoire, pour 
qu'elle ne dédaigne pas de recueillir les traits 
caractéristiques de cette secte. En vOîci quel- 
qUes-uàs qui houâ sont fournis par une autorité 
non suspecte. 

Il est yrai , Comme on Ta dit'j que lldée pre- 
mière de la fondation des carbonari* remonte 
à des motifs incomparablement plus'nobles que 
ceux qu'ils ont osé avouer depuis (1). Il ne s'a- 
gissait d*àbord que d'arracher le royaume de 
Naples au joug de fer de Buonaparte et à la 
domination humiliante de son frère Jos^h» 

• - 

(i)La coulear de la|^zette me fait supposer que ce rai* 
sonnenifint est appuyé sur une erreur , parce que Jes car- 
bonari ne furent pas, comme le bruit en a couru y institués 
J)ar la reine Caroline lors de rétablissement de la répu- 
blique parthénopéenne. La fondation de cetle société 
remonte au delà de François I^'. 



( 37 ) 
Les conjurés y à cette époque ^ sedoonaieût Iq 
non^ d^unionistes^ parce qu'ils^aspiraiient à unir 
toute ritalie sous le même drapeau, d'ipdépen? 
dance (i). ' : 

Toutes les puissances du coniident étant 
alors occupées de leur propre Sialut , ou mém^ 
réduites dans ua état d'opprqssion , Içs regards 
de Tassociation durent se tourner .vers PAodb^ 
terre (2) , qui soutenait seule la lutte^ et cher^ 
chait partout des alliés. £n conséqipence y le 
26 décembre 18 1 3 (3) , un des principaux chef$ 
des unionistes ou carbonari fut expédié à Lon* 
drçs ; ef il remit au ministère un projet de pro<?! 
clamatiou dont nous allons donner Teitrait. 
Nous commençons par dire que le cabinet de 
Saint-James rejeta cette proposition. C'éiait le 
roi, d*Angleterre qui devait parler en; son nom 
dans cet acte singulier. Après un grand nombre 

de ces considérant que la révolution française 

t _ iiii.i < ■ I — ^—1 I» . ■ ■ I 

(i) Cela est vrai. Voir leur coastiCudon^ au troisième 
grade. 

(a) Ce fait est incompréhensible. Les ^arbbnaÀ.^ qui 
ceUeidée. serait venue auraient eu des vues Bien courtes. 

(3) Ce projet a été, dit-on, présenté le a6 décembre 18 13, 
à cette époque au les princes de la maison de Napoléon me- 
naçaient mine : or, pouxcpioi les carbonari ne se seraient-ils 
pas adressés à la cour de Palerme , si Ton croit exact de dite 
^aLe Vidée première ck. leur fondation remonigità des mottfs 
incomparablement plus nobles que cçux qu'ils ont osé avouer 
denuisPJe suis porté à croire qu'on se trompe. 



(38) 

a mis si fort en vogue, arrivait la formule non 
moins célèbre : Nous avons décrété et décrétons 
ce qui suit: 

i"* L'Italie sera libre et indépendante. 

2'' Les limites de cetempire seront les trois 
mers et les Alpes. 

5"* La Corse, la Sardaigne, la Sicile , les 
Sciyt ilesy et toutes les autres iles situées sur 
les côtes de la Méditerranée , de J*Adriâtiqae 
et de la mer loi^ienne , formeront une partie 
intégrante de l'empire romain (i). 

4"* Rome sera la capitale de Tempire et le 
siège des Césars. 

5* Les armoiries, drapeaux, insignes , seront 
les mêmes que du temps de l'ancienne Rome, 
savoir : un aigle déployé, tenant dans une serre 
répée , et dans l'autre le globe. Les. couleurs 
seront le blanc et le roujge , celles de la toge 
romaine. 

6* Aussitôt après l'évacuation de l'Italie par 
les Français, il sera procédé à l'élection du 
ndlivel empereur : il sera ptis dans les maisons 
royales de Naples , de Sardaigne ou d'Angle- 
terre (a). 
■ I ■ I 1 1. ■■ 

(i) D'après la constitution , toute la laftgue italienne 
derait former , non un empire romain , mais une répu- 
blique sous le titre de république ausonienne, 

(a) Cet article aurait été ilne modification importante 
de la constitution. 



^(59) 

7** L'éieclioù de rémpereur sera faite par le 
peuple et l'armée : et ces deux pouvoirs pro- 
clameront en même temps ta constitution qui 
leur semblera la plus conuenahle (i). 

8* L'iUyrie formera im état particulier, qui 
sera donné au rôi de Naples> en indemnité de 
la Sicile. 

9* Il sera formé un comité extraordinaire, 
composé d'un présidetit, d'un vice-président, 
et de cinquante chefs de section , spécialement 
chargé de la correspondance sécrète (2). 

lo** L'armée sera composée de cinquante lé- 
gions , dont quarante - deux seront romaines , 
et huit d'auxiliaires. Chacune d'elles sera de 
5,000 hommes en temps de paix , et de 7,000 
en temps de guerre (3). . 

Il** Sur cette force, un corps de 5o,ooo 
hommes et une flotte de vingt-cinq bàtimens 
légers seront toujours prêts à agir pour sou- 
tenir la révolte dans les états voisins (4). 

Lorsque le refus positif du gouvernement 
britannique eut convaincu la secte de Timpossi- 

(i) Il faut douter. 

(2) Il faut encore plus douter. 

(3) Cette infraction à la constitution n'est pas probable. 
La constitution veut impérieusement qu'aucun corps étran- 
ger n'entre dans la composition de l'armée. 

(4) On ne pourrait sérieusement répondre à la fin de cet 
article. 



/ 



(4o) 

bilité d'opérer pv la force ouverte, eUe chercha 
Taccoiïiplîsaen^ent de ses vpes^ dans les mpchii^i- 
tioas secréles« ' 

La iréyplotioa à'Bsps^ne ¥mt lui ^nDeac m 
Bouveau degré d*audace ; e( ,_ après avoir été 
les plus cruels eunepûs des libéraux ou buoua- 
partisteSy les carbonari devinreut aussitôt leurs 
plus fidèles alliés (4). {GazeUe d^ f^fançe , dii 
aâ avril 1821.) ;^- ' 

(0 Voilà unç belle çoadmioii I 



^tf^m^^^^%^%/% 



CONSTITUTION 



ET aft^ANiSATIÔir 



I>ES GARBONARI. 



'Tl^^i^k/^^^^^^tf'*/%r^^/^^é^/%'%/%t%^t^^h^^^^^%f^t^tf^^^/^^/%^t^k^k/^^i/^^/%^^^l;^ 



GRADES D'APPRENTI ET DE MAITRE. 



FONCTIONS DES DIGNITAIRES. 

■■Il 1 1 II I f I 



Grand Maître. 



'AJ^TICLE PREMIER. 



JLiE grand maitre coïw>qiie les vcndîte lors- 
^e le besoin Texige. Il tient les réunions , 
reçoit les propositions pour te bien de l'ordre 
et tes soumet ci rassemblée y qiii a le droit de 
les adopter ou de les rejeter. Il fait noter le 
tout sur la planche du jour ^ tenue pour Tou- 
verturè et la clôture de chaque vendita. 

ArL IL 

As9iistans.. 

Chacun conlmande sa ligne. Us doivent main- 
tenir Pordre avec la pins grande rigueur, et, 
si après la seconde injonction ils n'étaient point 
obéis^ ils demandent au ^ad maître qu'il 



I 



(42) 

soit infligé au coupable la punition indiquée 
par le règlement de la vendita. Si yn bon cou- 
sin demande la parole à Tassistant de sa ligne • 
ce dernier en donne avis sur-le-champ au grand 
maître par un coup de Sa hachette sur son petit 
tronc. 

Art. IIL 
Maître des cérémonies. 

• 

Le maître des cérémonies est chargé de re- 
cevoir les bons cousins visiteurs , réuni pour 
cela au gardien dé la vendita, et de reconnaître 
et faire exécuter toutes les épreuves admises 
pour recevoir ces visiteurs. C'est lui qui les 
conduit à la place d'honneur , sur les côtés du 
grand maître. U est aussi chargé de guider Jes 
récipiendaires pendant leur réception , de leur 
indiquer ce qu'ils doivent faire et de les mettre 
en posture pour prêter leur serment. U répond 
aux toasts d'obligation pour les absens et les 
nouveaux reçus ; fait tourner la petite char- 
rette avec le dernier reçu et les bons cousins 
qui entrent en vendita : il est enfin chargé 
de tout ce qui regarde le cérémonial. 

Art. IV. 

Orateur. 
L'orateur est chargé de sanctionner toutes 



(43) 

les délibérations de la vendita , de conclure , 
d'attester les résultats de la vendita aux bons 
cou3ius , de les applaudir, de complimenter les 
-visiteurs, de faire les discours dans les récep- 
tions et le jour de saint Tibaldo , d'examiner 
les planches antérieures et nouvelles, et de 
j ugcr si elles méritent d'être applaudies , de 
faire l'explication du ti»onc avec ses bases , si 
le grand maître ne veut la faire lui-même* • 

Art. V. 
Secrétaire. 

Le secrétaire est chargé d'enregistrer les 
délibérations de la vendita , de terminer les 
procès verbaux par cette formule : (( A la gloire 
« de notre bon cousin^ Grand Maître de l'uni- 
(( vers » , puis d'y inscrire les jour , mois et 
an; de réunir la vendita; de rédiger laplailcUe 
et d'y noter tout ce qui se dit et fait pendant 
le cours des réunions. 

Art. VI. 

Trésorier. 

Le trésorier est chargé d'encaisser les fonds 
provenant des réceptions et des rétributions 
mensuelles ; de régler les dépenses de la' ven- 



(44) . . 

dita.I), présente chaque, mois ^ la veiiclita réta^ 
'^e sa. caisse. 

, Aft. Vil. 

Gardien. 

> Le ^rdien est chargé de couvrir la yendîta 
4aps la lîhambre d*honneur el.dans lu fpr|i ou 
daM:le bois; Il siège derrière lesi assigtaos , el 
les prévient des coups frappés à la porte pour 
entrer. Il va recevoir ceux qui se présentent , 
après toutefois en avoir reçu l'ordre du second 
assistant. 



Art. Vni, 

« 

Aun^nier. 

L'aumdoier est chargé de présenter le sac à 
tous les bons cousins ^^ de recevoir le^ amendea, 
et d'en conserver le montant jusqu'à ce t]ue son 
usage lui en soit prescrit. 

Règlement de la vendica. 

Lavendita étant ouverte « tous les bons cou- 
sins observent le silence le plus profond. Le 
.boa cousin qui désire obtenir la parole étend 
la main vers ra3sistaatdesa ligne» et se Jièye } il 
rester dans cette position jusqu'il ce qu'on lui 



(-45) 

ait permis de parler. Qui manque à cette règle 
paye ua sou* au sac des pauvres. 

Il est expressément défendu à tous les bons 
cousins de s'entretenir des affaires politiques 
ou du 2t)uvernemeiit. 

Celui qui manque aux Tendite d'obligation 
paye dnq sous au sac des pauvres. 

Lorsqu*un bon cousiii arrivei aptes Pouver- 
ture de la yendita, il demeure entre les deux 
assistans^ à l'ordre, jusqu'à te que ie gr&nd 
maître lui permette de prendre placé/ Si ce bon- 
cousin manque à cette formalité , il paye troi9 
sou^ d'amende ati sac <les pauttres* 

Si un bon cousin refuse d'obéir à l'assistant 
de sa ligne , il paye trois sous d'abiejide au sac 
des pauvres , et le dotable s*îl récidive. 

Le secrétaire ùe petit être aecusé par les 
bons cousins lorsqu'il t.%X en fonction. Mais 
hors la vétidita,.OA fait rapport de ses sujets 
de plaitites au grand maître , qui donne ses 
ordres en conséquence, suivant le cas. Celui 
(}ui agit autrement pa^e une amende, à la dis- 
position du grand maître, au bénéfice du sac 
des pauvres. 

Si un bon èousin ne remplit pas exactement 
les devoirs de sa charge, il paye au sac des 
pauvres , la première fois , cinq sous d'amende ; 
la seconde fois , le double ; et > la troisièrkie fois^ 
il est déchu de son emploi et irémplaeé. 



.V- 






*, ,. K i- î 



(46) 

On ne peut recevoir aucun profane^ s'il n'a 
été présenté clans une séance y et accepté à la 
pluralité des. voix, après une information scru- 
puleuse. 

On n'admet jamais ceux qui cnt souffert des 
peines infamantes , les ivrognes , les blasphé- 
mateurs, les méchaus parleurs^ et tous ceux 
enfin qui ont des défauts répréheusiblés* 

Chaque profane paye pour la médaille de 
réception , avant d'être inscrit , dix-huit Car- 
lins (i), et quinze sous de médaille chaque 
mois. 

Pour son passage au grade de maître , il paye 
par ai^ticipation douze carlins (2). 

Tous les deux mois , et lors de la fête de 
Saint-Tibaldo , il y a banquet d'obligation. 

Chaque bon cousin qui ne se conforme pas 
à cç qui lui çst prescrit par le grand-maitre ou 
par les assistans, paye deux sous d'amende au 
sac des pauvres , ou boit un verre de mauvaise 
braise. 

Tous les ans , le jour de Saint-rTibaIdo , on 
renouvelle les officiers de la vendita ; on peut 
conserver les anciens : le tout se fait au scrutin. 

Les apprentis peuvent demander le grade de 
maître après trois séances. 



(i) Aujourd'hui 7 fr. 9a cent. 
(2) Aujourd'hui 5 fr. 28 cent. 



(47) 

Chaque bon cousin qui déguise quelque chose 
d'important à la vendita , et en est convaincu , 
paye vingt sous d'amende au sac des pauvres ; 
la seconde fois ,\ le double ; fet la troisième y sou 
nom est brûlé en séance publique* 

Les convocations se font en passant un échan- 
tillon de main en main , et toutes d'après Tin- 
vitation du grand maître. 

Il y a une vendita (l'obligation chaque mois ; 
et, dans ce jour, on ne peut donner qu'un seul 
grade à une seule personne, soit d'apprenti , 
soit de maître , et l'on parle alors seulement 
d'instruction et du bien de la vendita. 

Le grand maître cite les bons cousins les 
moins diligens ^ et les invite à travailler plus 
régulièrement. 

A la fin de chaque vendita y il est fait un 
appel des membres , et l'on note tous ceux qui 
manquent , lesquels payent cinq sous d'amende 
au.|j|l9.4es pauvres • 

Instruction pour les récipiendaires. 

On leur donne le signe et l'attouchement , 
ainsi que le signe de l'ordre. On leur donne la 
parole sacrée : Fede , speranza y carità. ( Foi » 
espérance , charité). Celle-ci est exprimée par 
le cordon de l'ordre, ou habit de trois cou- 
leurs : le rouge signiHe la foi ; le bleu céleste, 



(48) 
i^espérance; le doii"; la charité. Oa leur fait 
l'e^iLpHcation du tronc » en disant tout ce qui $é 
remarque sur le troue et que t^ou udmnoe bases. 
Le tronc exprime le ciel et la rotondité du 
monde. Le mouchoir blaiic noiis rappelle qu'eu 
Tenant au monde il sert à nous essuyer^ à nous 
irecoeillir , à nous envelopper. Les bdches sont 
la matière principale pour cuire* L'eau nous 
rappelle qu'elle a servi à nous laver du péché 
originel i le feu à nous écktrer dans nos pre^ 
miers emplois et à nous égayer ; le sel à nous 
faire chrétiens; le Christ 'nous rappelle quel 
fut notre rédempteur, et qu'il est , lui , le pré-» 
micr bon cousin Grand Maître de l'univers. La 
Couronné d'épines blanches nous indique le^ 
épreuves et les fatigues des bons cousins » et la 
candeur de leur âme. Les rubans sont les prih* 
cipaux attributs de la carboneria ^ et servent de 
robes. 

Ouverture de la vendit a au grade dCappPenti* 

Le grand maître bat un coup de hachette , 
qui est répété par le premier et le second as-? 
pistant. 

Il appelle ensuite à l'ordre. Se placer à Tor- 
dre^ c'est mettre les mains e^ croix ^ la droite 
sur la gauche. Ensuite ; il prononce la prière 
suivante : 



"^^ 



( 49 ) 

« A la gloire de notre bon cousin Maître de 
« Tunivers ! Nous vous prions de nous protéger 
« dans nos augustes travaux. Et faites^ grand 
a Dieu! que la paix et l'union régnent parmi 
(( nous. » 

On fait aussitôt après les applaudissemens :. 
A l'avantage , première fois ; à l'avantage , 
deuxième fois ; à l'avantage , troisième fois. 

Après quoi, le grand maître bat le coup mys- 
térieux trois fois , et les assistans le répètent ; 
puis tous font le signe , et le grand maître dit : 

c( La vendita est ouverte. Avertissez-en, prê- 
te mier et deuxième assistans , tous les bons 
a cousius. » Après l'avis donné par les assis- 
tans ^ le grand maître ajoute : a Prenez place , 
a mes bons cousins. » 

Le grand maître au premier assistant : Où 
donne*t-on le premier grade, premier assis- 
tant ? 

Réponse. Dans la baraque d'un bon cousin, 
ou dans la chambre d'honneur et dans la ven- 
dita des charbons , grand maître. 

D. Que fait- on pour conférer le premier 
grade ? 

R. On étend un petit drap sur un tronc ^ 
d'arbre, sur lequel se déposent les bases : 
l' ledit drap ; 2" l'eau ; 3^ le feu ; l^^ le sel ; 5" le 
crucifix; 6*" une branche de bois ; 7** une autre 
garnie de ses feuilles. 



C5o) 
Il faut trois boas cousins ou plus pour faire 
une réception j le récipiendaire , toujours ac- 
compagné d'un maître , doit être hors du lieu 
où sont les bases et les bons cousins. 

Le bon cousin qui se trouve avec le récipien* 
daire, battant trois fois du pié , crie à Tavantage , 
première fois , deuxième fois , troisième fois, et 
dit : (( Mes maîtres bons cousins , j*ai besoin 
a de secours. )) Les bons cousins s'approchent 
du tronc ^ sur le([uel ils battent leur cordon et 
donnent trois coups à l'avantage. Puis^ ils font 
le signe convenable , savoir : en tirant la main 
droite de l'épaule gauche à la hanche droite. 
L'un d'entre eux dit ensuite : « J'ai entendu 
(( la voix d'un bon cousin qui demande du 
c( secours : il porte peut-être du bois pour 
<c chauflfer les fourneaux. » 

Le grand maître répond : a Bien ! travaillez, 
(( mes bons cousins. » Et les bons cousins ré- 
pètent le signe. 

Le grand maître. Récipiendaire, mon bon 
cousin , d'où venez- vous ? 

R. D'une forêt (de ma vendita ou de ma 
ligne ). 

ï). Où allez-vous , mon bon cousin ? 

R. Dans la chambre d'honneur. 

D. Que venez-vous faire ici? 

R. Vaincre mes passions , soumettre mes vo- 



( 5i ) 

loutés et m'instruîre dans la respectable car- 
bonara. 

D. Qu'apportez- vous de la forêt (de votre 
\endita ou de votre ligne) ? 

R. Du bois, des feuilles, de la terre, pour 
construire, pour fi'apper, pour cuire au four- 
neau. 

D. N'apportez -vous rien de plus? 
R. J'apporte aussi la foi , V espérance et la 
charité à tous les bons cousins de cette chambre 
d'honneur. 

D. Quelle est celte personne que vous con- 
duisez^. ' 

R. U%^. homme que j'ai trouvé égaré dans lu 
forêt. \.. 

D. Que demWle t-il ? 
R. Il désire s'instruire dans les devoirs de la 
respectable carbonara, et faire partie de iiôtre 
ordre. 

Le grand maître. Faites -le entrer. 

{^Le néophyte esù introduit.) 
Le grand maître fait quelques questions au 
candidat sur la morale et \a religion. Il le fait 
placer ensuite à genoux , les mains en crolç , 
près du trône. Le candidat prononce To^lig^- 
tion d'usage. 

» 

ObUgaùi&ti, 
« Je promets et ni^oblige sur l'honneur de 



1 • 



( 52 ) 

(( ne jamais révéler les secrets des bons cou* 
(( sins, de ûe jamais attenter à l'honneur de 
(( leurs épouses , et de ne point en recevoir 
•(( parmi les bons cousins; de fournir à chaque 
(( bon cousin tous les secours que mes facultés 
(( comportent; de ne faire aucune réception 
(( sans être accompagné de deux autres bons 
(( cousins. Ainsi Dieu me soit en aide ! » 

Les bons cousins reprennent ensuite leurs 
habits ; Je bon cousin grand maître fait Tex- 
plication des bases et du tronc; l'orateur pro- 
nonce son discours ; on fait tourner le sac des 
propositions et celui des pauvres. Après cela 
fini^ le grand maître invite tous les bons cousins 
à faire des propositions pour le bien de la yen- 
dita , frappe trois coups, et annonce au premier 
et au second assistant quîe la vendita est clo&e. 

« ■ ' • ■ I : .T • 

Chaëuil' alors se retire en paix. 

. ... • . • ■ 

Catéchisme d^çpprentL 



•^ 



Demande* Où ayez- vous été reçu ? 

Réponse. Sur )é petit drap y dans une cham- 
bre d*honneur et dans une vendita parfaite. 

D. Où vous a-t-on fait passer? 

H. Au milieu d'une forêt, sur le siège d'un 
four , sur des charbons allumés par trois bons 
cousins, et dans un^ chambre d'honneur. 

D. Qu'y avcz-vous observé ? 



(53) 
R. Un tronc d*arbre, sur lequel étaient posées 
cinq bases bien colloquées et en bon ordre. 
0. Que signifie le tronc d'arbre ? 
R. Le ciel et la rotondité du monde. 
D. Quelles sont les cinq bases ? 

R. Le petit drap , Peau, le feu, le sel et le 
Clirist. 

D. Que signifie le petit drap? 

R. Celui qui servit à nous recevoir , à nous 
essuyer, à nous envelopper en venant au monde. 
D. Que signifie Teau ? 

R. Qu^elle servit à me laver et à me purifier 
du péché originel. 

D. Que signifie le feu? 

R. Qu'il servit à me sécher et à m'éclairer 
dans mes premières obligations. 

D. Que signifie le sel? 

R. Qu'il m'a fait chrétien, 

D. Que signifie le Christ ? 

R. Celui qui fut notre rédempteur. 

D. N'avez-vous rien observé de plus ? 

R. J'ai vu un mouchoir blanc , quelques bû- 
ches, un peu de terre, quelques feuilles, du 
fil , une couronne d'épines blanches et quelques 
rubans. 

D. Que signifie le mouchoir blanc ? 

R. Qu'il a été le linge qui a reçu N. S. Jésus- 
Christ à sa venue au monde. 



(54) 

D. Que signifient les bûches , et à quoi 
serveni-elles? 

R. La principale matière du fourneau et qui 
sert à le chauffer. 

D. A quoi servent les feuilles ? 

R. A couvrir la fournaise. 

D. A quoi sert la terre ? 

R. A couvrir et éteindre les braises. 

D. Que signifie le fil ? 

R. Celui que fila la Sainte-Vierge. 

D. Que signifie la couronne d'épines blan- 
ches ? ^ 

R. Les épreuves et les fatigues en ce monde 
des bons cousins. 

D. Pourquoi la couronne d^épines est -elle 
blanche ? 

R. Pour attester la candeur des âmes, la 
pureté et Pinnocence des bons cousins. 

D, Que signifient les rubans ? 

R, Les principaux attributs de la carbonara , 
qui nous servent d'habits* 

D. De quelle longueur sont-ils? 

R. De trois palmes chacun (i). 

D De quellfe couleur? 

R. Bleu , rouge et noir. 

D. Que signifie le bleu ? 

R. La fumée du fourneau. 

(i) Le palme romain est de 8 pouce» 3 Hg. et demie. 



(55) 

D. "Que signifie le noir ? 

B. Le charbon de la fournaise. 

D. Que signifie le rouge ? 

R. Le feu du fourneau. 

D. Étes-YOus apprenti carbonaro ? 

R. Je le crois, et je puis faire les charbons , 
avec le consentement de mes maîtres. 

D. Pourquoi portez -vous cette couronne 
pendant neuf jours ? / 

R. Pour prouver mon désir d'être bon cou- 
sin^ mon envie d*exercer exactement les règles^ 
et pour me tenir lieu de noviciat* 

D. Otk doit- on porter la couronne? 

R. Le plus près du corps possible. 

D. A quoi devez-vous travailler pendant ce 
temps? 

R. Â Tétude des règles des bons cousins, 
afin de parvenir à être plus digne de leur être 
présenté. 

D. Que signifie cette présentation? 

R. L'enfant qui doit être baptisé. 

D. Quel est celui qui a donné ce qu'il n'a- 
vait pas , à celui qui n'en avait pas besoin 7 

R. Saint Jean-Baptiste, qui baptisa notre 
bon cousin Jésus-Christ , Grand Maître de Tu- 
nivers. 

D. Quel jour fut baptisé N. .. B. •• C. .. 
J. •• Ch. ,. , Grand Maître de l'univers? 

R. Le jour des Rois et des Trois Miracles. 



(56) 

D, Quels sont ces trois miracles? 

R. L'étoile qui éclaira le vojage des trois 
rois mages à Bethléem; l'eau changée en vin 
aux noces de Cana ; et la voix qui se fit en- 
tendre, au ciel quand notre bon cousin Jésus- 
Christ^ Grand Maître de l'univers, fut bap- 
tise. 

D. Que nous enseigne la première prome- 
nade? 

R. Elle nous rappelle notre naissance, et 
nous apprend à quoi nous devons penser dans 
le cours de notre vie. 

D. Qu'observâtes-vous quand on vous banda 
les yeux. pour être reçu? 

R. J'entendis des paroles et un battement 
de mains qui m*étaient inconnus, 

D. Quelles sont ces paroles ? 

R. A l'avantage, une fois ; à Tavantage , deux 
fois; à l'avantage^ trois fois. 

D. Qu'ont apporté ceux qui vous ont re§u ? 

R. Du bois, delà terre et des feuilles. 

D. Que signifient ces trois choses ? 

R. Les présens des trois mages à notre bon 
cousin Grand Maître de Tunivers. 

D. Pourquoi ont-ils apporté ces choses ? 

R. Pour couvrir, frapper, et pour chauffer 
le fourneau. 

D. De quoi le premier charbon a-t-il été 
fait? 



(67) 

R. D'orties et de fougères; 

D. A quoi servit-il? 

R. A travailler les anneaux de la honne 
Vierge. 

D. De quoi étaient-ils ? 

R. De métal* 

D. De quel métal étaient-ils ? 

R. Je me soumets ( c'est-à-dire^ je l'ignore )• 
Dites-le-moi , je vous le dirai. 

D. Que signifie Pindex , présenté horizonta- 
lement ? 

R. L'entrée danis la vendita et dans l'ordre. 

D. Que signifie le signe rétrtigrade? 

R. La sortie de la vendita. 

D. Que signifie le signe du novice? 

R. L'éoole des bons cousins. 

D. Que signifie la décoration du novice ? 

R. La perche du fourneau. 

D. Que signifie le chapeau ? 

R. Le fourneau couvert. 

D. Que sîgnifie-t-il renversé? 

R. Le fourneau qui a besoin de travail. 

D. Que signifie l'ouverture du chapeau? 

R. L'entrée du fourneau ? 

D. Que signifient les ailes ? 

R. L'abat-vent et le pare-vent. 

D. Que signifie le doigt redressé dans le 
fond du chapeau? 

R. lia perche du fourneau. 



(58) 

D. Que signifie le fond du chapeau dé- 
chiré ? 

R. Le fourneau fêlé. 

D. Quel est le signe le plus élevé des bons 
cousins ? 

li. La fumée. 

D. Que signifie le doigt au milieu du cha- 
peau ^ comme si Ton voulait s'en servir pour 
faire un trou ? 

B. Le feu qui se fait dans le fourneau. 

D. Que signifie le noir du chapeau ? 

R, Le charbon de la fournaise. 

D. De quelle manière doivent être coupées 
les bûches ? 

B. En échantillons , comme la perche. 

D. Combien sont évalués les fonds d'un bon 
cousin ? 

R. Soixante*six livres et trois deniers , ou 
quinze ducats de monnaie napolitaine. 

D. En quoi consistent ces fonds ? 

R. En une baraque ^ un fourneau , un jardin 
et une pierre de comparaison, 

p. Combien la baraque? 

R. Vingt livres. 

D. Combien le fourneau ? 

R. Trente livres. 

D. Combien le jardin ? 

R. Seize livres. 

D. Combien la pierre de comparaison? 



(-59) 
R. Trois deniers. 

D. Combien valent les trois deniers? 

B. Trois décimes ; prix que fut \^ndu le bon 

cousin Grand Maître de l'univers* 

D. Que signifient les trois décimes ? 
R. Les trois personnes de la très-sainte Tri- 
nité. 

D. A quoi sert la pierre de comparaison? 

R. A éloigner et reconnaître tout profane , 
et à distinguer les bons cousins. Quand il j a 
des profanés 9 Ton dit: (^ Il pleut! il fait du 
ce vent ou de la fumée. » Et sMÎ se fait quelque 
demande par quelque bon cousin^ et que l'on 
ne comprenne pas ce qu'il veut dire, on ré- 
pondra : (( Je me soumets ! » en touchant un 
petit drap. 

D. Que signifie Tacte de soumission? 

R. Celle de N. S. Jésus-Christ^ Grand Maître 
de l'univers , à la volonté de Dieu le père , de 
saint Joseph et de la bonne Vierge. 

D. Que croit -il dans le jardin des bons cou- 
sins? 
R. Du persil , du cerfeuil et de roseille. 

D. Pourquoi ces trois herbes de préférence à 
toutes les autres ? 

R. Pour montrer la sobriété , la tempérance 
et la frugalité des bons cousins^ et pour désigner 
quelle est la soupe la plus tôt cuite. 



' (6«) 

D. A quelle heure doit être prête la soupe 
des bons cousins ? 

R. A toute heure, parce qu'il peut leur 
arriver des bons cousins. 

D. Quel doit être leur occupation? 

R. Le travail. 

D. Que signifie un arbre avec la racine en 
l'air? 

R. Si tous les arbres étaient ainsi , il n^'y au- 
rait pas de bons cousins. 

D. Si un bon cousin est attaqué y avec quoi 
doit-il frapper les profanes ? 
R. Avec là hachette 9 ou le poignard. 

î). Où doit-il le frapper ? 

R. Entre les yeux et le crâne. 

D. Et s'il s'enfuit? 

R. Entre les deux épaules. 

D. A quelle distance? 
R. A vingt-cinq pieds, 

D. Quels sont les trésors d'un bon cousin ? 
R. La forêt , la hache et la pierre de compa- 
raison, 

D. A quoi servent les signes ? 

R. A confirmer la réception des bons cou- 
sins , et pour honorer saint ïibaldp, notre pro- 
tecteur. 

D. Pourquoi dites vous cinq pater et cinq 
we pendant que dure cette réception? 



6i ) 

R. Pour honoreF la mort et la passion de 
notre Grand Maître de l'univers. 

D. Quelle est la mère des cinq bases ? 

R« Les fonts baptismaux. 

D. Où êtes-vous ? 

R. Entre le del et la terre. 

D. Qui est votr« père? 

R. Le ciel, objet des désirs des bons cou- 
sins. 

D. Qui est votre mère? 
^' R. La terre qui me nourrit , et dans laquelle 
)e dois retourner. 

D. Qui est votre parrain? 

R . On montre le pouce. 

D. Qui sont les témoins ? 

R. On montre les deux doigts gui le sui- 
i^nt. 

D; Que doit le novice au parrain pendant le$ 
neuf jours de noviciat? 

R. Du pain et du vin. 

D. Qui vous a instruit de ces choses ? 

R. Mon parrain, qui m'a fait étudier pen- 
dant neuf jours. 

FIN DU PREMIER GRADE. 





* Figure d'un échantillon de boii. 



( 62 ) , 

SECOND GRADE DE BON CX)USIN. 

Note. Les neuf jours de noriciat écoulés, on 
se rend à la forêt ^ sur un siège à charbon \ pour 
conférer à l'apprenti le grade de maître. L'ap- 
prenti est accompagné d'un bon coosin. On ré- 
clame sa couronne; on place les bases, et on 
apporte les rubans. On lui fait réitérer ses obli- 
gations. Ensuite les instructions lui sont don- 
nées par le grand maître. 

Le grand maitre. Demande. Où avez-vous 
clé reçu ? 

Réponse. Sur le petit drap. 

D. Où avez-vous passé ? 

R. Dans une chambre d'bcmnear de bons 
cousins. 

D. Quelle est cette chambre d^bonnenr ? 

R. Celle qui est au milieu d'mie forêt, dans 
une vente, sur le siège d*ua fourneau^ entouré 
de trois bons cousins , tous les trois maîtres. 

D. Qu'y aTez*TOus remarqué? 

R. Un tronc d'arbre, sur lequel étaient cinq 
bases bien appuyées et bien édifiées. 

D. Quelles sont ces bases principales? 

R. Le petit drap , l'eau , le feu , le sel et le 
Christ. 

D. Qu'avez- vous observé de plus? 

R. Un inouchoir blanc y du bois ^ de la terre , 



(63) 

des feuilles, du fil, une couronne blanche, 
un échantillon et quelques rubans» ' 

D. Que signifie le petit drap ? 

R. Celui où je serai enterré après ma 
mort. 

D. Que signifie Teau ? 

R. Celle qu'on jettera sur mon corps quand 
je ne serai plus. 

D. Que signifie le feu? 

R. Les chandelles qni s'allumeront autour 
de mon cadavre* 

D. Que signifie le sel ? 

R. La terre dans laquelle je serai ense- 
veli. 

D. Que signifie le Christ ? 

R. La croix qui se portera en procession 
devant mes dépouilles mortelles. 

D. Que signifie le mouchoir blanc? 

R. Celui avec lequel sainte Véronique essuya 
le visage de notre bon cousin Jésus-Christ, 
Grand Maître de l'univers. 

D. Que signifie le*bois? 

R. Celui qui servit à former la croix au bon 
cousin Grand Maître de l'univers, et celui 
aussi qui servit pour pendre Judas après sa 
trahison. 

D. Que signifie la terre ? 

R. Celle où le bois naît et s'élève. 

D. Que signifient les feuilles? 



(64) 

B^ La flagellation de notre bon cousin 
Grand Maître de Punivers. ^ 

D. Combien reçut-il de coup3 de vergW? 

R. Je me soumets^ cependant on assure qu'il 
en reçut six mille six cent soixante-douze 
coups. 

D. Que signifie le fil ? 

R. Celui qui servit pour faire un suaire au 
bon cousin Grand Maître de Tunivers , et ser- 
vira encore pour nous. 

D. Que signifie la couronne? 

R. Celle de notre bon cousin Grand Maître 
de l'univers. 

D. Que signifient les trois épines attachées * 
à la couronne ? 

R. Les trois clous qui percèrent les pieds et 
les mains de notre bon cousin le Grand Maître 
de l'univers , lorsqu'on le plaça sur la croix. 

D. Pourquoi avez-vous porté celte couronne 
pendant neuf jours ? 

R. En honneur des neuf mois que la Sainte- 
Vierge porta notre bon iousin Grand Maître 
de l'univers. • 

D. De quoi était la couronne de notre bon 
cousin Grand Maître de l'univers? 

R. De joncs marins. 

D. De combien d'épines était -elle com- 
posée ? ^ 

R. De soixante-douze. 



(65) 

D. Que signifie ce nombre de soixanu^ 
douze? x . 

R. Les soixante-douze disciples de notre bon 
cousin Grand Maître de l'univers. 

D. Que signifie la procession qui se fait pour 
enterrer la couronne ? > 

R. La sortie de Jérusalem de notre bon 
cousin Grand Maître de Tunivers; son trans- 
port auCalvaire, et la procession pour nous en- 
sevelir nous autres bons cousins. 

D. Que signifie le miserere que Ton récite 
en allant enterrer la couronne ? 

R. Les services que nous prêteront les bons 
cousins en nous ensevelissant. 

, D. Que signifie le é/e/?rq/w/2d!w qui se récite 
après avoir enterré la couronne? 

R. Les prières qui s'adresseront à Dieu pour 
le repos de notre àm^e^ par nos amis^ nos 
parens et les autres bons cousins. 

D. Que signifie le trou qjii a été fait pour 
enterrer la couronne ? 

R. La fosse dans laquelle nous serons ense- 
velis. > 
D. Dans quel lieu enterre-t-on nôtres cou- 
ronne ? 

. R.-Dans un siège à charbon, et dans le ci- 
metière de Tordre.. 

D. Que signifie la terre qu\)n jette dessus ? 

5 



■j 



(66) 

R. Celle qui se jettera pour remplir notre 
fosse. 

D. Combien de temps y demeurera-t-elleen* 
terrée ? 

R. Ju3qu'au jugement universel. 

D. Quelle est la devise des bons cousins? 

R. Foi, Espérance, Charité. 

D. Pourquoi dites-vous jFbt? 

R, Parce que nous devons croire tous les 
mystères de notre sainte religion. 

D. Pourquoi dites-vous Espérance ? 

R. Parce que nous devons espérer de monter 
au ciel où tous les bons cousins aspirent. 

D, Pourquoi dites-vous Charité? 

R. Parce que nous devons aveuglément la 
pratiquer envers le prochain , et par - dessus 
tout envers les bons cousins. 

D. Que signifie le ruban bleu ? 

R. L'espérance d'aller au ciel suivant le désir 
de tous les bons cousins. 

D. Que signifie le ruban rouge ? 

R. La foi , comme lorsque la sainte science 
coula sur les apôtres en forme de langue de feu, 
et au purgatoire. 

D. Que signifie le ruban noir? 

R. La charité que nous devons exercer vi- 
vement , Ten fer que nous devons éviter, la 
couleur funèbre qui nous couvrira et le deuil 
que porteront nos parens après notre mort. 



(67) 

D. Que signifient le bois, la terre et les 
feuilles réunis ensemble ? 

R. I-es dons des trois mages j savoir , Vor , 
Tencens et la myrrhe. 

D. Que signifie le premier siçne , appelé signe 
dePéchelle? 
R. L'ëtole. 

D. Que signifie Tétole? 
R. La foi de notre sainte religion ♦ et lé signe 
adopté par les apôtres pour se faire recon- 
naître. 

D. Que signifie le second signe, appelé signe 
du ceinturon ? 

R. Que nous devons mettre un frein à nos 
passions « et soumettre nos volontés. 

D. Que signifie le troisième, dit le mani- 
pule ? 

R. Le martyre , c'est-k-dire , que nous devons 
souffrir d'avoir la main eo;upée plutôt que de 
violer la foi de nos sermëns. 

D. Que signifient les trois signes réutiis ? 
La ligature de notre bon cousin Grand Maî- 
tre de l'univers. 

D. A quoi sert la pierre de comparai$on? 
R, A reconnaître les bons cousins. 
D. A quoi sert le signe de Tattouchèment ? 
R. A distinguer les maîtres des apprentis. 
D. G>mbien vaut la pieriie de comparaison? 
R. ,Trois clous. 



( 68 ) 

D. Combien valent trois clous ? 

R. Trois deniers. 

D. Que signifient les trois exclamations^ à 
Favantage première fois ; à l'avantage seconde 
fois; à Favantage troisième fois? 

R, Elles signifient : demandez , il vous sera 
donné; cherchez, vous trouverez; heurtez, on 
vous ouvrira* Elles signifient aussi l'union des 
bons cousins. 

D. De qu*eHe espèce dé bois était la croix' 
de notre bon cousin Grand Maître de l'uni- 
vers ? ♦ 

R.. De quatre espèces : depaliniçr, d'orme^ 
de cèdre et d'olivier. 

D. Où le bois a-t-il grandi ? 

R. Sous la langue de notre premier père , 
Adam. 

D. Où at-il été cueilli? 

R. Sur le mont Libaui^ 

D. Que représente la palme? 

R. La victoire xjue notre bon cousin Grand 
Maître de l'univers remporta sur ses ennemis 
après sa mort pour nous sauver. 

D. Que représente l'ormje ? 

R. L'innocence et la grandeur de notre bon 
cousin le Grand Maître de l' univers. é 

D. Que représente le cèdre ? 

R. Son imiptortalité , sa dignité et son règnes 

D. Que représente Tolivier? 



(69) 
R. Le pardon qtie notre bon cousin Grand 
Maître de l'univers accorda à ses ennemis avant 
d'expirer, et qu'il demanda à son divin père. 

D. Quelle hauteur avait la croix de notre 
hou cousin Grand Maître de Tunivers ? 

R. Quinze pieds, savoir : trois dans la terre; 
trois de la terre à ses pieds , six de ses pieds à 
sa tête , et trois au-^dessus. 

D. Quelle était sa largeur ? 

R. Sept pifeds et demi , moitié de sa hauteur. 

D. Combien pesait-elle ? 

R. Tous les péchés du monde. 

D. A quoi servit .Féchelle .^ 
R. A descendre de la croix notre bon cousin 
Grand Maître de l'univers. 

D. Combien avait • elle d'échelons , et que 
signifient ces échelons ? 

R. Onze. Les trois premiers signifient les 
trois clous et la sainte Trinité; les deux suivans, 
joints à ceujc-là, signifient les cinq plaies; les 
sixième et septième , ajoutés aux précédens , 
signifient les sept péchés mortels que nous 
devons éviter, ainsi que les sept allégresses de 
la Sainte - Vierge ; les huitième et neuvième , 
avec les sept premiers, signifient les neuf mois 
de grossesse de la Sainte -Vierge , et les dixième 
et onzième, qui complètent l'échelle, signifient 
les onze mille vierges. 



(70) 

D. Combien existe -t -il d'espAces dans l^c- 
chelle? 

R. Douze 9 qui signifient les douze apôtres. 

D. Que signifie le prêtre qui va se préparer 
dans la sacristie ? 

, R. Notre bon cousin Grand Maître de Tani* 
Ters allant au jardin des oliviers. 
' D. Que signifie Pélévation de la messe ? 

R. ^élévation sur la croix de notre bon 
cousin Grand Maître de l'univers. 

D. Où fut dite la première- messe ? 

R. Sur le mont Calvaire. 

D. Qui sont les plus grands architectes ? 

R. Dieu ; puis saint Tibaldo , saint Joseph , 
saint Éiie^ saint Baltazard et saint Alexandre. 

D. Qui a rendu le fer malléable ? 

R. Saint Tibaldo , qui , ayant trouvé un mor- 
ceau de mine dans une racine, le tira et le tra- 
vailla. Ce saint est notre protecteur. 

D. Que représentent les cinq bases ? 

R. Les fonts baptismaux. 

D. Quels ont été les premiers bons cousins ? 

R. Les douze apôtres, qui, en se séparant^ 
se donnèrent certains signes pour reconnaître 
les vrais fidèles. 

D. Quel est le but de la carbonara ? 

R. De rendre les hommes vertueux. 

D. Quels en sont les avantages ? 

R. Ceux-ci ; que, voyageant par terre ou 



(70 
par mer, elle nous fait trouver des personnes 
prêtes à nous secourir. 

D. Savez-vous sur quoi est fondé le second 
passage? 

R. Sur ]a passion et la mi^rt de notre bon 
cousin Grand Maître de Tunivers et sur U 
nôtre. 

D. Que signifie- trîl? 

R. Le passage de la vie à la mort , les sen- 
timens avec lesquels nous devons vivre et mou- 
rir, et le pardon qui nous est réservé pour 

l'autre vie. 

» 

D. Quelle est l'habitation des bons cousins ? 
R. Le ciel que nous devons espérer. 

D. Quelle est leur mère? 
R. La terre , dans laquelle nous devons ren- 
trer. ., 

D. Êtes -vous bon cousin? 
R. Je m*en fais gloire. 

D. Que signifient trois doigts élevés ? 
R. Les trois personnes divines. 

D. Que signifie l'index présenté oblique- 
ment? 

R. Le coup de lance donné au bon cousin 
Grand Maître de l'univers. 

D. Que signifie - 1 - il présenté horizontale- 
ment? 

R. La pointe du jour et le feu. 



,(7r) 

!D. Que signifient les étages des bons cou» 
sins ? 

R. Notre Grand TVfaitre de l'univers bpn 
cousin^ et les bons cousins douze apôtres. 

D. Que signifient le soleil, la lune et les, 
étoiles? 

R. Le premier père, la Sainte-Vierge. et les 

enfans de la lumière lés bons cousins. , ' 
D. Que sîgnîfiejit le chandelier, la chandelle 

et Péteignoii'? 

R. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit. 

D. Que signifient les quatre doigls élevés? 
R« Les quatre évangélistes ; les quatre élé- 
mens , et les quatre parties du monde. 

D. Que signifient les quatre doigts élevés et 
Te pootîe plié au milieu de la main? 

R. La lanterne qui se portait devant les sol- 
dats lorsqu'ils allèrent prendre notre boii 
cousin Grand Maître de l'univers, et encore 
le saiiit viatique lorsqu'on le porte. 

D. Qui portait la lanterne? 
R. Marc , auquel le bon cousin Pierre coupa 
roreille. 

D. Que signifient les deux premiers doigts 
et le pouce appuyés sur le fond du chapeau ? 

R. Les trois jours que nôtre bon cousin, 
Grand AJaître de Timivers demeura dans le " 
sépulcre. 



(73) 

D. Que signifient tous les doigts ployés, 
c'est- à-dire, le poing? 

R. L'union des bons cousins. ^ 

D. Que signifie le chapeau retourné ? 

R. Le trou' dans lequel on planta la croix* 

D. Que signifie le chapeau posé à plat? 

R. Le saint sépulcre. 

D. Que signifie la pointe du chapeau? 

B. L'entrée de la vendila. 

D. Que signifient les bords du chapeau ? 

R. Les pierres qu\ soutenaient le saint sé- 
pulcre. 

D. Que signifie le fourneau découvert? 

E. Le mont Calvaire. 

D. Que signifie- t-il couvert de terre ? 

R. La veudita inconcevable de notre bon 
cousin Grand Maître de Tunivers. 

D. Que signifie-t-il couvert de feuilles ? 

R. Le deuil de la bonne Vierge. 

D. Que signifie-t-il couvert de fleurs? 

R. Le jardin des Oliviers. 

D. Que si^ifie le fourneau crevé ? 

R. Le voile du temple déchiré par le trem- 
blement de terre qui eut lieu lors de la mort de 
notre bon cousin Grand Maître de l'univers. 

D. Quelle hauteur doit avoir un fourneau 
bien construit? 

R. Quinze pieds ; la même hauteur qu'avait 
la croix. 



/ 



(74) 

D. Et de grandeur? 

K. Sept pieds et demi; la même largeur que 
la croix. 

D. Quelle longueur doit avoir la perche de 
la pelle ? 

R. Six pieds ; la hauteur de notre bon cou- 
sin Grand Maître de Tunivers. 

D. Que signifie la main droite contre Tepaule 
gauche ? 

R. Le soufflet que reçut notre bon cousin 
Grand Maître de Tunivers. 

D. Que signifie le doigt porté sur Toeil ? 

B. Les larmes du bon cousin et celles du 
bon larron. 

D. Que signifie le corps plié étant à terre , à 
genoux? 

R. N. S. bon cousin Grand Maître de Funi- 
vers plié sous le poids de la croix. 

D. Qui fait le fourneau? 

R. IjCS bons cousins. 

D. Quelle est la chose essentielle et la plus 
haute de la forêt? 

B. La perche du fourneau. 

D. Que représente t-eile ? 

R. L'arbre de la croix. 

a. Que signifient les feuilles agitées par le 
vent ? 

B. Les coups donnés à notre bon cousin 
Grand Maître de Tunivers, en le flagellant. 



(73) 

D. Que signifie un tronc fendu avec la pierre 
<le comparaison pour éprouver Tinscription 
des bons cousins ? 

R. La colonne où fut flagellé notre bon cou* 
sin Grand Maître de Tunivers. 

D. Que signifie la pierre de comparaison? 
R. Le Christ. 

D. Que signifie réchantillon suspendu à nos 
habits ? 

R. La croix de notre bon cousin Grand 
Maître de l'univers . 

D. Que signifie le prédicateur dans la chaire ? 
R. Notre bon cousin , Grand Maître de Tu- 
nivers préchant sur la montagne. 

D. Que signifie le christ au milieu des bons 
cousins? 

R. Le Christ entre les docteurs. 

D. Que signifie le lavement des mains ? 
R. Qu'il ne doit entrer dans la vendita Tien 
de profane. 

D. Quel est le signe des bons cousins? 
R. Le feu. 

D. Qu'est-ce qui fait le tour de la vendita? 

R. Le petit char. 

D. Quels sont les instrumens des bons cou- 
sins ? 

R. La hachette , la pelle , la scie, le râteau , 
le panier, le marteau et la petite charrette- 



( 76 ) 
^D. Quelle est le premier maître de ligue de la 
vendiia? * 

R. Le feu, 

D. Quel est le second ? 

R. Les bons cousins ? .* 

D. Où se reposent les bons cousms ? 

R. Sur la braise. 

D. Quand un bon cousin arrive, que lui 
fait-on? 

R. Tous les signes ; et puis il se lave les 
mains. 

D. Que doit-on à un bon cousin? 

B. Tous les secours, un bocal de vin et du 
pain. 

D. Que fait-on lorsque Ton va visiter un bon 
cousin , s*il n'est point chez lui ? 

R. On plante un pal à échantillon y avec la 
pointe vers la'' porte. 

D. Êtes- vous content d'être bon cousin ? 

R. Mes bons cousins les maîtres peuvent 
Tattester. 

D. Mais vous , Têtes-vous ? 

R. Je suis extrêmement satisfait d'avoir été 
reconnu bon cousin. ' 

D. A quelle fin ? 

R. Par le zèle de m'instruife , par Pamîtîé 
que j'ai vouée aux bons cousins, et par le dé- 
sir de les secourir dans leurs besoins. 

D. Quel âge avez-vous ? 



, ^ 77 ) 

R. Je suis né depuis ipà réception dans la 
respectable carbonara. 

D. Quel gradé avez-TOus? 

R. Deux grades. 

D. Quels sont ces gi^ades? 

R. Apprenti et maître. 

D. Quel est le plus grand plaisir des bons 
cousins? , . 

R. C'est celui de pouvoir secourir et* aider. 

D. Quelle est la distinction de votre récep- 
tion ? , . 

R. De mettre les deux mains en croix ef^de 
se préparer à obéir. 

D. Que signifient les mains en croix ? 

R. La condition à laquelle on s'est soumis 
d'être bon cousin. 

D. Que signifie là braise ? 

R. L'union des bons cousins. 

D. Que signifie le fourneau malpropre ou 
dérangé ? -^^^^^ 

R. 'Une venditaTmal ordonnée et mal unie. 

D. Quel est le signes de la baraque d'un bon 
cousin? 

R. La marque de trois coups de hachette, 
ainsi placés ... 

D. Conmient êtes-voi^s ar^'ivé au grfodè de 
bon cousin mattre 

R. Avec beaucoup de diligence^ de zèle et 
de discrétion. ! 



\ 



/ 



( 78 ) , 

D. Pourquoi trois bons cousias assisteat^ils 
à une réception ? 

R. Pour démontrer le prêtre , le parrain , 
la créature que l'on baptise y et la puissance de 
la très-sainte Trinité. 

D. A quoi a servi le premier charbon ? 

. R. A faire des clous. 

D. Comment distingue-t-on la maison et la 
baîaque d'un bon cousin ? 

R. Au moyen de l'échantillon placé sut* ren- 
trée/ 

D. Que signifie la vendita ? 

R. Le jardin des Oliviers. 

D. Pat* quel chemin se rend-on à la vendita? 
R. Par le sentier de Daniel. 

D. Depuis quel temps la (iiarbonnerieest-elle 
exempte de contributions ? 

R. Depuis le temps de François I", roi de 
France. 

D. Pourquoi lui donna- t-il ce privilège ? 

R- Parce que ce roi s*étant égaré à la chasse , 
il fut reçu dans une baraque de bon cousin et 
fort bien traité. 

D. Comment se nomment les bons cousins ? 

R. Les garçons de la pelle. 

^ D. Eu allant voir un fourneau , comment 
'■-f faut*il faire pour ne point subir une amendé ? 
R. Après en avoir fait le tour^ on doit en 



(79) 
remuer les instrumens , et faire quelque chose 
d'utile à celle vendita. 

D. Quelle est la devise des bons cousijis ea 
paroles sacrées? 

R. Foi , espérance , charité. 

D. Pourquoi dites-vous /bi ? 

R. Parce que nous devons croire tous les 
mystères de notre religion. 

D. Pourquoi espérance? 

R. Parce que nous devons espérer d'aller au 
ciel ? 

D. Pourquoi charité? 

R. Parce que nous devons exercer cette 
vertu avec les profanes , et par-dessns tout 
avec les bons cousins. 

D. Quelle est la parole de la vendita? 

R. Honneur , vertu y probité. 

D. Quel est le mot d'ordre ? 

R. Il doit se changer chaque mois. 

D. Comment se coupe le pain ? 

R. En coins 9 comme l'échantillon. 

D. Que signifie la partie antérieure dn 
tronc? 

R. Une place à charbon. 

D. Comment s'appelle la fourchette ? 

R. Le râteau. 

D. Comment s'appelle la cuiller? 

R. La pelle. 

D. Comment s'appelle le couteau ? 



( 80 ) 

R. La hachette. 

D, Comment s'appelle le verre? 

R. Le vano, 

D. Comment s'appelle le pain? 

R. Le charbon. » * 

D. Comment s'appelle le vin? 

R. La bonne braise. 

D. Comment s'appejle le sel ? 

R. La terre. 

D. Comment s'appelle l'eau? 

R. La mauvaise braise. 

D. Comment se fait le salut aux bons cou* 
sins ? 

R.' Avec un vano bien plein de bonne 
braise. 

CÉRÉMONIE 

POUR LA RiCEPTlOir d'uN BON COUSIN AU 6AADB 

DÉ TttAlTRE. 

Le maître parrain bande les yeux de l'ap- 
prenti récipiendaire, et le conduit èn'vojâge 
dans la forêt la plus difficile. Il le ramène en- 
suite au grand maître, qui (après les forma* 
lités d'usage) se fait donner sa couronne et 
son échantillon , et fait à l'adepte plusieurs de- 
mandes sur le catéchisme d'apprenti. Il lui dit 
ensuite : 

c( Mon bon cousin^ les épreuves du noviciat 



(8i) 

(( et d'apprenti ne nous ont point asse£ assurés 
« de vous pour vous faire un pareil honneur. » 
(Le maître parrain de Tadepte a demandé pour 
lui , à son entrée dans la chambre d'honneur 
de la forêt, le grade dé maître* ).(c II faut donc 
(c vous soumettre à d'autres épreuves , et plus 
« grandes que les premières : pensez-y bien, 
ce et puis décidez-vous. » Il garde un moment 
de silence 9 et il ajoute : « Les épreuves sont f 

a dans cette respectable vendita et devant 
«c vous; faites-»nous donc connaître vos inten- 
« tions. » Après sa solution, le grand maître 
dit : « Conduise2-le au jardin des Oliviers ! » 
L'adepte y est conduit à pas démesurés et re- 
vient* Il est placé dans une attitude suppliante, 
les mains élevées. Ensuite son parrain dit à 
haute voix : « Si les peines que je dois souffrir 
« peuvent être utiles au genre humain , je ne 
a demande point qu'on les diffère ; je désire 
« seulement que votre volonté soit faite, et 
<c non la mienne^ » 

jLe grand maître : a Qu'on lui fasse boire le 
€ calice d'amertume ! » On fait sortir le réci- 
piendaire bien lié, et on le conduit devant le 
gouverneur Pilate, représenté par le mémo 
grand maître. « Qui est celui-ci, que vous raé 
« conduisez ainsi retenu? » dit-il. Le chef des 
gardes y représenté par le premier assistant, 
répond : ce C'est un séditieu:s; dénoncé ! nous 



( 8a ) 
fc Tâvons trouvé au milieu de plusieurs misé* 
« râbles qui l'entouraient, et qui nous servi- 
« ront (le témoins pour vous affirmer ses pro<^ 
< jets. » 

Le grand maître : a De quoi est- il accusé? b 
Le chef des gardes, qui est le premier assis* 
tant, et les bons cousins , disent : « Nous le 
« présentons comme ayant voulu soulever le 
f peuple y afin de régner de^^potiquement, dé- 
f truire notre religion en disant que tout se 
c fait par sa volonté suprême , et en se faisant 
^ croire le Dieu vivant. » 

Le grand maUre : « Le délit est grave. Je 
€ ne puis pas décider seul une affaii^ aussi coia- 
« pLLquée. Conduisez Taccusé devant Ca'îphe ( i). 



. 1 



(i) Gaïpha» , Caîphe , ( an da nioncU 4072 , de Rmne^ 
772, de Jésus -CUrbt 18 ), grand prêtre des Imh. B 
était de la secte des Saducéens ,^et avait succédé i Simon 
fils de Camith. U commença id'exercer la souveraine sacrt- 
fiçatuire sous le consulat de Julius Silanus et de Lucius Nor- 
banus . il épousa la fille d'Anne , qui avait été grand pon<*> 
tife pendant plusieurs années , et conserva sa charge dé 
souverain sacrificateur pendant environ dix-neuf ans. Il t 
avait déjà près de onze ans qu*il était grand prêtre lors* 
que Jésus-Christ fut baptbé par saiut Jean. Les mirade^ 
que le Sauveur opéra alors ayant été un sujet d*envie pout 
les prêtres, les scribes et les pharisiens, ils résolurent dé 
le perdre. Ils lui tendirent souvent des pièges, ils lui firent 
des questions captieuses pour tâcher de trouver dans Mi 



(83) 

Le premier assistant , pour Caïphe : « Par 
« suite des rapports que Ton m'a faits sur cet 



réponses des moyens de l'accaser çt de le conda^nher; 
mais la sagesse de Jésus- Christ rendait leurs entreprises 
inutiles. Jéso^-Christ étâdt dans sa trente-troisième année 
accomplie 9 et Venait de ressusciter Lazare, lorque Caïphe 
assembla le sanhédrin et les docteurs de la loi , pour leur 
représenter combien il était important pour toute la nation 
d'arrêter Jésus-Christ qui passà^ pour le Messie. Il fit en-' 
yisagèr que les Romains pourraient prendre ombrage dé 
l'autorité qu'il s'était acquise, et s'en venger sur eiix. Il fut 
donc décidé qu'on se saisirait de Jésus-Christ, et qu'oh le 
condamnerait à là mort 

Jésus-Christ, se voyant à là veille de consommer par un 
sacrifice sanglant l'ouvrage dé la rédemption de l'univers^ 
était sorti de Jérusalem , avait passé le torrent de Cédron, 
s'était rendu à la montagne des Oliviers avec ses apôtres j^' 
et était entré dans le jardin de Gethsémani pour y passer 
le temps de son agonie. Ce fut là que Judas vint le trouver, 
escorté d'une troupe de soldats auxquels il le livra. Ceux-ci, 
l'ayant lié , le conduisirent chez Caïphe , grand prêtre , 
où les scribes et les anciens étaient assemblés. II parut 
devant des juges trop intéressés à s'écarter des règles 
de la justice pour ne point embrasser les moyens de là 
perdre. Les premiers témoiiis qui déposèrent contre lui ne 
leur offrirent rien de sufiBsant pour le condamner. Il s'en 
présenta deux autres qui affirmèrent que Jésus- Christ avait 
dit qu'il pouvait détruire le temple de Diéù et le rebâtit en 
trois jours. Comme il ne répondait rien à ces différentes 
accusations, Caïphe lui dit : « Vous ne répondez rien à ce 
qn*6ri dépose cohfre voUs ? » Jésus- Chfbt n'ayant rien ré- 



( 84 ) 

a homme, et les informations prises sur sa 
« conduite , il est reconnu coupable de graves 



pondu, le grand prêtre lui ordonna de parler, et lui com- 
manda par le Dieu vi^akit de déclarer publiquement s'il 
était le Christ , fils de Dieu. « Vous l'avez dit , répondit 
Jésus-Christ je le suis, et je vous déclare en même-temps 
que vous verrez dans la suite le fils de l'homme assis à la 
droite de la majesté de Dieu, qui viendra sur le trône des 
airs , et assis sur les nuages. » Alors le grand prêtre déchira 
des vétemens dont il était indigne, et sembla annoncer la 
fin du sacerdoce des Juifs^ « Il vient de blasphémer, s'écria-^ 
t-il , qu'avons-nous besoin d'autres témoins ^ vous venez 
d'entendre vous-mêmes ces blasphèmes, qu'en pensez- 
vous ? » Ils répondirent qu'il méritait de perdre la vie. Us 
ne le regardèrent plus que comme un homme condamné 
à mourir , et avec lequel il n'y avait plus de ménagement 
à garder -, ils lui crachèrent au visage , ils le frappèrent de 
différentes manières , et ils lui donnèrent des soufflets. On 
lui banda les yeux , et on lui donnait des coups en lui di- 
sant : « Devine , Christ , qui t'a frappé ». C'est ainsi que 
l'œuvre de ténèbres fut continuée par les soldats. Rassem- 
blés le matin avec le prince des prêtres , ils tinrent con- 
seil de nouveau pour le faire mourir. Ils le remirent entre 
les mains dePilate, leur gouverneur, afin de lui faire con- 
firme * la sentence qu'ils avaient prononcée. Ce juge con- 
nut l'innocence de Jésus-Christ , et fut persuadé que la 
persécution qu'il essuyait n'avait d'autre principe que l'en- 
vie des prêtres et des pharisiens. Cependant, menacé 
d'encourir la disgrâce de César^ il se rendît aux cris réité- 
rés des Juifs , et condamna Jésus-Christ à être crucifié. 
( An du monde 4089, de Rome 789 , et de Jésus-Christ 35.) 



C85) 
« attentats , et Pilate sait que je ne puis punir 
« de semblables délits. Cela i\egarde le souve* 
a rain, ainsi vous dev€z le conduire devant 
a Hérode. » 

he deuxième assisùanùjpoxiT Hérode : « Qui 
« es^tu ? » 

Le parrain répond pour le patient : « Je suis 
« le fils de Dieu. » 

Les bons cousins ^ pour le peuple : « LVn- 
« tendez-vous dire qu'il est le fiJs de Dieu ? Il 
a l>laspliëme , et mérite le plus grand châti- 
«c ment. » 

Hérode : « Est-il vrai que tu sois le fils de 
« Dieu? » 

Le parrain répond : <c Vous le dites. » 

Hérode : « Va , tu es insensé ! Peuples , 
<( examinez que cet homme est imbécille; 
« mettez-lui sur le dos une tunique blanche, 
« et conduisez -le à Pilate, pour qu'il recon- 
« naisse sa folie , et juge le tout à sa fantaisie. » 

On met une tunique blanche au récipien- 
daire, et il est conduit à Pilate* 

Les gardes à Pilate : « Hérode vous envoie 
« cet homme insensé , et vous autorise à faire 
et de lui ce qu'il vous plaira. » 

Pilote, au peuple : « Le prince m'envoie 
, 4c cet insensé , que voulez-vous que j'en fasse ? » 

Le peuple s'écrie : « Qu'il soit jugé ! » 

Pilate : « Je ne veux pas lé juger sans Ten- 



(86) 

ç< tendre. » Puis , s'adressant au récipiendaire : 
a Qui es-tu ? » 

Leparra^in répQnd : a Jésus de Nazaret)i > rqi 
<c de Judée. » 

Pilote 9 à Tadepte : « Puisque tu es roi , » 
au peuple : « Qu'on lui mette une ppuroanç 
« sur \d^ tête 9 et un sceptre dans les maii^s! » 

{On pose sur sa tête une couronne que 
ton fait entrer à coups de roseau , et on lui 
met un roseau à la main. ) 

Pilate , au peuple : « Ètes-vous contens ? » 
Le peuple : « Non , sou crime mérite un 
k plus grand châtiment. » 

Pilaie : « Qu'on le déshabille, qu'on Pat- 
ce tache à cette colonne ^ et qu'on le flagelle ! » 

(On le flagelle; après quoi Pilate le montre 
au peuple^ et lui dit : « Étes-vous contens? 
« voilà l'homme! ») 

Le peuple : <f Non, non, non, qu'il soit 
« crucifié! » 

Pilate : <c J'ai fait mon devoir! Vous voulez 
ce sa niort; je le remets dans vos mains ! Mais 
et que l'on m'apporte de l'eau pour purifier 
« mes mains , afin que le sang de l'innocent 
ce tombe sur vous et sur vos fils, puisque vous 
« voulez absolument sa mort !» 

Le peuple fait porter la croix à l'adepte jus- 
qu'au Calvaire, avec bruit et à pas lents. Lors- 



<fu*il y est arrivé, Ton demande grâce ^ et lé 
grand maître des cérémonies fait agenouiller le 
patient sur le petit drap, pour lui feii'e réitérer 
son serment. 
La clâture se fait commô au grade d'apprenti. 

TRAVAH DE TABLE. 

Le grand maître^ occupant la première 
pjace : 

Demande. Quelle heure est-il , bon cousin , 
premier assistai) l? 

Réponse. Le soleil commence à éqlairer nos 
forêts. 

D. Jt^^r^i/fifiw^i^re.Puisque le soleil éclaire 
nos forêts , prévenez tous les bons cousins de 
l'une et l'autre ligne ^ que je vais puvi^ la vente 
de table , au Monù-Fésuve deNaphSy en grade 
d'apprenli. 

Les premier et deuxième assistans rép^ent 
l'avis; après quoi on fait les signes et les ap- 
plaudissemens d^U3agq. 

Preinier toasù. Le grand maître : « Premier 
«c et second assistans , invitez tous les bons 
«( cousin^ à repiplir leurs vani de bonne 
» braise' 2> 

Et cela se répète par chacun dçs assistans. 

Le grand maître : « Mes bons coqsins, à moi » 

Tous les bons cousins se lèvent , tenant^ les 



o 



(88) 

maîtres y la servie Ite sur le bras g^che y et les. 
apprentis , sur l'épaule. 

Le grand maître avec la hachette à la maia 
gauche^ le vano à la droite ^ et deux doigts 
sur le fourneau^ dit : a A l'avantage « première 
(( fois; à l'avantage ) et boit peu de braise ;^ k 
(( l'avantage ^ deuxième îo\S) et en boit une 
(( autre portion ; à l'avantage , troisième fois, 
« et boit tout le reste. » Le grand maître éloigae 
du fourneau le vano vide, et Ton fait le signe 
de Téchelle, horizontalement à la poitrine , et 
vice versa ; puis , TéloigTiant encore plus du 
ïbumeau , il répète , en élevant et baissant le 
vanij première, seconde et troisième fois, à 
l'avantage ! Alors, tous ensemble heurtant leurs 
vaniy les posent de même sur la table ^ et Toa 
fait les signes et les applaudissemens. 

Second toast. Le grand maître : « Premier 
« et second assistans , prévenez tous les bons 
« cousins de vos lignes que l'avantage que je 
« vais porter est en faveur de François !•', roi 
« de France, fondateur de la respectable car- 
ce bonara ; Pannonce est répétée par les deux 
« assistans , et l'on boit conime au premier. » 

Troisième toast. Celui-ci se fait par le pre- 
mier assistant, en faveur du grand maître; il 
dit :« Bon cousin orateur et bon cousin deuxième 
« assistant, prévenez les deux lignes que le toast 
% que je vais porter est ^ l'avantage du grand 



N 



(89) . 

<c maître qui dirige si bien nos travaux, et que je 
« réserve le commandement des i>ani. 

Puis le toast s'exécute comme celui fait par 
le grand maître ^ étant commandé par le pre- 
mier assistant. 

Quatrième ùoast. Celui-ci se porte par le grand 
maître en &veur du premier et du deuxième as- 
sistans ; il dit : « Bons cousins, orateur et secré- 
« taire , prévenez les deux lignes que le tQ^st 
« que je vais porter est en faveur des premier 
« et second assistans , pour avoir bien rempli 
a tous leurs devoirs. » 

Cinquième toasù. Celui-ci est porté par le 
grand maître , à la manière accoutumée , à 
l'avantage des bons cousins nouvellement reçus. 
Le grand maître des cérémonies répond pour 
eux : « Grand maître, permettez que je m'u- 
« nisse aux nouveaux bons cousins pour vous 
a remercier , avec les mêmes cérémonies que 
« vous avez employées en leur faveur, et dont 
«vous les avez, ainsi que moi , honorés. » 

Sixième toast. Celui-ci se porte par le grand 
maître , à l'avantage de tous le bons cousins , et 
de toutes les vendite établies dans toutes les 
parties de l'univers. 

Nota. Il peut êtreportéd'autres toastssuivant 
les circonstances, et celui qui les propose peut 
les commander^ mais après avoir demandé et 
obtenu la permission du grand maître. 



9 



t 

CLOTDRE DE L.'V VEKOITA DE TABLE. 

Lcf grand maiUre : « Bons cousins, premiei 
« et deuxième assistons, à quelle heure se fer-» 
n nient yo& travaux ? » 

. le premier s^rxeillanâ : « Au coucher du 
aoleii. >> 

J^e grand maitre : «L'î soleil est il couché^ 

Le deuxième surveillant : « Toutes les forêt» 
<« sout dans Tobscurité. » 

Le grand maître : « Puisque le soleil n'îl- 
tt lurainè plus nos forêts et a terminé son cours 
«.journalier, mes bons cousins, premier et se- 
(£ conci assistans, prévenez tous les bons cousins 
« de votre ligne respective que je vais fermer le 
«c. travail de la veodita de table au grade d'ap- 
<c prenti de la respectable carbonara , sous le 
« titre distinctif de N- N. N. » 

]Li|3 grand maître bat alors trois coups et fait» 
terminer, suivant la coutume ^ par les signes^ 
et les applaudissemens. 

Paroles de V ordre. 

Paroles d'apprenti : Foi , espérance , charité. 
Idem de l'ordre eu de maîlre: Hoanwr>. 
viertu , probité. 

Parole de passe. . • • . • 



© 



(90 

Le mot d'ordre se donne et change tous les 
mois. 



Signes d^ apprentis. 



î. 



Qe V échelle* Vertical des deax mains fer-< 
mée$, le pouce élevé, descendant verticale •*• 
ment des deux épaule^ aux deux hanches. 

Du ceinturon. Mouvement double et croisé 
des deux mains à la fois fermées^ le pouce élevé 
' de la hanche gauche à la droite , horizontale* 
ment en se décroisant , et vice^ versa. 

Signes de maître. 

De Véchellç. Diagonal d'une seule main upn 
fermée , le pouce élevé , dé Tépaule gauche à la 
hanche droite. 

Du ceinturon. Mouvement horizontal de 
gauche à droite , avec la seule main droite 
étendue , les quatre doigts serrés et le pouce 
en triangle y d'une hanche à Tautre ^ à la hau- 
teur de la ceinture. 

Mains à V ordre. 

Les bras en croix sitr TestoioâCi une, wain 
sur Tautre. 



r^ 



( 92 ) 

jiitouchemens d^apprenti.. 

On se prend les deux mains droites ^ et^ les 
tenant à plat Tune sur l'autre , on fait , avec 
yindex, sous le bras, une petite croix que l'on 
contourne par un second mouTement d'un demv 
cercle. 

jiùtouchement de makre. 

Le méme^ en faisant autour de la croix Ifr 
cercle entier. 

COSTUMES. 

Le, costume ordinaire est Phabit en rubatt 
moiré tricolor (noir, bleu et rouge), mis sur 
les vêtemens habituels, soit en écharpe, soit 
en sautoir, suivant les grades ou dignités des. 
bons cousins qui les portent. L'échantillon in- 
diqué plus haut pend à l'habit • 

Le costume allégorique des grandes cérémo- 
nies est, pour les apprentis, culotte courte et 
capote noire tombant jusqu'aux genoux , à la 
imanière des marins, avec capuchon, que les 
apprentis ne peuvent lever en vendita ; mou* 
choir rouge , tombant en pointe en arrière , 
noué sur le front autour de la tête; gilet céleste 



(93) 
comme la culotte ; jambes nues ; sandales^ avec 
cothurne autour du bas de la jambe y Iç tout 
bleu de ciel. 

Le costume des maîtres est le même , sinon 
que le mouchoir rouge est arrangé sur la tête 
en forme de turban couvrant les sourcils, et 
que leur capuchon est relevé en vendita, sui- 
vant les circonstances et l'ordre du grand 
maître. 

Pbur le grand maître ^ longue robe noire 
monastique /traînant en arrière, avec capu- 
chon; grande pèlerine et manches très-larges ; 
ceinture large, rouge, dont les bouts noués à* 
gauche tombent jusqu'à terre; franges bleu de 
ciel ; mouchoir à la tête très-volumineux, ar- 
rangé en turban; capuchon relevé de droit, 
mais baissé à volonté pendant le temps de l'élé- 
vation ; tunique sur la peau , bleu de ciel ; cein- 
ture intérieure sur la tunique , divisée en trois 
parts, horizontale et verticale , lacée derrière ; 
elle est en peau. Rien de plus , que les sandales 
à cothurne sur les jambes nues. 

GRADE DE GRAND ÉLU GRAND MAITRE. 

. Le grade de grand élu ne sera jamais conféré 
qu'avec les plus grandes précautions , secrè- 
tement , et aux carbonari bien connus par leur 
sagesse, un zèle inaltérable, un courage sans 



(94)^ 

bornes, un atuotr^ un d^bnement à toute 
cpteuvepour les succès de Tordre. Finalement, 
les candidats qui seront présenléâ dans une 
grotte de réception ne seront jaihais admis 
à'ils ne âont de vrais amis de la liberté des 
peuples, et prêts à combattre contre lès gou- 
vernemcns tyrariniqaes , qui sont les maîtres 
abborréà de Pantique et belle Àustniie. 

Le récipiendaire, reçu au scrutin, sera rd- 
jeté s^iî se trouve seulement trois boulas noires 
dans rurnè. Il devra avoir au moins trente- 
trois ans trois mois d^àge, comme avait le 
Christ à Pépoque de sa mort. 

Ouverture de là vendUa au grade de grand 

élu, 

La vendi ta se tient ds^ns une grotte obscure ♦ 
cachée, inconnue àuit hommes, autres que 
les grands maîtres carbonari,déjà reçus graùds 
élus. La salle est triangulaire, tronquée de 
toutes les pointes. Le grand maître grand élu , 
qui préside la réunion , est placé sur son tr^ne 
à Porient» figuré par Tangle tronqué supé- 
rieur. En face de lui, au milieu de la ligne 
droite qui termine la salle , et qui se nomthe 
POccident, est la porte ou ^roi/ intérieur de là 
grotte, qui n'est jamais ouverte qu'aux vrais 
grands élus. Deux gardiens, nommés i^AiT/iTTi^j, 



(95) 
sont placés aux deux flancs de la porte , atec 
deux sabres fails comme des flammes de £eoi 
Les dispositions de Tinterieur de la yendita sent 
les mêmes que dans les Tcndite d*appreniis^ 
pour les bancs , le trône , le tronc , les banc^ 
des bop^ cousins , la place des assis tans qui , en 
ce grade , se nomment , le premier , soleil , It 
deuxième, lune^ ou bien le premier et le second> 
éclaireurs. Seulement , les files sont triatigur*- 
lairen^ent situées en s'élargîssant toujours du 
trône jusqu'à roccident. La file de la gauche du 
grand élu commence après la tribune de Tora^ 
teur , au midi , et se termine à la droite du pre- 
mier éclaireur. La file de la droite du grand élu 
commence ♦ comme l'autre , à la droite du grand 
maître et se termine à la gauche du second 
éclaireur. Chacun des autres grands dignitaires 
occupe sa place ordinaire. Tous ks membres , 
sans aucune exception, font face au centre de la 
vendita , et ont Tœil sur le grand élu pour se 
conformer à tous ses mouvemens, quand il se 
fera des avantages ou autres cérémonies et 
solennités. 

Trois lumières , en forme de soleil , de lune 
et d^étoile , sont suspendues aux trois angles , 
pour la clarté de la vendita. 

Les peintures sont les mêmes que dans les 
veodite d'apprentis ; mais le tronc ^tlea bancs 



(96) 
$ont couverts de drap i'ouge avec des flammes 
nombreuses et jaunes^ 

Le grand élu ^ en robe et grand costume de 
l'ordre y ainsi que tous les autres grands maîtres 
assistanS; sont debout devant leurs places res- 
pectives , et à Tordre de grand élu. Ils se sont 
ainsi disposés après que le grand élu a frappé sur 
le tronc sept coups de hachette , savoir : deux 
précipités » trois lents et deux précipités. Ce si- 
gnal est répété par chaque éclaireur, chef 
d'ordre» 

Le grand élu : — Bon cousin premier éclai* 
reur , quelle heure est-il ? 

Lepremier éclaireur : — Respectable grand 
élu, le tocsin sonne de toutes parts , et retentit 
jusque dans la profondeur de notre grotte : 
je pense que c'est le signal du réveil général 
des hommes libres^ et qu'il est minuit. 

Le grand élu : ■— Bon cousin second éclai- 
reur, à quelle heure doivent s'ouvrir nos tra- 
vaux secrets? 

Le second éclaireur : — A minuit , res- 
pectable grand élu ; lorsque les masses popu« 
lairi^s , dirigées par nos affides les bons cousins 
directeurs , sont rassemblées , organisées , mar- 
chent contre la tyrannie, et sont prêtes à frapper 
les grands coups. 

Le grand élu: — Bons cousins flammes 



(970 
et gardiens de la sûreté de notre asile, êtes*- 
vous sûrs quUl ne s'est glissé parmi nous au- 
cun profane , et que Jtoos les carbonari réunis 
dans cette vendita sont bien grapds maîtres 
grands élus? 

Une des flammes : — Ouï , vénérable grand 
élu. Les introducteurs ont fait leur devoir; il 
n^existe ici ni profane ni carbonaro subal-^ 

terne. 

Le grand élu : — Tous les directeurs des 

divers grades carboniques, destinés au mou« 

vement général qui va s'opérer^ sont-ils à leur 

poste^ bien éclairés^ bien armés ^ mes bons 

cousins Lune et Soleil ? 

Les deux éclaireurs en même temps : — Oui^ 
très - vénérable, grand élu; .tous sont partis 
après avoir réitéré le serment sacré de périr ou 
de vaincre. 

Le grand élu : '— Puisque tout est si bien 
disposé y mes bons cousins , je vous invite à 
m'aider dans l'ouverture de nos travaux noc- 
turnes, en célébrant^ ainsi que tous nos bons 
cousins gr^iKvds élus , le septuple avantage que 
je commence à Finstant. A moi^ mi^s bons cou-^ 
sins* 

1° Au Créateur de l'univers; 

2*^ Au Christ son envoyé sur la terre, 
pour y rétablir la philosophie, la liberté , l'é- 
galité; 



(gsr 

5^1 A sès.apôtres et prédicateurs; 

4° A. saint Tkibaldo , fondateur des car* 
bonari ; 

5° A François P', comme son protecteur, et 
l'exterminateur de nos anciens oppresseurs ; 

6*^ A la chute éternelle de toutes les tyran- 
nies; 

7^ A rétablissement d'une liberté sage et 
sans fin , sur la ruine étemelle des ennemis des 
peuples. 

Les sept avantages étant célébrés par les ac- 
clamations d'usage , le grand élu frappe de son 
maillet sur le tronc les coups d'usage , et 
fait signe aux assistans de s'asseoir. Us obéissent 
et placent leurs mains à l'ordre, assis , c'est-à- 
dire, en crpix sur leurs genoux, sauf le grand ' 
élu" et les éclaireurs, qui ne peuvent aban- 
donner la hachette, et s'appuyent sur les troncs. 

Le grand élu : — Les travaux sont ouverts, 
mes bons cousins, et la brillante étpile <)ui 
nous sert d'orateur est invitée à nous faire une 
courte explication de ce qui doit nous occuper 
cette liuit aussitôt après la lecture ,^r le sacré- 
taire, du procès verbal de notre- dernière 
séance. Lisez le procès verbal , bon cousin , se- 
crétaire. 

(Le procès verbal est lu à haute voix. Chaque 
assistant est le maître de faire ses observations, . 
après avoir obtenu la. permission de parler sui- . 



( 99 ) 
V^nt la méthode accoutumée ; et sitôt que la ven- 
dita a décidé sur elles à la majorité des voix , pu 
s*il ne s'élève point de réclamations, le grand 
élu met aux voix Padoptîon et la proclame.) 

Le grand élu : — Vo us avez la parole , bon 
cousin notre orateur, étoile de nos rassemble» 
mens nocturnes. 

U étoile : -7" « Dans l'origine des siècles , que 
a Ton appelle l^âge d'or , nos réunions étaient 
« inutiles , mes bons cousins. Tous les hommes,' 
<r obéissans aux simples lois de la nature, étaient 
a bons, vertueux et serviables; toutes leurs 
« vertus n'avaient pour but que de primer dans 
« Texercice de la bienfaisance. La terre, sans 
«r maîtres particuliers, fournissait abondam- 
« ment le, néc^saire à tous ceux qui la culti^ 
a vaient. Les besoins étaient modérés; des 
« fruits, des racines, de Peau pure > suffisaient 
et à la subsistance des hommes et de leurs com- 
« pagnes. D*abord ils secouvrirent de feuillages, 
« puis, lorsqu'ils se furent avisés, en se cor- 
« rompant , de faire la guerre aux innocentes 
a créatui^fes siir lesquelles ils s'arrogèi^ent de- 
a puis le droit de vie et de mort , la peau des 
« animaux servit à les vêtir. Ce premier oubli 
a de Phumaiiité détruisit bientôt laf fraternité 
«r générale et la paix primitive. Les haines , les 
« jalousies , l'ambition s'emparèrent du cœur 
« des hommes. Les plus habiles se saisirent du 



( 100 ') 

tf pouvoir^ accordé d'abord, par la médiocrité 
« sans lumières , dans Tespoir d'être plus con- 
(c venablement dirigé. La majorité s'é tant choisi 
(c des chefs , elle leur consentit des concessions 
(c d'autorité^ leur donna des apanages, des 
a gardes, le droit de faire exécuter des lois 
ce faites par et pour les peuples ; mais élus libre- 
a ment , les détenteurs d'une puissance tempo- 
ce raire essayèrent bientôt de la conserver et de 
« Taugmenter. A cet effet, ils se servirent des 
ic hommes armés et placés sous leurs ordres,. 
«r pour charger de chaînes le peuple leur bien- 
a faîteur. Ils osèrent pubUer que leur autorité 
« venait du ciel^ et serait désormais héréditaire 
(c et toute puissante. La force, qui ne devait 
a servir qu'à la défense générale du territoire 
ce des diverses pepplades , fut employée contre 
c( les citoyens désarmés. Leurs chefs ingrats 
ce les contraignirent à payer d'énormes contrir 
ce bu tions pouf* soutenir leur faste, leurs guerres 
ce injustes , et solder des persécuteurs- Ils con- 
cc centrèr^eût le droit de faire dés lois dans 
ce quelques mains dévouées et mercenaires ; et 
ce lorsque les peuples voulurent s'assembler et 
ce détruire la tyrannie, une poignée de bandits 
ce audacieux, se disant sacrés, impeccables, cou- 
ce verts d'une inviolabilité usurpée , traitèrent 
ce de rebelles les véritables spuverains de l'état^ 
(c qui ne peuvent être que la multitude ou 1^ 



( 101 ) 

a totalité des individus composant la nation. 
« Le pauvre fut méprisé , traité de brigand , 
<K compté pour rien. Les favoris du monarque 
« régnèrent ou tyrannisèrent ea son nom , et 
« le plus affreux despotisme remplaça sur pres- 
« que tous les points du globe terrestre la liberté 
« primitive et l'égalité que le ciel avait voulu 
« établir pour tous les hommes , et qui n'existe 
«c plus maintenant qu'à la mort des individus. 

« Dans bien des circonstances , des bons ci- 
« toyens de tous les pays tentèrent de ramener 
« l'âge d'or parranéantissement de la. tyrannie. 
« On vit, en Grèce, à Romé> la liberté triom- 
<c pher quelque temps y parce qu'il y fut permis 
c< de répandre chez les peuples les principes et 
« la lumière. Trop souvent les prestiges de la 
(c gloire entourèrent d'une confiance aveugle , 
« imprudente et darjgereuse, d'illustres guerr 
ce riers, qui d'abord sauvèrent leur j^trie et 
« finirent par l'opprimer. Alors les satellites qui 
c< les avaient élevés plongèrent la multitude 
« dans ignorance, pour se diviser toulte la puisr 
<K sance et toute la fortune. Les grandes et les ^ 
« petites républiques disparurent; un scepti^e 
« de fer pesa sur les nations, et des brigands 
« couronnés triomphèrent seuls et se jouèrent 
« du destin des peuples. 

«Telle est, mes bons cousins, Taffreuse 
€ destinée de la riche et belle Ausonie , mère 



( 102 ) 

« des beaux-arts, patrie des héros les plus il- 
« lustres, libre autrefois, maîtresse des trois 
«c quarts du inonde! Elle.pbéit maintenant à 
« trente soi-disant souverains, qui, rétrécis 
a dans ce qu'ils appellent leurs domaines, n*èn 
« tyrannisent qu'avec plus d'impudence les 
ce peuples infortunés soumis à leur autorité 
« dure^ mais chancelante. 

a C'est pour en débarrasser le sol italien que 
« nos aïeux, les premiers bons cousins, ont 
« établi la respectable carbonara* Exilées du 
« monde, n'osant se montrer au grand jour, 
« la liberté, Tégali té se réfugièrent dans les 
« forêts , se cachèrent dans les vendite , dans 
a les grottes les plus reculées, et là , reprenant 
<c ]a robe virile dont nous sommes revêtus , ai« 
« guîsèrent leurs hachettes et leurs poigtiards , 
<c ef jurèrent de renverser en un seul jour tous 
« les oppresseurs de ces belles contrées. Nous 
<K l'avons tous fait, sur le signe éclatant dé la 
<c rédemption du Sauveur du monde , le serment 
« sacré de • rétablir sa sainte philosophie. Le 
« moment est arrivé, mes bons cousins, le tqcsin 
oc de l'insurrection générale a sonné, les peuples 
« armés sont en marche ; au lever de l'astre du 
a jour, les tyrans auront vécu , la liberté sera 
a triomphante. Employons le peu d'heures qui 
« vont s'écouler, ppur arriver aux momens. 
« d'une courte et tdfrible^vengeance, à relire 



( io5 ) ♦ 

" te çt proclamer les nouvelles lois qui vont régir 

• ,«c Ja belle Àusonie, la réunir en un seul peuple 

« ; dans ses limites naturelles , et la rendre libre , 

« heureuse, florissante, et l'exemple du reste 

« de l'univers. » 

Le grand élu: — Mes bons cousins , unissez- 
vous à moi pour célébrer un des plus brillans 
avantages en l'honneur de notre orateur et pour 
le succès de la belle cause que les carbonari se 
isontdévoués à défendre.Nous nepoavons mieux 
y réussir qu'en réitérant le septuple applaudis-* 
sèment par lequel nous avons ouvert nos tra- 
vaux. Bons cousins Lune et Soleil^ prévenez vos 
ligues respectives de se lever et de se placer à 
Tordre et debout, comme d'usage. A moi, mes 
bons cousins. 

( Les sept applaudissemens se font comme au 
commencement^ après les coups de hachette 
sur le tronc. Le grand élu fait ensuite le signe 
de se rasseoir, et chaque assistant reprend sa 
place.) 

: Le grand élu : — Bon cousin secrétaire, 
lisez-nous les instructions que l'on a remises à 
nos envoyés directeurs du mouvement réorga- 
nisateur qui s'exécutera ce matin pour opérer 
l'affranchissement de l' Ausonie. 

• Le secrétaire : — J'obéis , très - vénérable 
grand maître grand élu. 

* ' « Chaque directeur se transportera vers onze 



m ( 104 ) 

ce heures précises de la soirée du dans 

<c le lieu de rassemblemeiit désigné aux maîtres 
a carbonari réunis en vendite de leur grade. Il 
<c leur déclarera verbalement lel)at des rassem^ 
« blemens généraux qui se préparent, et dési-* 
ce guera les places publiques ou autres lieux où 
<c chacun d'entre eux devra former un corps 
<c de ses apprentis et autres partisans, même 
« profanes reconnus dignes, par leurs opinions 
a libérales ,^ de concourir à la gloire de cette 
ce journée. Il désignera les hommes dévoués qui 
« seront volontairement détermines à frapper 
« les premiers coups , les hérauts qui procla- 
« merout immédiatement la chute et la fin des 
« oppresseurs du peuple , ennemis mortels de 
« Tordre carbonico , et remettra aux principaux 
« chefs de l'expédition les listes des satellites 
fc du pouvoir renversé qu'il sera bon d'arrêter, 
« d'emprisonner, ou de combattre et mettre à 
« mort en cas d'inutile résistance. Il chargera 
a ces mêmes chefs de faire afficher la proclama^ 
« tion qui constitue un nouveau gouvernement 
« provisoire , chargé de proclamer la liberté 
« ausonienne , et de rassembler la chambre 
« unique élue par tous les citoyens, sans excep- 
« tion , parvenus à l'âge de vingt ans révolus ; 
« et qui devra se réunir à M. . . . dans un mois 
tf au plus tard, à dater du jour du soulèvement 
« général de la patrie. Ce gouvernement provi- 



.^ 



( 105 ) 

«c soire, choisi par les grands maîtres élus réunis 
a et reconnus par Tltalie entière pour les plus 
<c zélés partisans d'une liberté sage et forte ^ 
<c incorruptibles à toutes les séductions ^ devra 
« s'installer au palais^ncore occupé par les ty- 
« rans aussitôt qu*ils en seront chassés^ et qn'on 
<x les aura livrés à la vengeance du peuple* Déjà 
« sa garde , peu nombreuse et 'composée de ci* 
« toyens libres et fidèles à nos principes d'éga- 
<c lité , se sera mise en possession de toutes les 
<c portes du palais et des hôtels ministériels , 
<x ainsi que de toutes les caisses publiques. La 
« proclamation ^ contenant un aperça de toutes 
<c ces dispositions > déclarera traîtres à la patrie 
«c tous ceux qui s'opposeront au nouvel ordre 
« de choses , et ne prêteraient pas serment d^o* 
« béissance au gouvernement populaire et pro^ 
<c visoire de vingt et un membres que nous a vmis 
a provisoirement désignés , et qui siègent tous 
a dans cette grotte ténébreuse , d'où vont jaillir 
« les premiers rayons de la lumière, que la ty* 
a rannie força si long-temps de s'y cacher. 

« Si le mouvement sWectue sans une résis* 
€( tance trop sanglante, on évitera de combattre 
ce autant que possible ^ et les individus coupa- 
<t blés ou suspects seront mis en lieu de sûreté 
(c jusqu'après le rassemblement de la chambre 
oc et l'o(pganisation du gouvernement définitif. 
<c Les chefs désignés par les directeurs ren- 



(io6) 

« dront on compte exact après leur exéciitioa 
« de toutes leurs opérations politiques et guep- 
ce rières , d'abord à ceux qui leur auront fourni 
ce leurs instructions ^ ensuite au gouyernement^ 
a provisoire, établi sur les ruines de la ty- 
« rannie. 

<!i Les directeurs du mouvement en surveille- 
feront l'exécution/ se répandront parmi les^ 
« masses du peuple , encourageront les faibles, 
ce engageront les indécis à se réunir aux braves, 
a et promettront les récompenses les plus éela- 
cc tantes de la reconnaissance nationale à tous 
ce les patriotes carbonari, francs - maçons ou 
ce profanes, qui se seront signalés par leurs 
ce actes de bravoure et de patriotisme dans cette 
ce guerre courte et légitime , pour l'affranchis- 
<c ment de toutes les peuplades de la péninsule 
ce d'Ausonie. )> 

Jtfô grand élu : — Vous voyez par cette lec- 
ture y mes bons cousins grands élus , que les 
plus sages précautions ont été prises pour les 
succès denos grands desseins. Us sont sans dotite 
infaillibles ^ et dans peu vous serez appelés en 
partie à régir ces peuples courageux, qui se- 
couent en ce moment leurs chaînes, et vont les 
briser pour jamais. N'oubliez pas, lorsque vous 
aurez quitté la robe de grand maître y indiquant 
' par sa coideur le deuil général des hommes 
libres, pour revêtir la toge et la pourpre to^ 



(107)^ 
maines ; n'oubliez pas qu'élevés temporaire- 
ment au-dessus du niveau de l'égalité, pour 
gouverner vos semblables, vous devez, au bout 
de sept ans^rentrer dans la foule commune pour 
le reste de vosf jours , et que la conduite que 
vous aurez tenue dans le cours de vqtre magis- 
trature sera punie ou récompensée par le peuple 
souverain qui vous aura plaoé à sa té te. pour 
mettre le comble à sa gloirç^en faisant respec- 
ter et. reconnaître ses libertés et sa puissalace 
par toutes les nations de l'univers* Songez aux 
sermens terribles que vous avez prononcés dans 
cette enceinte; n'oubliez pas les nôtres, et soyez 
certains que nous y serions nous-mêmes fidèles, 
et plongerions nos glaives dans vos . cœu^s per- 
fides et parjures , s'il vous arrivait jamais de 
prévariquer. - ?; . 

Le premier éclaireur : — Très- vénérable 
grand élu^ je propose , au nom de tous les bons 
cousins qui composent mon ordre, de renou- 
veler notre serment secret tous en même temps 
en cette occasion décisive et solennellcc' 

Le deuxième éclaireur : — Très -vénérable 
grand élu, j'en fais de même au nom de mes 
bons cousins de l'ordre septentrional: 

L^éùoile orateur : — Respectable grand élu, 
j'appuie les propositions des bons cousins Lune 
et Soleil. Jeles renouvelle au nom de tous les 
autres grands dignitaires^ et conclus à ce que 



r 



( io8 ) 
tous les assis tans , un genou en terre > une main 
élevée et Fautre sur le cœur, pressés autour 
du tronc sacré supportant les bases de Pordre ^ 
réitèrent hautement leur serment , aussitôt que 
TOUS en aurez répété la formule. 

hé grand élu : — Bons cousins , grands 
inlstltres grands élus, puisque la' proposition 
que.vou&wnez d'entendre est appuyée, que 
l'orateui» «èonclnt à son adoption, et qu'il ne 
Vélève àuf^Âè o^pt^ltiôli contré la manière 
dont il'jttgié ebnvéîiàblê^ae $oît redouveléhôtre 
•serment -'solennel, dans ime circonstance qui 
va dédder dd sàfttt généif-al dé la* patrie auso- 
niennë , Je ttets àuf:3t' vôîs Fadoption de cette 
proposiikk):'' f ' 

• Qae'céui'ïluî sont d'avis que le serment soît 
renouvelé dans le mode indiqué par le bon 
cousin oralètir; se lèvent les deux mains à Tor- 
dre déboiit: '^ \ 

' Les bons cousins se lèvent. 
' Lie grand élu ;''— Cést bien ; asseyez-vôus'^ 
mes bbttS cèusînsV ' 

^ (Ùfiinàmenù après •) 

Qpe çeqx qui sont d'un avis contraire se 
lèvent. • 

(Personne ne stétant levé, ou peu de bons 
cousins, il ajoute : ) 
: La {«^oposition est adoptée. SSescendosijux 



( 109 ) 
milieu de la vendite^ mes bons cousins ^ mettez 
en terre le genou droit en même temps que je 
vous en donnerai le signal ^ en m'y mettant 
moi-même , et prononcez' le mot : Je le jure j 
ainsi que moi , lorsque je tous aurai lu la for- 
mule sacrée de notre grand serment carbonico 
de grand maître grand élu. 

(Jja Lune et le Soleil font signe aux bons cou- 
sins qui composent leurs ordres respectifs de 
descendre au milieu de 1^ vendita ou chambre 
d'honneur , et de s'y placer , bien alignés , en 
triangle tronqué , les Lune et Soleil , et entre 
eux , les experts introducteurs , flammes et ser- 
vaus, forment la ligne triangulaire occidentale. 
Le très -vénérable grand élu, autour duquel se 
groupent les dignitaires , se place à la pointe 
tronquée du triangle oriental derrière le tronc 
couvert des bases carbonici. Tout le monde 
est à Tordre ^ et dans le plus grand silence* ) 

Le grand élu : — La forme mystérieuse ^ 
sacrée, est parfaite, mes bons cousins. Invo- 
quez intérieurement la toute-puissance divine 
pour qu'elle vous donne la force de tenir le 
serment terrible que voilÉ^ez proférer, et 
tombez aux pieds du tronc qui supporte le signe 
de la rédemption générale et du retour des lu* 
mières philosophiques. 

A moi , mes bons cousins.— Le genou à terre» 
— A l'ordre des sermens. — A l'ordre. 



( 110 ) 

(Ce dernier mot, prononcé par le très-vëné- 
rable grand élu, tous les bons cousins s'age- 
nouillent sur la partie droite, élèvent la main 
droite au-dessus de leur tête, en retendant en 
avant vers le tronc, et plaçant leur main gauche 
aur le cœur , le poing fermé comme s'il tenait 
un poignard dont ils fussent prêts à se percer. 
Celte position générale prise , le vénérable pro- 
nonce à haute voix la formule suivante :) 

Le grand élu : — « Moi , citoyen libre de 
« l'Ausonie, réuni sous le même gouvernement 
a et les mêmes lois populaires que je me dé- 
c( voue à établir^ dût-il m'en coûter tout mon 
a sang, je jure, en présence du grand maître 
« de l'univers et du grand élu bon cousin , 
ce d'employer tous les momens de mon exîs- 
« leiicè à faire triompher les principes de li- 
ce berté^ d'égalité, de haine à la tyrannie , qui 
a sont l'âme de toutes les actions secrètes et 
ec publiques de la respectable carbonara. Je 
« promets de propager Tamour de l'égalité dans 
ce toutes les âmes sur lesquelles il me sera pos- 
er sible d'exercer*jfcelque ascendant. Je pro- 
cc mets, s'il n'est pmsible de rétablir le régime 
« de la liberté sans combattre, de le faire jus- 
« qu'à la mort. 

ce Je consens, si j'ai le malheur de devenir 
« parjure à mes sermens, d'être immolé par 
ce mes bons cousins les grands élus de la ma- 



ft mère là plus souffrante. Je me dévoue à être 
«( mis en croix au sein d'une vendita^ d'une 
*« grotte ou d'une chambre d'honneur , nu , 
ce couronné d'épines^ et de la même manière 
(c que le fut notre bon cousin le Christ ^ notre 
« rédempteur et notre modèle. Je consens , de 
ce plus y à ce fUe mon ventre soit ouvert de mon 
*<c vivant^ que mon cœur et mes entrailles soient 
« arrachés et brûlés , que mes membres soient 
« coupés et dispersés ^ et mon corps privé de 
a sépulture. » 

Telles sont nos obligations à tous , mes bons 
cousins^ continue le grand élu : Jurez- vous de 
vous y conformer ? 

(Tous les assis tans à la fois :) Nous le ju- 



rons ! 



Le grand élu : — Dieu ; vous entend , mes 
bons cousins ! Son tonnerre gronde , vos ser- 
mens sont agréés. Le peuple est prêt à corn* 
battre : il triomphera ! Malheur à vous si vous 
lui deveniez perfides! 

Reprenez vos places , mes bons cousins. 

( Chaque assistant va s'asseoir.) 

Le grand élu : — Il va vous être donné lec- 
ture, mes bons cousins j du pacte social cons- 
titutionnel que votre comité de législation a 
préparé dans sa sagesse y pour être soumis à 
la sanction, de la nation ausonienne, libi:e et 
* reunie. Je vous pré viçns que chacun d'entre les 



( "2 ) 

assislaus est le maître , en se conforiiiant aux 
usages que nous pratiquons pour obtenir la 
parole y de m'interpeller pour lui donner Fex- 
plication des passages qu'il n'aura pas bien 
compris, ou pour lui donner les éclaircisse-' 
mens convenables. On pourra également cen- 
surer les articles que Ton juger» susceptibles 
de censure , et leur proposer des modifica- 
tions qui seront acceptées ou re jetées à la ma^ 
jorite absolue des voix. Cette lecture étant 
la septième et dernière , il n'en sera plus fait 
de nouvelles , et vous voterez , immédiatement 
après qu'elle sera terminée , sur Tensemble du 
projet du pacte social. 

Commencez -en la lecture^ estimable bon 
cousin orateur. 

L'Étoile orateur lit : 

Pacte social constitutionnel de yAusonicm 

Article premier. 

L'Ausonie se compose de toute la péninsule 
italienne, limitée au levant par la Méditer- 
ranée , au sud par la même mer y à Touest 
par la crête des plus hautes Alpes ^ depuis la 
Méditerranée jusqu'aux montagnes lés plus 
élevées du Tyrol ^ qui la sépareront, au septen- 
trion y de la Bavière et de l'Autriche. Tous les 



("3) 

anciens états vénitiens seront compris dans 
TAusonie jusqu'aux bouches du Cattaro. Ses li- 
mites avec la Turquie seront bornées par les 
monts de Croatie , Trente et Sienne comprises. 
Toutes les îles de l'Adriatique et de la Médi- 
terranée , situées à moins de cent milles des 
côtes de cette nouvelle république, feront aussi 
partie de son territoire, et les troupes à sa 
solde les occuperont. 

Art. IL 

Tous les gouvernemens existans dans re- 
tendue du territoire qui vient d'être désigné, 
cesseront leurs fonctions immédiatement après 
la publication du présent pacte social, et se 
soumettront à celui de la république auso- 
nienne. 

Leurs archives, armes , caisses et propriétés 
mobiliaires et immobiliaires de toute nature , 
seront remis intactes entre les mains des agens 
de la république. 

Tout opposant à cette volonté inébranlable 
du peuple souverain de TAusonie sera déporté 
pour la vie dans l'une de ces îles, désignée pour 
servir d'asile aux ennemis de l'état. 

Art. m. 



Le territoire de TAusonie sera divisé en vingt 

8 



(n4) 
et une provinces. Chaque province enverra un 

député à rassemblée souveraine centrale qui 
représentera la nation. 

Art. IV. 

1 

Il existera > dans chacune des vingt et une 
provinces fédérées , et obéissant aux lois géné- 
rales de la république , une assemblée nationale 
particulière, qui pourra donner à la province 
des rëglemens particuliers analogues aux habi- 
tudes ^ mœurs et utilités de sa population. Ces 
règlemens , pour être mis en vigueur , devront 
toutefois être soumis à l'approbation des com- 
munes de la province, et notifiées au gouver- 
nement de la république, qui^^au besoin , les 
fera protéger, après s*être assuré qu'ils n'ont 
rien de contraire au bien jgénéral de Tétat. 

Art. V. 

Chaque province sera divisée en départe-* 
mens dont la population approximative sera tou- 
jours de trois cent mille âmes. On lui donnera 
pour limites , autant que possible , celles natu- 
relles des rivières, ruisseaux, montagnes, vallées 
ou grandes routes, sans s'arrêter aux anciennes 
démarcations. 



( 1^^ ) 

Art. VL 

Les déparlemens seront divises en dislrîotâ 
de cent mille âmes ; les districts en cantons 
d'environ dix mille ; les cantons en communes 
comme elles seront y sauf recti&gyjbns par l'as- 
semblée nationale particuliër|||P^r leur der 

mande et en cas d'absolue oécesëité. 

' - ■ 

Àrt. VII. 



Les départemens seront jgt)uverné5 civilement 
par un conseil général de six membres^ pfé* 
fiidé par uû septième; les districts par un con«; 
seil de deux membres > |>ré$ldé par un troi« 
siëme; les cantons, par un président as^bté 
d^un adjoint et d'un secrétaire; les communes , 
par une municipalité doat ie nombre sera pro- 
portionné à la population^ en prenant pour 
))ase un individu par trois çeiits âme$% ^ 



Art.VIIL* 






La nouvelle cîi'cotiscription de l'Âusonie sera 
JEadte suivant le tableau ai^nexé au présienlrp^cte 
social^ sauf les modifications lopales qpe pré- 
poseront j dans le cours de l'auifiée les com- 
munes de la république ^ et que rassemblée 



souveraine adoptera ou rejettera à la majorité 
des voix. 

Art. IX. 

Tous les citoyens de la républicjue naîtront 
et demeureJlpt libres et égaux en droits. Ils 
sont tons s^raniâ aux lois faites par rassemblée 
souveraine et consretitie^ par la nation dans ses 
assemblées primaires. 

Art. X. 

lies citoyens, BatiSi âtifcûne autre considération 
fjue leurs taléns et* leur probité, pauvres ou 
fôrtuilëà , sérobt'aptès â parvenir à tous les em- 



^0 -f vr-î- : ktt: Xï. 

• 'fi • .• f.* • » » • i , : 



Tous les eraplbîi seront électifs et tempo- 

raire^. -. 



1 * . 



Art. XII. 

' NQf éité^entoepoa^ra être rééla ati même em- 
pfdi qtfSàjirès tih irtfc^valle égal à la durée du 
tetops qur^il 1*$ occuj[îé ; mais il sera admissible à 
lotis lès ati très. ' , 

I 



( ^17 ) 
Art. XIII. 

Les emplois militaires seront seul^ excepte^ 
de cette règle géaérale, .. 

Art. XIV. 

Toutes les élections émaneront du peuple di- 
rectement ou indirectement. 

Art. XV. 

Les assemblées primaires nommeront leurs 
officiers municipaux, les officiers et sous-offi- 
ciers de leurs gardes nationales, et les élecleuriS 
aux assemblées de canton, qui seront compo- 
sées du cinquantième des membres des assem- 
blées primaires. 

Art. XVI. 

Les assemblées cantonnales nommeront les 
]uges de paix de canton, les officiers supérieurs 
des gardes nationales , et les électeurs aux as- 
semblées de district. ^ 

Art. XVII. 
Les assemblées de district nommeront les 



juges des tribunaux de première instance cta-* 
blis dans le chef-lieu de chaque district, les 
officiers généraux commandant toutes les gardes 
nationales de leur arrondissement , et les élec- 
teurs aux assemblées départementales. 

Art. XVIIL 

Les assemblées de département nommeront 
les tribunaux d'appel, le général en ç^e( et 
l'état-ma}or général de toutes les gardes liatio- 
I nales du département, les évéques, les curés 
et les desservans , sur la proposition triple de 
candidats ecclésiastiques présentée par Tévêque 
h l'assemblée, enfin les électeurs aux assemblées 
provinciales* 

Art. XIX. 

Les assemblées provinciales nommeront les 
membres des cours souveraines de cassation , 
qui décideront définitivement sur toutes les 
procédures autres que celles qui concerneront 
Ja sûreté de l'état , et qui arriveront jusqu'à la 
haute cour nationale, dont il sera parlé plus 
bas. Elles nommeront aussi, sur la présentation 
triple de candidats des assemblées cantonnales, 
de districts ou départementale^ , les conseils 
généraux permanens de département, district 



( 119 ) 
et canton , et , directement , les sept mem^ves 
qui devront composer le conseil général admi- 
nistratif et permanent de la province; plus, le 
ministre militaire chargé de tout ce qui regarde 
la direction et l'organisation des gardes natio* 
nales des départemens. Elles éliront Tarche- 
vêque entre les évêques de toute la république. 
A ces hommes épiscopaux sera confiée la no- 
mination des chanoines prébendes , grands vi- 
caires, et autres employés ecclésiastiques. Spnt 
exceptés les supérieurs des séminaires et des 
collèges ou lycées établis dans les chefs - lieux 
de département et de province , dont la nomi- 
nation sera faite par les assemblées respectives 
de ces provinces ou dépariemens. Enfin, les 
assemblées provinciales éliront chacune un dé- 
puté à rassemblée souveraine, et pour Tépoque 
de vingt et un ans. Il sera toutefois élu chaqi^^ 
année un nouveau député par l'une des v^B^ 
et une provinces; qui tireront entre elles '^ ^^^^ 
pour savoir lequel des vingt et un me»^^^^^ de 
l'assemblée souveraine devra sort* ^^ hout 
d'une , deux , trois années , etc. , '^ ce, jusqu'à 
ce que les vingt et une premî^^^ années de 
la république étant écoulées, 1 renouvellement 
annuel des membres s'exéc^ » ^^^\ ^^ P^, de 
mort , tous les vingt et u ^^^ seulement. Si 
run des membreii de Hsf^^^^ souveraine ve- 
naii à mourir, Ta^seni'^^ ^ sa province sera 



( l^ ) 

immédiatement convoquée et le remplacera 
avant trois mois, et plus tdt s'il est possible. Les 
assemblées de province nommeront^ en dernière 
analise, chacun un candidat pour la haute cour. 
L'assemblée nationale en choisira sept pour la 
former^ et les quatorze autres resteront comme 
suppléans à sa suite, et prendront place à la cour 
à mesure que l'un des membres décédera ; alors 
la province remplacera le suppléant. Ces juges 
seront soumis aux mêmes lois que l'assemblée 
souveraine, et en suivront le mouvement dans 
les vingt et une premières années pour occuper 
leur emploi un , deux ou trois ans seulement, 
ainsi de suite. 

Art. XX. 

\A la suite de toutes les cours , il existera des 
pï'^reurs et des avocats éclairés, qui seront 
assujè^ôs aux règlemens ordinaires, maintenant 
en viguèyp ^ et (iQnt j^s tribunaux régleront les 
devoirs et^j^e^Qm. j^ nombre suivant les be- 
soins locaux 

Art. XXL 

La haute-cour nk^ale résidera dans laville 
désignée comme le A^.Ueu de la république. 
Elle sera composée d'u^^ésident, de six mcm- 



\ 
\ 



bres et de quatorze suppléans. Elle connaîtra 
(le toutes les causes qui lui seront renvoyées 
par le pouvoir exécutif. 

Art. XXir. 

Le pouvoir exécutif de la république sera 
exercé par deux rois élus pour vingt et un ans 
par l'assemblée souveraine. L'un se nomn^ra 
le roi de la mer, Fautre le roi de la terre. Ils 
administreront 9 le premier, la marine et les 
ports ; le deuxième , Tintérieur de la républi- 
que. Us devront se communiquer toiïs leurs 
actes, qui n^auront de valeur que de leur con- 
sentement unanime. En cas de dissidence , ils 
en référeront à Passemblée souveraine , qui 
nommera parmi ses membres un roi du peuple, 
élu ad hoQ , qui décidera la question en faveur 
de l'un des deux rois et en dernier ressort. Les 
actes royaux relatifs aux déclarations de guerre 
et aux expéditions lointaines de la marine ne 
pourront s'exécuter sans l'approbation de l'as- 
semblée souveraine. 

Art. XXIIL 

Tous les employés de l'état seront salariés sui- 
vant les ressources de la république, qui arrêtera 
chaque année le budget de ses dépenses , sur la 



( 123 ) 

présentation des rois de terre et de mer. Il n V 
aura point de ministère ^ mais des directions sé- 
parées dont les chefs responsables seront nom- 
més par les rois , et destituables par eux. Les 
généraux en chef de terre et de mer seront aussi 
nommés et révoqués par les rois de même que 
les états-majors et tous les administrateurs mi- 
litaires. Les promotions aux divers grades leur 
appartiendrontégalement; mais elles seront mo- 
tivées sur les services ou belles actions y bien 
constatés. Aucune considération sur les ser- 
vices des aïeux des militaires en activité ne 
pourra décider leur avancement; ils ne pourront 
l'obtenir que par le mérite personnel. 

Art. XXIV. 

» 
Les familles des rois n^auront aucunes préro* 

gatives ni distinctions plus particulières que 
celles des simples citoyens. Leurs fils n'auront 
aucun droit au trône, et l'intérêt général exige 
qu'ils soient exclus de Pélection. Les chefs des 
pouvoirs exécutifs seront inviolables, tant qu'ils 
ne tourneront point leurs armes contre leur pa- 
trie. En ce cas , ils seront déchus de leur puis- 
sance , et justiciables de la haute-cour, d'après 
un décret préalable d'accusation dePassemblée 
souveraine centrale. 



( 123 ) 

Art. XXV. 

Tous les citoyens yalides^ de Tâge de seize 
à soixante-quatre ans , feront partie de la garde 
nationale. Tous les citoyens se devront au ser- 
vice militaire de Tarmée régulière depuis Tâge 
de dix- huit jusqu'à vingt-cinq ans , et mariés 
ou non , quelque état qu^ils puissent professer. 

Art. XX VI. 

Après sept ans de service, les militaires, 
sous-officiers ou soldats , seront libres de se reti- 
rer dans leurs foyers, ou de continuer de servir^ 
pour un temps déterminé qu*ils fixeront eux- 
mêmes volontairtment et d'avance, mais qu'ils 
ne pourront abréger ensuite sous aucun pré- 
texte, sans devenir passibles de toutes les peines 
infligées à la désertion. 

Art. XXVIL 

La république accordera des récompenses pé- 
cuniaires et des asiles à vie aux militaires de 
tous les grades qui se seront rendus dignes de 
les obtenir par leurs blessures , leurs grandes 
actions ou leurs longs services. 



( 124 ) 

Art. XXVIII. 

Toutes les forteresses existantes en première, 
seconde et troisième lignes, sur les nouvelles 
frontières de la république d'Ausonie, seront 
réparées et augmentées de nombre, si le gou- 
vernement le juge nécessaire , sur un décret 
préalable de l'assemblée centrale souveraine. 

* Art. XXIX. 

Il en sera de même de tous les ports de mer 
maintenant existans ; et comme la situation de 
ht péninsule et son intérêt personnel exigent 
qu'elle s'occupe essentiellement du commerce 
et de ta marine y il sera creusé de vastes et non* 
veaux ports sur toutes les côtes qui paraîtront 
le plus susceptibles d^ofFrir un abri salutaire à 
de grandes flottes :et les citoyens seront invités 
par le présent pacte social à aider le gouver- 
nement de tous leurs moyens et de leur génie, 
pour porter la marine d*Ausonie à un si haut 
degré de puissance, qu'elle égale ou balance 
celles des plus florissantes nations de l'univers. 

Art. XXX. 

L'armée permanente occupera les po^ts et 



/ 



( "5 ) 
les forteresses, cl ne pourra jamais être em- 
ployée que pour la défense générale de la patrie. 
Un septième de ladite armée sera renouvelé 
chaque année dans toutes les armes ^ et le coa- 
tingent de chacune des vingt et une provinces 
«era réparti dans les corps à peu près par égale 
portion , afin que les citoyens de chaque frac- 
tion de la fédération d'Ausonie apprennent k 
s'estimer, se connaître, et se détadïcnt de tout 
esprit de localité pour ne défendre en commut 
que les intérêts généraux de la république. 

Art. XXXr. 

Les rois ne pourront jamais se mettre à \t 
têle de leurs armées j ils en conserveront la di- 
rection exclusive et confieront le com,mande- 
ment à leurs généraux les plus recommandables 
ou à leurs amiraux les plus renommés. L'habi- 
tation dès rois sera toujours celle de Tassenï- 
iblée souveraine permanente. Ils ne pourroit 
sortir du territoire de la république sans être 
déclarés déchus du trône. Une habitation royile 
etmagnifiquélenrseraattribuée en commun. Au- 
cune propriété ne sera attachéfi à la courome; 
mais chacun des rois jouira d'un traitemen'. an- 
nuel d'un million de piastres fortes, au moyen 
duquel il devra solder toutes les dépenses cle sa 
cour et de sa maison. La garde nationale seule 



(126) 

aura le privilège de garder les roîs. Les troupes 
régulières ne poiirron t habiter les villes de Tin- 
têrieur que dans le cas d'une invasion de Ten- 
nemi, et seulement jusqu'à ce qu'il soit repousse 
loin des frontières. 

Art. XXXIL 

Toutes les places fortes existantes dans Pin- 
tprieur de la république , outre celles de pre- 
mière, seconde et troisième lignes plus haut 
désignées, auront leurs fortifications rasées dans 
un an au plus tafd^ à dater de la publication du 
pacte social constitutionnel. 

Art. X^XIII. 

La religion chrétienne , qu'un conseil gé- 
|)éral de tous les évêques réélus ou confirmés 
ie la péninsule rétablira dans sa pureté pri* 
Hiitive, sera déclarée la religion de la majorité 
d^rAusonie.Tous les autres cultes y seront to- 
lérés , et pourront y avoir des temples ; mais la 
reljigion chrétienne seule y pourra exercer pu? 
bti^juement ses cérémonies religieuses* . , 

Art. XXXiy. 
Les. archevêques, évêques, curés, desser- 



( 127 ) 

vans , chanoines , et tous autres ecclésiastiques 
s'occupant des charges reconnues utiles pour 
rétat , seront salariés proportionnellement aux ' 
dignités dont ils seront revêtus. Le directeur des 
affaires ecclésiastiques réglera tout ce qui con- 
cernera leurs traitemens y qui seront comptés 
dans le budget et dignes de la générosité de la 
république. 

Art. XXXV. 

Le concile élira un patriarche pour l'Ausonie, 
et son traitement sera décuple de celui des ar- 
chevêque^. Le pape actuel sera prié d'accepter 
cette dignité , et recevra , pour dédommagement 
de ses revenus temporels, réunis au domaine 
de la république, une indemnité personnelle, 
payée annuellement tout le temps de sa vie en 
sus du traitement du patriarche, mais qui ne 
pourra être continuée à ses successeurs. 

Art. XXXVL 

Le sacré collège des cardinaux ne pourra 
résider dans la république, <juî ne le reconnaîtra 
ni ne prétendra le payer que tout le temps de la 
vie du pape actuel. Après la mort de ce pape , 
si ce collège en élit un de nouveau, ce chef 
devra transférer soa siège hors du territoire 
de la république. 



(328) 

An. XXXVII. 

Lts rois , ^MriDces et chefs des gôuvernemens 
abolis pa^ le présent pacte social, devront 
vendre leurs propriétés personnelles dans Tes- 
paee d'une année, et en transporter le prix 
avec leurs personnes et leurs familles en d'au- 
tres climats. Aucun de leurs descendans ne 
pourra rentrer en Âusoi)ie que dans cent ans , 
et à la charge d'y vivre en simple particulier, et 
de se soumettre à toutes les lois de la répu- 
blique. 

Art. XXXVIII. 

L'impôt sera progressif et conforme à l'ai- 
sance des citoyens , propriétaires ou indus* 
trieux. La taxe en sera faite par jurés ou pru- 
d'hommes de chaque commune. Le plus pauvre 
ne payera qu'un septième de son revenu, le plus 
riche en payera les six septièmes. On observera 
la règle progressive pour les classes intermé- 
diaires. 

Art. XXXIX. 

Les différent impôtft^directs, indirects, en 
argent ou en nature , seront fixés par Passem- 



V 



( 129 ) 
klée souveraine, et pourront varier dans chaque 
province, suivant .leur fortune et leurs pro- 
ductions, vu qu*elles seront organisées en pre* 
nant la population pour base, et que leur éten- 
due et la bonté de leur sol peuvent être fort 
inégales. ' ' * 

%'^ - Art. XLfc . ;' - 

^ Le grand trésor de l'état recevra les neuf 
dixièmes de tous les impôts, sur lesquels il 
payera toutes les dépenses générales au moyen 
de huit dixièmes. Le neuvième sera mis en ré- 
serve en cas de guerre ^ et mis à la disposition 
d'une banque nationale qui le fera valoir au 
profit de Tétatà Le directeur du trésor. public 
et tousses agens seront nommés par l'assemblée 
souveraine,sur la présentation d*une liste double 
de candidats , faite par les deux rois de la répu- 
blique. Il payera aussi tous les employés derétat, 
civils, administratifs, ecclésiastiques et mili- 
taires. 

Art. XLL 

Un dixième de l'impât restera dans chacune 
des vingt et une provinces à la disposition du 
conseil général pour ses dépenses locales. Le 
dixième de ce dixième sera également chaque 

9 



( x3oJ 

année mis en réserve et confié à une petite 
banque provinciale , qui suivra au profit de la 
province la même marche que la banque cen- 
trale. 

Art. XLII. 

Le même système pourra s'établir dans les 
départemens^ districts et cantons;, mais alors 
ces banques n'auront aucun droit à réclamer 
une portion des revenus de Tétat, et s'alimen- 
teront de souscriptions volontaires. 

Art. XLIII. 

Toutes les communes de la république s'im- 
poseront un vingtième de l'impôt géaéral de 
toute nature sur elles-mêmes» et l'emploî- 
ront à leurs dépenses locales. Elles adininis- 
fréroiit assez économiquement pour avoir 
toujours une sonime en réserve, dont elles 
disposeront à leur gré pour des actes de bien- 
faisance ou des indeni^ités dues au malheur. 

Art. XLIV. • 

•'.••.''•ri- 

Les édifices au culte, rehtretîei^ de^pix)me- 
nades et places publiques^ les maisons de 
Ville , tes gardes cha mpetres, et le supplément 



( i3i ) 

de traitement s'il est nécessaire , suivant les 
localités j à certains fonctionnaires ecclésias^ 
tiques^ seront à la charge particulière des coai« 
nxunes. 

• . . . • 

Art.XLV. 

Le pavillon national de TAusonie sem trian- 
gulaire^ Tune des pointes flottante et les deux 
autres tendues sur la lance du drapeau. Ce 
grand triangle sera formé de trois triangles 
égaux réunis^ dont le plus élevé prè^ de la 
pique sera bleu de ciel , le plus bas vert d*herbe , 
et le flottant couleur d'or. Ces trois couleurs 
indiquent le ciel^ la terre et le soleil, et lés 
astres qui composent le système général da 
inonde. Ce pavillon scfra le même pour les 
troupes de terre et pour la navigation , un so- 
leil sera imprimé seulement sur Tun , et une 
ancre sur Pautre. 

Art. XLVI. 

Là révolution d'Ausonîe, la, fixation de ses 
limites y et l'établissement de son pacte social, 
seront notifiés par des ambassadeurs extraor- 
dinaires à toutes les puissances en relation 
avec les gouvernemens abolis , jadis existans 
sur le territoire de la république. Us déclare- 



ront que la nation ausouienne^ résolue; de ioixfe 
respecter les uoyvelles lois et les limites de 
son territoÎFe, renonce à toute conquête , mais 
ne permettra pas que ses voisins le violent en 
armes, dût la population entière s*ensevelir 
sous les ruines de la patrie. Par réciprocité 
les citoyens de l'Ausonie ne s'immisceront 
jamais^dans la politique des gottvernéinens voi- 
sins f et laisseront au temps et à la philosophie 
Je soin de les rendre plus populaires» 

Art.XLVII. 

Les navires de la république se réserveront le 
droit Qommun à toutes les nations de faire le 
commerce, dans toutes les mers. Elles n'in^ 
quiéteront celui d'aucu(ae puissance ; mais si les 
flottes de la république sont attaquées, elles 
useront d'une légitime défense, et feront res- 
pecter son pavillon. 

Art. XLVIII. 

Tous les titres héréditaires sont abolis. 
L*assemblée souveraine peut en accorder, ainsi 
que d'autres distinctions purement honorifi- 
ques et personnelles , à vie ou à temps , 
•comme encouragement ou récompense natio* 
nale. Ces titres ne peuvent être transmis qu'aux 



C i33 ) 

épouses de eeux à qui le gouvernement les con- 
fière sur la proposition du pouvoir exécutif. 

Art. XLIX. 

Tous les droits féodaux sont abolis sans in- 
demnité. Ceux qui résultent de concess)pn de 
territoire seront rachetés au prix d'un capital 
fixé au denier dix, )gt qui sera payé par son 
débiteur dans le terme d^ trois ans au plus 
tard, pendant lesquels le droi f ordinaire con- 
tinuera d'être perçu au profit dji propriétaire. 

Art. L, 

Tous les hôpitaux, asiles pour la mendi- 
^ cité, manufactures publiques , collèges , lycées « 
écoles secondaires et primaires , actuellement 
existans, seront maintenlis, améliorés, mais 
soumis aux règlemens particuliers à chacun 
d'eux qui seront décrétés par rassemblée cen- 
trale de la république. Ils seront répartis de 
- manière à ce que tous les cantons , districts , 
départemens et provinces de la république 
possèdent celui desdits établissemens qui sera 
le plus en rapport avec leurs besoins et loca* 
lités. 

Art. LI. 
La peine dô mort est abolie pour toute 



(x34) 
autre cause que le meurtre volontaire. La dé- 
portation daus une des îles de la république, 
est substituée à la peine de mort pour tous les 
autres crimes. Les coupables y seront sous bonne 
garde, maïs sans chaînes , employés à la culture 
des terres ou autres travaux industriels. Ils ne 
seront* jamais confondus, de manière à ce que 
les condamnés pour simple délit ne puissent 
se corrompre par la société des grands crimiP- 
nels. Ces premiers , lorsqu'ils seront condamnés 
à une détention de plus de' trois mois , seront 
envoyés, poury travailler, dans unéîleparticu* 
lièreetplus voisine de la péninsule. Les détenus 
à courts termes resteront dans des maisons de 
correction situées dans les villes principales , et 
y seront toujours employés à divers travaux. 

Art. LU. 

Les punitions des femnies seront appliquées 
d'après les mêm^ principes. Elles seront déte- 
nues séparément des hommes, et ne seront 
point envoyées dans des îles, si ce n'est, et sur 
leur demande, pour devenir les légitimes 
épouses des déportés à perpétuité. 

Art. LUI. 

Tous les.ordres mendians seront maintenus; 



y 



( i35 ) 

mais les membres qui remplissent en ce mo- 
ment leurs monastères sont libres de changer 
d'état et de rentrer dans la société pendant le 
cours d'une année , à dater de la publication 
du pacte social. A l'avenir ils ne pourront 
entrer dans les cloîtres qu'après avoir payé leur 
dette à la patrie^ en servant Tétat pendant 
sept années pw s'être fait remplacer par un mi- 
litaire âgé de plus de vingt-cinq ans. Ils ne 
pourront prononcer leurs derniers vœux qu'à 
quarante-cinq ans révolus, et seront toujours 
libres de résider dans leurs monastères ou dans 
leurs familles après qu'ils auront fait leur pro- 
fession. Cette liberté ne pourra les soustraire 
aux autres devoirs de leur règle et à la disci- 
pline envers leurs supérieur3. 

Art. LIV. 

Les ordres non mendians seront également 
tous conservés , mais ils ne pourront conserver 
que leurs couvens et des terres suffisantes pour 
leur produire un revenu net de 3oo piastres 
par religieux prôfés, et loo par religieux no- 
vice ou frère lai de chaque monastère » ^insi 
qu'un mobilier suffisant. Tout le superflu des 
biens maintenant possédés par les moines non 
mendians sera réuni au domaine de 1^ :répu- 
blique. 



( ^56 ) 



Art. LV, 



Les couvens de femmes jouiront des mêmes 
avantages , et seront solimis aux mêmes règles 
qui viennent d'êtPé établies pour les couvens de 
* religieux. Seulement les vierges ne pourront à 
Favenir être admises dans les cloîtres qu*après 
Tâge de trente ans , et ne feront leurs derniers 
Toeux qu'à quarante. Les veuves sans en fans 
pourront devancer les deux époques de cinq ans. 
Toutes seront libres, en se conformant aux rè- 
gles de leur ordre pour la régularité de 1^ 
conduite et le costume, d'habiter les monas- 
tères ou de résider près de leurs familles , sui- 
vant Pusage d*une grande partie de l'Italie où 
le gouvernement des ménages leur est ordi^ 
nairement confié, * 

• Art. LVL 

La permission de mendier sera interdite à 
tous les indigens du territoire de la république 
ausonienne. Il sera fourni du travail, dans 
chaque commune, à ces pauvres valides, par 
les soins de l'autorité municipale. Les vieillards, 
les malades recevront des secours à domicile. 
Les individus sans asile , sans fortuné et sans 
aveu, seront renfermçs dans des asiles consacrét* 



à rindigence^ et qui seront établis dans le cours 
de l'année dans chaque chef-lieu de départe^ 
menti 

Art. LVIL 

Les tombeaux des grands hommes et des 
bienfaiteurs de la patrie seront élevés le long 
des grandes routes aux frais de Tétat. Les mo- 
numens seront simples , mais remarquable^» 
pour qu'ils attirent les yeux des citoyens. La 
statue des défunts ne pourra être placée sur 
leur mausolée que par suite d'un décret spécial 
de rassemblée souveraine. Une inscription 
courte en langue vulgaire indiquera le nom et 
la patrie du mort , ses principales actions , lé 
jour de sa naissance , celui de sa mort ^ et Tordre 
et le nom de Tautoiité qui lui décerna le monu- 
ment funèbre. 

Art. LVm. 

Le pacte constitutionnel social de la répu- 
blique ausonienne^ librement accepté par la 
nation dans ses assemblées primaires ^ sera mis 
sous la sauvegarde des citoyens et des armées 
de'iente et de mer. Aucun de ses articles ne 
pourra être changé ni révisé que tous les vingt 
et un ans. Les modifications proposées et arrê- 



( i5a) 

tées dans rassembléje souverain à la présente 
constitution ne seront jamais mises en vigueur 
qu'après leur sanction préalable par les assem- 
blées primaires de f Ausonie. 

Faiâ à * le 

an V^ de la liberté ausonienne. 

Le grand élu : — Respectables premier et 
second éclaireurs , bon cousin orateur ^ grands 
dignitaires^ et vous tous^ mes bons cousins 
grands maîtres grands élus^ vous venez d'en- 
tendre la troisième lecture du pacte social 
que les sages de la vendita-ont résolu de présen- 
ter à la sanction du peuple d'Ausonie .\si vou& 
avez quelques observations à faire , contre 
quelques-uns de ces articles , vous êtes priés de 
vous expliquer* 

^e premier éclaireur : —, Personne ne ré- 
clame sur ma ligne, très- vénérable grand élu. 

Le second élaireur: — Bon cousin premier 
éclaireur, veuillez prévenir le très- vénérable 
grand élu que personne de ma ligne n'a de ré- 
clamation à faire contre le pacte social qui vient 
d'être lu. . • 

Le premier éclaireur : — Très-vénérable 
grand élu , je suis préveiju par le bon cousin 
second éclaireur que personne ne réclame sur 
sa ligne. 

L^ gcand élu : — Puisque la troisième lec- 



( *39 ) 
ture est faite , et que nulle réclamation n'existe ^ 
mes bons cousins^ j'invite les grands élus de 
tous les grades et de toutes les lignes à se pré- 
parer et à donner leurs voix pour l'adoption 
ou le rejet de la rédaction actuelle du pacte 
social destiné à TAusonie. Ceux qui sont d'avis 
que la rédaction. actuelle du pacte soit adoptée^ 
et qu'il soit remis entre les mains du gouver- 
nement provisoire chargé de reconstituer l'Au- 
sonie pour le £aire présenter à la sanction des 
assemblées primaires , sont priés de se lever. 

( On se lève dans toute la vendita^ à moins 
qu'on ne soit d'un avis contraire^ et le grand 
élu fait signe de se rasseoir. ) 

he grand élu : — Ceux qui seraient d'avis 
de rejeter le projet sont priés de se lever pour 
la contre-épreuve. 

( Si .jpersonne ou peu de bons cousins se 
lèvent , le grand élu reprend la parole et dit : ) 

Mes bons cousins^ l'adoption du projet a 
passé à l'unanimité ( ou à la majorité ) des 
suffrages. Je vous prie de vous unir à moi pour 
célébrer le triomphe de la liberté sur la ty- 
rannie par un septuple avantage que je vais 
énoncer dans la forme voulue par nos règle- 
meus. 

( Tous les bons cousins se placent à l'ordre , 
et l'avantage est célébré comme il a été dit 
ci-dessus pages 5, 97 et 98, ) 



( Tous les bons cousins ayant repris leur 
place, on entend frapper à la porte de la grotte 
en simple maître. Les flammes en donnent avis 
au second éclaireur et celui-ci au premier , puis 
ce dernier au vénérable grand élu, qui, par 
la même filière , ordonne à l'une des flammes 
d'ouvrir, et à Pun dès experts de faire voir 
qui frappe à la porte en simple maître. Cet 
ordre étant exécuté , l'expert rentre et dit au 
grand élu que le simple maître' qui frappe est 
le même carbonaro qui , dans Tune des pré- 
cédentes séances, a été jugé digne, à Tuna- 
xiimité , d*étre reçu grand maître grand élu , 
et qu*il demande avec instance d*ôbtenîr cette 
faveur à l'instant m éme , ayant subi toutes les 
épreuves préliminaires auxquelles on a jugé 
convenable de l'assujettir. ) 

Le^rand élu : — Vous venez d'entendre, 
mes bons cousins , le motif du bruit étrange 
qui s'est fait à' notre porte , où ne doivent s'in- 
troduire que dés grands élus. Il n'est pas en- 
core tard. Le peuple et les directeurs sortis de 
notre sein combattent en ce moment pour 
l'anéantissement 'des tyrans et la fin de notre 
esclavage : consentez- vous à receyoir radejpte 
qui se présente, et à l'initier à nos plus hauts 
mystères, pendant le temps libre qu'il nous 
reste avant l'heure à laquelle nous devo\is ina* 
taller le nouveau gi)u Vérnement ? 



(»4i) 

Deux qui sont de cet a^is sont priés de se 
lever. 

( Après la contre-épreuve , la décision étant 
unanime, le grand élu dit : ) 

Le grand élu : — Mes bons cousins les ex- 
perts , rendez - vous auprès du récipiendaire , 
chargez-le de liens , mettez - le dans l'état de 
nudité qui convient pour qu'il reçoive ses stig- 
mates, bandez-lui les yeux et conduisez- le 
dans cette enceinte pour y compléter son ini- 
tiation , et prêter le serment sacré que nous 
avons renouvelé nous-mêmes. 

(Les experts sortent^et la véndita sur Tonire 
du grand élu se met en récréation décente 
jusqur'à Tarrivée du récipiendaire. 

Lorsque les experts annoncent son intror 
duction y ie grand élu frappe sept coups de sa 
liachette , chaque bon cousin reprend sa place 
€t la porte s'ouvre. ) 

• 

CÉRÉMONIE- 

POUR LA RÉCEPTION AU DERNIER GRADE CARBO-» 
I^ICO DE GRAND MAÎTRE GRA'ND ÉLU. 

( Les experts qui sont sortis de la vendita 
pour faire lier et préparer le récipiendaire , 
ont aussi fait charger de chaînes deux mem- 
bres de Ja réunion y qui devront simuler les 
deux larrons^ qui , d'après le Testament^ furent 



(i42) 

crucifiés anx deux côtés du Rédempteur. Trois 
ciroix de bois de grandeur pareille à celle des- 
tinée au feint Christ dans la réception de 
simple maître y sont placées sur les épËiules de 
Tadepte et des deux frères larrons. L*adepte 
a seul les yeux bandésr, et ne' soupçonne qu'il 
est suivi des deux autres que lorsqu'il entend 
les arrêts de condamnation à mort qui seront 
prononcés par le vénérable grand élu lors de 
leur ic^odùction dans la salle, et âpres la fer- 
meture des pc^tèâ intérieures et extérieures. 

Les feints larrons seront vêtus absolument 
coîbme les grands maîtres élûs^ puisqu'ils de- 
vront Pêtre effectivement, et la robe extérieure, 
la ceinture et les armes leur seront dtées , afin 
que leurs bras et leur poitrine soient nus. Ils 
ont au cou une longue chaîne que tietit du bout 
Vim des experts. Le premier entré portant la 
croix, arrive jusqu'au milieu de la grotte, oii 
il s'arrête, après avoir beaucoup obliqué adroite. 
Le second en fait de même , oblique à gauche , 
el s'arrête sur la même ligne , à deux pas de la 
ligne du septentrioîi , comme le premier s'est 
arrêté à même distance de la ligne du midi. Le 
récipiendfaire qui les à suivis les yeux bandés , 
portant aussi sa 'croix , est conduit au centre de 
la grotte , et s'arrête sur la même ligne et à 
distance égale des deux lârroos. 

Iterrière les trois Rations , sont trois experts 



qui les tiennent , comme il a été dit plus haut , 
de l'extrémité de la chaîne qui pend à leur cou. 
Des bons cousins servans , au nombre de neuf, 
sont placés de trois en trois derrière les ex- 
perts, se tenant prêts à exécuter les ordres du 
vénérable grand élu. 

Les conducteurs, l^adepte et les deux feints 
larrons étant placés dans Tordre ci- dessus, le 
vénérable grand élu reprend la parole, et dit : ) 
Le grand élu : — Très-respectablés éclaireurs, 
dignitaires etl)ons cousins grands élus/on vient 
de conduire devant vous les deux misérables 
traîtres à Tordre carbouico , dont les dénon- 
ciations secrètes à tios ennemis ont failli com- 
promettre notre existence ^ et nous ont forcés 
à dei^ancer Tépoque de Texécutiôti de nos des- 
seins , qu'ils avaient eu Tinfamie de dévoiler. 
Notre premier devoir est d'infliger à ces scélérats 
la punition qu'ifs ont méritée : leur sentence de 
mort va s'exécuter en votre présence. Que le 
premier d'entre £ux me tfoit amené près du 
trône et de ses nobles bases. • 

( Deux servans s'emparent de la ctoix du 
larron de droite, et la préparent pour la planter 
dans le sol avec soUdité lorsque le patient y 
sera attaché. Le troisième servant et Téxpert 
amènent le feint coupable au pied du trône, 
où ils le font agenouiller. ) 

Le grand élu : — Vil transfuge ! violateur 



( x44 ) 

infâme du serment solennel que tu prêtas jadi& 
entras mes mains, dans cette enceinte retirée^ 
inconnue aux profanes ! tu vas subir la juste 
sentence qui te condamne à perdre la vie I Mis 
d*abord en croix , tes entrailles seront ensuite 
arrachées et réduites en cendre, ainsi que ton 
cœur perfide. Ton corps, coupé par morceaux, 
sera dispersé dans plusieurs voiries , et privé" 
pour jamais de sépulture. Ton nom, gravé sur 
le marbre et frappé d'une éternelle proscrip - 
tion , sera désormais en exécration à toiis les 
bons cousins* Tu ne jouiras pas de la liberté 
publique^ qui va triompher en ce jour, et tu 
mourras avec le désespoir de savoir heureuse à 
jamais ta noble et courageuse patrie ! 

Au nom du grand architecte de Tunivers ^ je 
te dégrade et te déclare indigne d'avoir £adt 
partie de la respectable carbonara ! 

( En disant ce& mots , le grand maître grand 
élu arrache de la tète du larron le mouchoir 
qui l'entoure , le frappe légèrement au front 
avec^ le dos de sa hachette ^ et s'écrie à très- 
haute voix : ) 

Le grand élu : — Exécuteurs de la justice 
des grands maîtres granc^s élus de l'ordre des 
carbonari , emparez - vous de ce monstre , et 
clouez-le sur-le-champ à la croix , sur laquelle 
il doit expirer. 

Le premier larron , en poussant un profond 



, (/45 ) 
soupir : — J'ai mérité mon sort , je vais subir 
mon arrêt avec courage : que Dieu me par- 
donnie mon crime! 

(On étend alors ce larron sur la croix qui lui 
est destinée. Ses bras, ses poignets, ses pieds, 
ses cuisses et son corps sont assujettis à Tar- 
bre de la croix, et à ses branches par des bandes 
d'étoflfe qui les y fixent fortement sans les blés* 
ser^ Cependant, comme cette crucification si- 
mulée doit paraître réelle à Tadepte , dont les 
yeux sont toujours voilés , on frappe des coups 
de marteau, comme si Ton perçait de clous les 
pieds et les mains du patient; et les gémisse^ 
mens qu'il fait entendre achèvent de compléter 
l'illusion. Celte opération terminée , la croix 
et le feint larron qu'elle porte sont dressés çt 
fixés à droite , fai^nt face au vénérable grand 
élu et tournant le dos à Poccident. Les cris 
étouffés du larron , qui feint une extrême souf- 
france, continuent de se faire entendre. Cette 
croix plantée, le vénérable grand élu fait ap-* 
procher le larron de gauche, lui adresse les 
mêmes paroles qu'au précédent , le dégrade éga- 
lenknt , et le livre à ses bourreaux, Ceux-^ci 
vont le lier à sa croix, et la redressent sur la 
ligne du nord au même plan. Ce larron , repré - * 
sentant le plusmauvaisdesdeux» au lieud'avouer 
json crime, dit à haute voix au grand élu : ) 
..Le deuxième larron : -^.Je subirai mon 

■ • * * 

lO 



( i46 ) 

supplice en vous maudissant^ sans remords ; )e 
jouirai même en mourant, par la certitude qu'en, 
me vengeant , les étrangers que j'ai voulu ser^ 
yir extermineront jusqu'au dpcmier carbonaro. 
Sachez, et tremblez d'avance, que j*ai désigné 
voire aflfreux repaire aux chefs de Parmée d'oc- 
cupation de ces contrées , et que si vos envoyés 
obtiennent quelques succès avec Tassistance du 
peuple qu'ils soulèvent en ce moment^ \ov» 
n'en tomberez pas moins dans quelques minutes 
au pouvoir de ceux que vous osez nommer' les 
satellites de la tyrannie! J'ai dit : qu'on me 
conduise à la mort. 

( IjCs deux croix étant élevées avec les feints 
larrons , qui poussent des cris de douleur et de 
rage, le vénérable grand élu s'adresse à l'adepte^ 
qui est au centre, et lui dit :m 

Le grand élu : — Digne b|n cousin , vos tra* 
vaux constans et votre zèle pour l'ordre carbo* 
nico ont décidé cette sage vendita à vous ad* 
mettre au nombre de ses membres les plus» 
éclairés. Vous avez subi vos épreuves avec un 
courage qui mérite tous lés éloges; et si vous 
persistez dans le dessein de devenir grand #K, 
malgré l'exemple terrible que nous venons de 
faire des deux traîtres qui dans ce moment 
expient sur la croix les forfaits dont ils se sont 
rendus coupables, je vais recevoir votre serment 
au pied du trône. Vous serez ensuite empreint, 



ètatit àéjk lié sur la croix ^ des stigmates sacrés 
qui servent à nous faire re^onnaitré des bous 
cousins grands maîtres grands élus de toutes 
les vendite ; après quoi^' tos yeux seront des- 
sillés. Vous répéterez tout haut, du haut de 
votre croix y le serment que vous aureas déjà 
fait sur nos bases y et vous serez ensuite remis 
en liberté , et revêtu du costume dc^ grand 
Eoaitre grand élu , pour participer avec nous à 
la gloire et au bonheur que FAûsotiie entière 
stttend de cette journée. Persistea-i^G^m, maître 
bon cousin ? 

UiXdepte : — Oui ^ très - ténérablé gr and 
élu. 

làC grand élu : — Puisqu'il en est aiqsi> 
digne bon cousin, venez près du trône et n*et- 
tez-vous à genoux pour entefidre la formule du 
serment. Et vous , experts et servans , apprêtez 
la croix du centre pour y placer le récipien- 
daire et l'élever entre les deux larrons , à 
l'exemple de notre bon cousin le Christ naza- 
réen , roi de Judée , grand architecte, de 
l'univers. 

( Tout ce que ïe vénérable grand éte vient 
d'ordonner s'exécute. L'adepte approchif près 
du trône , s'agenouille , et place la^ main droite 
sur les baseS; tandis que l'on apprête au centre 
de la grotte , sur la même ligne ^ entre ks 



(i48) 
feints laiTons , la croix qui doit le supporter «^ 
On a Tattention de teindre de sang les pieds et 
les mains des suppliciés, qui semblent expirans^ 
pour que Tadepte se persuade, lorsqu*oului dé- 
bandera les yeux, qu'ils sont véritablement per- 
cés des gros clous dont on a collé sur eux les si- 
mulacres. Pendant ce temps, le vénérable grand 
élu pron<>nce la formule du serment des grands 
maîtres f 'déjà transcrit, et l'adepte prononce 
à haute voix : Je le jure ! ) 

Le grand élu : — C'est bien , digne bon 
cousin ; levez - vous. On va vous lier sur la 
éroix j et Ton imprimera sur vos bras et sous 
votre mamelle gauche les stigmates mystérieux, 
aiguës éternels de votre admiasion à nos y endite 
secrètes. Votre croix étant ensuite dressée sur 
olnouveau calvaire ^ en ijnitation du supplice 
que subit autrefois notre bon cousia le Ré- 
dempteur de l'univers , vous entendrez TexpU- 
cation des stigmates ^ et , vos yeux étant alors 
découverts , vous admirerez du haut do'Ifi croix j 
le bel ordre qui règne parmi nous , et lès jetant 
à votre droite et à votre gauche, vous apprendrez 
aussi quel supplice vous est réservé si vous 
êtes parjure à vos sermens. Vous les rehou- 
véUet'ez en cette position pour la seconde fois, *j 
et mis ensuite en liberté , vous viendrez rece- ' 
, yçir de mes mains la robe , la ceinture et la 



y 

i 



( 



(t49) 

décoration de votre nouveau grade , datis lequel 
je proclamerai votre élévation. Faites votrç de? 
voir , bons cousins , experts et servans ! 

(Les servans s'approchent alors du récipien- 
daire, s'en emparent, retendent sur la croix, 
l'y lient fortement avec des bandes, et le stigma- 
tisent de trois signes sur le bras droit; de sept 
sur le gauche , et de trois points sous la ma- 
melle gauche. La croix est ensuite élevée au 
centre de la vendita , en face du grand élu ; 
pour que tous les assistans puissent voir Pem« 
preinte des stigmates carboùici sur les ^parties 
diverses du corps et des membres du récipien- 
daire, qui sont à cet effet demeurées itues. A 
un signal que donne le vénérable, tous les bons 
cousins se pressent, en attitude menaçante, près 
de la croix qui porte l'adepte, et lorsqu'à un 
second signe le bandeau qui couvre ses yeux 
tombe, il aperçoit toutes les hachettes et les 
poignards des assistans dirigés contre sa tête et 
contre son cœur, en lui annonçant la mort la plus 
prompte et la plus cruelle s'il avait le malheurde 
jamais devenir parjure. On observe avec atten- 
tion de tous les points de la salle si l'adeptemontre 
de la crainte ou du courage, et la remarque 
en est faite à haute voix au vénérable graiid 
élu : celui-ci adresse , suivant les circonstances , 
des éloges ou des reproches à Padepte. Immé- 
diatement après, il propose à la venditai de pro-^ 



( «5o ) 

nonc^T le septuple avantage en rhçmaeur du 
récipiendaire; ce qui s'exécute sur-le-champ 
dans la forpue usitée» Le grand élu explique 
enstiite à h^ute toîx au récipiendaire élevé sur 
la crpî^ , les divers sen$ des stigmates qui vien« 
nent de lui être appliquéjS^ et cette e^iplication 
verbale ne peut être imprimée dans ces statuts 
ni e^i^priiQée que secrètement çt loin de tous 
les pro&nes. L'adepte est toutefois prévenu 
qu'il pourra les écrire çt les porter sur lui , 
mais qu'il doit les avàlisr , ou les détruire par 
le fen , plutôt que d'en laisser connaître la si- 
gnification aux ennemis des carbonari, qui 
sopt en même ten^s ceux du peuple de TAuso^ 
nie et de la liberté de Tunivers. 11 termine son 
disoour;» par une courte analise de )a rérolu^ 
tion qui a.dû copimencer dès le poim du jour , 
çt s'exécute en ce moment dans la péninsule, 
et sur tous les points de l'Europe où la langue 
italienne est en ussige. (c Bientôt , ajoute-t-il i 
« le peuple , vainqueur de la- tyranniçi , va 9011s 
<( annoncer des triomplies sur ses oppresseurs, 
a et venir çhercher> dans notre sein les n)en[^res 
H d^ sQu gouvernement provisoire. Bientôt. ♦, » 

(}1 est interrompu par le mauvais la^ion, qui^ 
en poussan*! d'affreux bu^l^mens /dit : a Bientôt 
ç( vou§ périrez tous, » A peine a-t-îl proféré 
cette affreuse prophétie, qu'un bruit terrible 

se fait çBtwdre st^ delM>Ts de la groye* Qa ««-» 



C i5i ) 

tend aussi le bruit des combattans , celui des 
lirmes à feu souvent répétés , enfin le cliquetis 
des armes blanches. Une des flammes (ou gar- 
diens) s'écrie, peu après , que les portes sont 
enfoncées , et dans le même moment elles tom«- 
beut sons lés coups, des assaillans. Le yénérable 
grand élu 9 tous les dignitaires quiTenviroonent) 
et les bons cousins des deux ligues, se portent 
en toute hâle en arrière des croix, oii le com^ 
bat simulé > que ne peut vmr le récipiendaire , 
continue avec plus dé violence que jamaisi contre 
les soldats étrangers qui s'expriment en langue 
barbare» et poussent en furieux les cris. réitérés 
de mort et de victoire. Tout à coup le grand 
élu, suivi d'une trentaine de bons consins, 
réparait^ en reculant devant le feint epA^n^i^ 
6ÙUS lès yeux de l'adapte effrayé de? èés terri^ 
blés événemens, étant réduit , sur laiCrokx « ii 
rioàmobililé la plus àbsojiue. « Espérée , lui ;dit 
« le grand élu y en passant ; nous ne fuyons un 
a moment que pour n^ieuiL vaincre. » Gela diti, 
le plancher s'en£bnoe sous les pieds .des bons 
contins réunis en groupe entre le trdne et les 
croix, et tous disparaissent au milieu des 
fllammes. Cet événement achève de cotnpléter 
réprouvante et Pétonnement du récipiendaire^ 
devant lequel arrivent, en uniforme milifaire 
d'Allemagne , une douzaine de soldats qui pa- 
raissent couverts de satig, et dOnt l'officier 



(l52) 

commandant s'arrête au bord de l'abime à 
l'instant refermé par le glissement d'un second 
plancher après l'engloutissement isubit des bons 
cousins. Les militaires vainqueurs semblent au 
comble de la surprise , et ne le sont pas moins en 
apparence de la disparition de leurs ennemis 
dans une bouche qui semble infernale y que de 
rencontrer dans cette grotte trois individus 
suppliciés sur la croix. Ils feignent de se con- 
sulter et se parlent tout bas. Enfin, l'officier , 
affectant de parler miauvais italien ^ dit à haute 
Yoî*^i « Mes camarades , ces misérables ne pa- 
« raissent pas encore morts; innocens ou cou- 
ce pables, il faut les achever, ne fût-ce que 
ft pour abréger leurs tourmens. Aux armes!» 
Ce chef divise alors sa troupe en trois pelo- 
tons ; désigne un des individus attachés à la 
croix etcommande : «Garde à vous ! pelotons... 
« arnîes!... joue... » A peiDea-t-il prononcé ce 
derniei* commandement éty a-t-il ajouté celui 
de feu ! que trente balles sifflent à la fois dans 
les airs*; et que l'officier et tous les soldats tom- 
bent vers le plancher en s'écriant douloureux 
semént : a Nous sommes morts! » Aussitôt^ 
après les bons cousins reparaissent dans la 
grotte sortant de derrière le trône et d'une 
foule d'autres issues pratiquées de tous les 
côtés de la vendita^ où ils rentrent en s'écriant : 
<( Victoire ! mort à la tyrannie ! vive la repu* 



(i53) 

« blique d'Ausonie! vive la liberté! vive Péga- 
« lilé ! vive le gouvernement provisoire élu 
(( par les courageux carbonari ! » En un clin 
d'oeîl les prétendus morts sont enlevés et 
transportés hors de la grotte^ ainsi que les 
croix où sont liés les deux feints larrons ; il ne 
reste plus que le récipiendaire sur la sienne; 
et si la frayeur avait causé son évanouissement^ 
on le rend de suite à la vie par des cordiaux^ 
après l'avoir descendu de la croix et délié par 
Tordre du grand élu. Pendant ce temps les 
portes sont refermées y les dignitaires et les 
assis tans reprennent leur place , et le récipien- 
daire est amené près du- trône , devant lequel 
il demeure debout et dégagé de tous ses liens. ) 

Le grand élu : — Digne bon cousin? les 
terribles événemens qui viennent de se passer 
sous vos yeux ont dû vous apprendre que la 
trahison est ici sévèrement et toujours punie ^ et 
que lorsque les satellites des tyrans osent nous 
attaquer, la victoire se déclare pour la bonne 
cause. N'oubliez jamais des faits aussi mémo- 
rables^ et soyez désormais admis à nos plus 
secrets mystères. Approchez-vous, mon bon 
cousin. 

( Le grand élu prend alors partni les bases un 
crucifix de la main gauche^ lé place sur la tête 
du récipiendaire y et lorsqu'il a frappé du dos 



'• 



(i54) 
de sa hachette hs sept coups carbonici de grand 
maître grand élu, il dit :) 

Le grand élu : — Respectables éclaireurs^ 
dignitaires y et vous tous, mes bons cousins^ 
debout et à Tordre. Âidez-moi ^ je tous prie, 
par Yos voeux et vos acclamations ordinaires^ 
à faire un nouveau maître grand élu. 

(Après Texécution de son ordre ^ il continue^ 
en s'adressant à l'adepte : ) 

Au nom du grand architecte de l'univers^ je 
vous reçois grand maître grand élu de Tordre 
mystérieux carbonico , vous , mon bon cou&in 

N 9 natif de. . . . . , profession de , 

en récompense des bons services que vous avez 
renduis dans vos premiers grades , du zèle ex- 
traordinaire que vous avez démontré pour en 
rendre de nouveaux, et de la promesse solennelle 
qpie noifo av^|i6 reçue de vous de vous dévouer en- 
tièrement au maintien des libertés de TAusonie. 

A moi f mes bons cousins ! 

Au nom et po^r la réception du digne bon 
cousin dans le gif'^de suprême de grand maitl^ 
grand élu. 

1** Au Créateur de Tunivers : (Le surplus , 
comme il a été expliqué précédemment. Après 
quoi^ tous les assistans reprenne)^ leurs places, 
excepté le récipieûdaire> qui demeure debout , 
près du tïône^ ainsi que le vénérable grand élu. ) 



C 155 ) 

Le grand élu : — Bons cousins experts, 
menez le rédpiendaire dans le vestiaire '/49t 
veuillez bien le revêtir du costume de Tordre, 
sauf la ceinture et les armes qu'il viendra rece- 
voir de mes mains. 

( Les experts obéissent , et peu de momens 
après ramènent Tadepte en robe, cliauçsure. et 
autres ornemens de sou nouveau grade. Il se 
rend «uprès du trône, où le vénérable l'accueille 
^t l'embrasse carbonicamente , relève son ca«> 
puchon sur sa tête , lui attache sa ceinture, et 
place du cdté gauche une hachette , et sur son 
flanc droit un poignard dans sa gaine y qu'un 
crochet lie à la ceinture. Cette cérémonie ter- 
minée , il lui désigné sa place , où l'adepte va 
se placer , en s'y rendant la main constamment 
à Tordre. Le grand élu demande si quelque 
assistant a des propositions à faire. Mais avant 
qu'on lui réponde, on entend au dehors des 
cris joyeux de victoire, et bientôt après on 
frappe à Textéiieur de la porte de la vendita 
eu grand maître grand élu. Sur l'ordre du 
vénérable , et dans les formes accoutumées y 
on regarde qui frappe , et l'assemblée apprend 
avec entousiasme que Tun de ses directeurs, 
suivi d'un peuple immense, arrive couvert de 
lauriers. Le grand élu fait introduire le direc- 
teur grand élu, messager du peuple, qui demeure 
respectivement hors de Tenceinte de la vendita^ 



( i56 ) 

en criant toutefois de moment en moment : 
'^Hitoire ! vive la liberté ! vive l'égalité ! vive 
les carbonari ! vive la république ausonienne ! 
vive le gouvernement provisoire ! ) 

Le directeur de la révolution qui vient d'être 
introduit , dit , sur l'invitation dii grand élu : 
Très-respectable grand élu ! Soleil et Lune » 
cbers dignitaires ; et vous tous , mes bons cou- 
sins , je viens vous annoncer, au nom du peuple 
victorieux , que la fortune a couronné nos ef- 
forts , que les tyrans sont morts ou en fuite , 
leurs soldats exterminés , la république d*Au- 
sonie proclamée , et que je suis chargé de venir 
chercher parmi vous les vingt et un membres 
du gouvernement provisoire pour les instal- 
ler dans le palais national , dont nous avons 
chassé les oppresseurs de notre patrie. 

Le vénérable grand maître grand élu : — ^ 
« Célébrons un dernier avantage en faveur du 
« messager qui nous apprend une aussi heu- 
a reuse nouvelle; et que chacun de nous passe 
« ensuite au vestiaire pour s'y revêtir des cos* 
a tûmes depuis si long-temps préparés et des- 
c( tinés aux membres du gouvernement , aux 
((magistrats, aux licteurs, aux militaires et 
a aux simples citoyens de la nouvelle répu« 
(( blique ausonienne. )> 

( Le septuple avantage se répète aux ac- 
clamations générales , et tous les assistans se 



^ 

-N 



( i57 ) 
rendent ensuite au yestiaire pour y prendre 
le nouveau costume national de l'Ausonie, qui 
doit servir de modèle au peuple y et qui sera 
plus bas expliqué. 

Us rentrent ensuite dans la grotte, et re- 
prenant leurs places accoutumées couvertsd'ha- 
billemens non carbonici, mais dérivant de 
Tordre et de l'antiquité par les formes adop- 
tées pour les divers emplois que devront oc- 
cuper les membres de la respectable vendita , 
alors qu'ils seront appelés au service de l'état. ) 

CLOTURE. 

Le grand maître grand élu vénérable ^ vêtu 
en membre de rassemblée souveraine centrale 
des vingt et une provinces de la république 
d'Âusonie , frappe un coup de sa hachette sur 
le trône ; et dit : 

« Mes bons cousins éclaire urs^ dignitaires 
« et membres associés de cette respectable 
« vendita, je dois vous prévenir, avant de clore 
(( la séance ^ que nos travaux ne seront plus 
« désormais tenus dans l'ombre du mystère. 
(( La liberté triomphe en ces contrées , et doit 
a triompher également aujourd'hui dans toutes 
aies parties de la péninsule italienne. Nous 
« .avons donc jeté loin de nous les robes funè-* 
a bves qui désignaient le deuil dont nos cœurs 



( i58 ) 

« élaient affligés. Dès à présent hommes ptt* 
« blics y mais toujours simples citoyens dans 
et Tâme et défenseurs de Téi^alHé qai vient de 
c( se rétablir ; nous ne nous occuperons plus 
a que du bonheur de la nation ^ dont nos tra- 
ce vaux obscurs , mais courageux , ont pour 
c( jamais brisé les chaînes. Ne nous séparons 
n pas toutefois sans terminer notre séance^ 
<c ainsi qne nous l'avons toujours fait : formons 
tt la chaîne et donnons-nous le baiser de bon 
S) eousin. Nous sortirons ensuite précédés de 
(( nos licteurs et suivis du peuple. Il nous at- 
(c tend, enivré de joie, à Textérieur de cette 
(c grotte sacrée , pour nous accompagner au 
<c chef-lieu du gouvernement central. Rendons- 
a noDS dignes de son choix, en remplissant 
(( avec honneur les devoirs importans qae sa 
i> confiance nous impose. » 

Respectable premier éclaireur^r quelle heure 
est -il ? 

£je premier éclair eur : — Midi , très-véné- 
rable grand maître grand élu. 

Le vénérable grand maître grand élu : -— 
A qneHe heure aivons-nous coutume de fermer 
nos travaux^ respectable deuxième éclaireur ? 

Le deuxième éclaireur : — A midi , très- 
vénérable grand élu , lorsque la trompette du 
triomphe fait entendre ses sons éclatans au 
peuple libre de la république ausonienne. 



(Ici Ton entend au dehors un air mairtial 
sonné par des trompettes. ) 

Le grand makre grand élu : — Puisqu'il est 
midi , que la trompette sonne 9 et que l'Ausottie 
est enfin libre , mes bons cousins , je ferme la 
yendita de grand maître grand élu carbonaro 
par les applaudissemens d'usage* A moi , mes 
bons cousins! 

(On fait alors , au signal du vénérable grand 
maître grand élu^ les applaudissemens verticaux 
de graud élu ; on forme la chaîne , on se donne 
le baiser de bon cousin, et l'on sort ensuite 
de la grotte sur trois r;angs« Les licteurs sont 
«n tête j les vingt et un m^nbres provisoires 
de l'assemblée souveraine à la suite des lie** 
teurs, et le reste des bons cousins ferme la 
marche dans le même ordre. 

Le bruit du canon et d'une musique guer* 
rière annonce le départ du cortège, et le dernier 
àesfiamm)Bs , qui porte l'habit de simple citoyen 
dé la nouvelle république y ferme la marche^ ) 

COSTUMES 

DES DIVERS DIGNITAIRES ET AUTRES HEMBRES DE 
l'ordre GARBONICO y AU GRADE DE GRAND 
lUÎlRB GRAND ÉLU. 

Le vénérable grand maître grand élu. 

ê 

Sandales bleu célefite ; tuuique de marne cou- 



, C.i6o) 
leur ; sans manches ni col : elle est de laine et 
de coton, et se porte sur la peau. Dans la saison 
froide, lorsqu'il est impossible de rester les 
jambes nues, pantalon en tricot, couleur de 
chair, à doigts de pieds séparés.Ceinture en peau^ 
serrant étroitement la tunique depuis le creux 
deTestomac jusqu'aux hanches > elle doit être 
lacée et non bouclée par-derrière , divisée en 
trois parties horizontales , et partagée par une 
quatrième partie verticale, qui réunit les deux 
extrémités des trois premières liées ensemble 
par des lacets. Cette ceinture a sept poches. 
Celle pratiquée dans la division verticale sert 
à cacher les papiers les plus secrets de Tordre. 
Les six autres sont destinées , savoir : la pre- 
mière et . sa latérale de la division horizontale 
supérieure, à renfermer les bijoux étrangers 
ou du pays appartenans au grand maître grand 
élu ; les^deux du centre à contenir les monnaies 
l'or , nationales et étrangères , de même que 
les deux de la division inférieure à contenir 
les monnaies d'argent. Une lettre initiale im- 
primée sur l'ouverture de chaque poche indique 
sa destination. Ainsi , on voit sur la poche ver- 
ticale un C. (CVir^^. (Papiers.) 

Au centre de Thorizon taie supérieure; un G. 
(Gi(>/i5. (Pierres précieuses.) 

A droite de la même , un P. {Paese. Moneùa 
del paese. (Pays. Monnaie du pays.) 



( i6i ) 
A gauche, un F. {Forestière. Moneta fores- 
tière. (Etranger. Monnaie étrangère. ) 

Au centre de l'horizontale intermédiaire , 
unO. {Oro. (Or.) 

A droite de la même , uiï P. 

A gauche , un F. 

Au centre de l'horizontale inférieure , un A. 
( Argenio. ( Argent. ) 

A droite de la même^ un P. 

A gauche, un F. 

Noua. Le grand maître grand élu ne doit 
jamais quitter cette ceinture. 

La tête du vénérable grand maître grand élu ,. 
comme celles des bons cousins de tous les grades, 
doit être enveloppée d'un très -grand mouchoir 
rouge, arrangé en forme de turban, imitation 
de l'antique, coiffure patriarcale. Une i^obe 
noire, longue, ronde, et à capuchon de la forme 
d'un cône tronqué , doit couvrir son corps , 
traîner en arrière de quelques pouces , et ne 
descendre en avant que jusqu'aux chevilles; 
les manches de cette robe sont très-larges et 
assez longues pour couvrir la moitié de la main. 

Nota. Le capuchon du vénérable grand maître 
grand élu doit être , en vendita , constamment 
relevé sur sa tête , sauf les momens où l'on se 
trouve en récréation; il cache le mouchoir pres- 
qu'en entier. Le turban descend au-dessous des 
sourcils; on ne doit voir aucuns cheveux, la 

11 



(l62) 

tête de tout bon cousin, et même celle de son 
épouse lorsqu'elle est initiée 3 étant cerises 
rasée , suivant Tusage oriental et la règle des 
communautés i^ligieuses de tous les sexes dont 
la carbonara est une imitation. 

Une ceinture supérieure rouge , en laine , à 
franges bleues, ceint la robe du vénérable grand 
maître grand élu , et celle de tous les gt*ands 
maîtres grands élus assistant aux vendite, et qui 
sont absolument revêtus du même costume. 

Notât Ces derniers , par respect pour le V-.-, 
sont distingués de sa personne par le capucbon, 
qu'ils tiennent abattu , leurs tètes ne demeu- 
rant couvertes que du turban patriarcal , qui 
ne doit jamais les quitter pendant les réunions. 

La hachette et le poignard dont sont pour- 
vus tous les grands maîtres grands élus sont sus- 
pendiTs à la ceinture extérieure; la hachette à 
gauche, le poignard à droite. 

Outre les vétemens ci-dessus, communs à 
tous les carbonari du grade de grand maître 
grand élu , et sans lesquels il leur est défendu , 
pour quelque motif qwe ce soit , de se présenter 
dans les lieux de réunion , le vénérable grand 
maître grand élu porte un large raban moiré, 
placé en sautoir autour de son cou, et dont la 
couleur, tricolore, est bleu céleste sur le haut, 
jaune au centre , et vert d*herbe en bas. Trois 
bijoux sont suspendus à cette marque de la di- 



( i63) 
gnité du V'/ ; savoir : un triangle , azur , image 
du ciel et de la Divinité; un soleil d'or, et un 
globe terrestre d'une couleur d'herbe ou vert 
pâle. Les. manches de sa robe sont en outre 
serrées au-dessus des coudes et des poignets par 
dçs bracelets bleuwcéleste pendant la durée des 
séances qu'il préside. '♦ 

Premier éclaireur. 

Il porte sur sa robe de grand maitre un ruban 
moiré en sautoir entièrement bleu de ciel , li- 
séré jaune d'un côté et yert pâle de l'autre. 
A ce ruban sont suspendus desi bijoux sembla- 
bles à ceux du vénérable grand maitre grand 
élu , mais d'un volume moins gros de moitié. 

Second éclaireur. 

Il porte un ruban en sautoir , de couleur ver- 
dâtre , liséré jaune d'un côté et bleu céleste de 
l'autre : les bijoux sont de la même dimension 
que ceux du premier éclaireur. 

Orateur. 

Il porte un ruban en sautoir, de couleur 
jaune , liseré vert d'un côté et bleu de ciel de 



(i64) 

Tautre : ses bijoux sont semblables à ceux des 
éclaireurs. 

Dignifaires. 

Tous les autres dignitaires portent un rub^ 
aux trois dfcileurs , céleste , vert pâle, et jaune ^ 
en double écharpe , croisant sur la poitrine et 
sur le dos , et tombant à droite et à gauche 
jusqu'aux genoux» Ces rubans moirés^ de sept 
pouces de largeur y ont une frange tricolore , 
et les trois bijoux , au lieu d^être en métal et 
suspendus , sont brodés en bosse sur celle de 
ces écharpes qui couvre l'autre , et sur la par- 
tie qui touche Testomac. 

Grands maîtres grands élus sans dignités dans 

la vendita. 

Us ne portent qu'une seule écharpe aux trois 
mêmes couleurs , posée sur Pépaule droite et 
croisant à gauche. Les bijoux sont brodés» 

Servans. 

Us n*ont aucun ruban; leur robe est sans 
capuchon , et ne descend , derrière et devant , 
que jusqu'aux chevilles. Leur turban, plus 
petit , pend en pointe par - derrière comme 



( i65 ) 

celui des -simples maîtres et apprentis, et se 
noue au milieu du front. 

Flammes ou Gardiens. 

Outre la hachette et le poignard , ils sont 
armés d'un sabre en forme de flamme de feu 
de couleur d'or. ^ 

Récipiendaires* 

Us sont revêtus , lorsqu'on les introduit dans 
la vendita , de la chaussure , de la coiffure ^ de 
la tunique et de la ceinture intérieure. La 
robe , la ceinture extérieure et les armes ne 
leur sont remis par le yénérable grand maître 
grand élu , ou les servans du vestiaire, qu'a- 
près qu'ils ont prêté le serment solennel à la 
fin des épreuves et de la cérémonie. C'est au 
pied du trône et des mains du vénérable grand * 
maître grand élu qu'ils reçoivent , après Tacco- 
lade carbonica, Pécharpe qui convient à leur 
grade. 



( ,66 ) 
COSTUMES 

DESTINÉS AUX MEMDRFS DE l'ASSEMBLÉE SOUVE- 
RAINE, AVX MAGISTRATS, LICTEURS, MILITAIRES 
ET A TOUS LES CITOYENS DE LA RÉPUBLIQUE 
AUSONIENNE. 

Membres de l'assemblée souveraine. 

Tunique et chaussure de la fornae de celles 
des grands maîtres grands élus , mais de cou- 
leur d'or , ceinture secrète pour les papiers et 
bijoux , semblable à celle plus haut décrite 
pour les membres du troisième grade. 

Robe à la romairte, traînante , bleu céleste , 
sans capuchon nî pèlerine ; en velours ou satin 
en gi'ande cérémonie, suivant les saisons; en 
drap fin pour l'usage journalier, franges et 
bords couleur d*or. Ceinture vert d'herbe. 
Grand turban à l'antique, cachant les cheveux. 
Moustaches et virgule au menton ,.à l'italienne. 
Le turban devra avoir la calotte bleu céleste. 
L'entourage, long et volumineux, sera com- 
posé d'un schâll couleur d*or, et d'une frange 
verdâtre à la pointe. Au milieu du turban , sur 
le front , s'élèvera une aigrette tricolore, faite 
en poils jaunes, célestes et verdâtre*. Cette 
aigrette remplacera la cocarde pour tous les ci- 
toyens de PAusonie, militaires et civils. L'épée 



( i67 ) 
sera plate , à l'antique , et suspendue à la cein- 
ture à gauche. Le poignard sera placé dans la 
ceinture à droite. 

Rois de terre et de mer. 

Robe en laine ou en velours pourpre : la 
première pour l'usage journalier ; la seconde 
pour les cérémonies. Turban à calotte céleste ; 
entourage formé d'un schâll pourpre , franges 
aux trois couleurs. La robe sera plus traînante 
encore que celle des membres de l'assemblée 
souveraine : sa queue aura trois palmes de lon- 
gueur (i). L'aigrette sera tricolore et très- 
élevée. La ceinture aura la même forme que 
celle des membres de rassemblée centrale ; mais 
elle sera en drap d'or, et la frange sera de 
couleur vert pâle et bleu céleste. La chaussure 
sera de couleur bleu céleste. La tunique et la 
ceinture intérieure, sans couleur indiquée, se- 
ront dans la forme ordinaire déjà expliquée. 
Une petite couronne au-dessus du front , ser- 
vant de nœud à l'aigrette , servira de signe de 
royauté. 

Dans leurs sorties de leurs palais, les rois 
seront précédés de licteurs et d'un porte- élen- 



(i) Le palm« romain est de 8 ponoes 3 lignes et demie. 



dard chargé du pavillon maritime ou de terre , 
suivant la qualité du monarque qu'ils précéde- 
ront. 

Outre le glaive antique dont seront armés 
les» rois , et qu'ils porteront suspendu à Té- 
charpe, ils auront le sceptre en main. Ce 
sceptre devra être en verre doré , pour que sa 
fragilité démontre qu^un roi prévaricateur se- 
rait fait descendre du trône sans pitié , pour le 
téder à des citoyens plus dignes de roccuper. 

Roi du peuple. • 

Il conservera son costume de inembre de 
rassemblée souveraine. Il portera, de plus, 
le sceptre et la petite couronne siir l'aigrette, 
et le sabre suspendu à Técharpe. Sa sortie du 
palais sera accompagnée des mêmes cérémonies 
qui s'observeront pour les rois de terre et de 
mer. Le porte-étendard qui le précédera sera 
chargé d'un faisceau indiquant l'un des peuples 
des vingt et une provinces : ce faisceau rem- 
placera le pavillon dont il sera fait usage pour 
les rois de terre et de mer. Comme ceux-ci , il 
aura des licteurs. 

Directeurs des diverses branches admi^ 

nisùratives. 

Robe traînante à la romaine, jaune doré; 



( i69 ) 

■ 

ceinture céleste à franges verdàtres; sabre sus- 
pendu àFécharpe, sur laquelle seront indiquées, 
en gros caractères , la dignité du directeur et la 
nature de son emploi : par exemple : « Direc- 
a teur de la justice; directeur des finances} 
a directeur de Tintérieur ; directeur des cultes ; 
a directeur de la guerre maritime ; directeur 
« de la guerre continentale; directeur des 
« sciences et arts^... etc. » Leur chaussure , de 
la forme adoptée pour les citoyens d'Ausonie , 
sera de couleur céleste. La calotte sera pourpre, 
ainsi que le turban que devront porter touf Jes 
agens de la royauté. Le schâll d'entourage sera 
vert pâle , et sa frange et la ceinture seront aux 
trois couleurs ausoniennes. 

Membres des Cours de justice* 

Robe traînante à la romaine, de couleur 
blanche ; ceinture aux trois couleurs ; turban à 
calotte pourpre, entourage blanc*, aigrette, 
franges et ceintures tricolores ; chaussure 
blanche et cothurne blanc ; écharpe noire 
supportant une balance au lieu de sabre. 

Membres des assemblées provinciales ^ dé- 
partementales y de district et cantonndles. 

Mêmes vêtemens, chaussure, coiffure que 



( 170 ) 

les membres de l'assemblée souveraine : la 
robe moins traînante y par gradation y en sorte 
que celle des membres d^s assemblées de canton 
soit la plus courte. On impriniera, en gros ca- 
ractères d'or, sur Pécharpe qui devra soutenir 
l'arme : province de N^^^, département de 
N^^^, district de N***, ou canton de N^^"^. 

Membres des diverses administrations. 

Vêtemens pareils à ceux des directeurs des 
diverses branches administratives ou mili- 
taires , robe plus courte , par gradation de di- 
gnité. Calotte du turban pourpre ; entourage 
vert pâle , franges tricolores. Sandales célestes. 
La désignation des diverses fonctions qu'ils 
ont à remplir , imprimée sur Técharpe. 

* 

Militaires. 

Armes et costume à la romaine ; ce dernier 
de couleur pourpre. Outre les armei blanches 
à l'antique, chaque soldat ou sous-officier sera 
porteur d'un fusil à baïonnette et de deux pisto- 
lets, pour tous les corps d'infanterie, d'artil- 
lerie et de dragons. 

L^infanterie portera la tunique de couleur 
pourpre , tombante jusqu'aux genoux ; le pan- 
talon collant, couleur de chair j de fortes san- 



(i7i ) 
dales et cothurne pourpres ; casque jaune ; 
aigrette et ceinture aux couleurs nationales. 

L'artillerie portera la tunique de même forme, 
couleur bleu foncé; le casque sera le même, 
sinon qu'on y ajoutera une plaque avec deux 
canons en croix. Tout le reste de rhabillemenl, 
de l'équipement jet de Farmement comme l'in- 
fanterie, sauf la couleur de la chaussure et du 
cothurne , qui sera bleu foncé. 

La cavalerie aura la tunique et des bottines 
bleu céleste; le casque doré, d'une forme plus 
chevaleresque. L'aigrette plus longue , aux cou- 
leurs nationales; le sabre long et recourbé ; une 
carabine : le surplus comme l'infanterie. 

Les dragons auront la tunique et la chaussure 
en bottines , de couleur vert pâle. Le reste 
comme les autres troupes , en chacun des rap- 
ports de cette arme avec la cavalerie ou l'in- 
fanterie. 

Il n'existera point de troupes légères en corps 
particulier , ni surtout de troupes étraugères ; 
mais les régimens d'artillerie, d'infanterie et de 
cavalerie auront , dans chacun de leurs batail- 
lons ou escadrons, trois compagnies d'élite; 
l'une de grenadiers ou carabiniers , à pied ou k 
cheval ; la seconde de chasseurs , à pied ou à 
cheval, et la troisième de voltigeurs, à pied ou 
à cheval. 

Le train d'artillerie et des équipages mili- 



( 172 ) 

taires porteront la tunique et les bottines de 
couleur gris-marron mélangé : le surplus comme 
les autres troupes de cavalerie. 

Les divers grades d^officiers généraux , supé- 
rieurs ou subalternes , seront distingues par les 
ceintures , les casques et les écharpes , d'après 
le règlement particulier qui sera proposé, par 
les rois^ et soumis à Tapprobation de l'assemblée 
nationale souveraine. 

Les troupes de la mai^ine seront vêtues ea 
tunique gris de fer foncé, chaussure en sandales 
pourpres ♦ ceinture aux couleurs de PAusonie , 
casque en cuir verdâtre et or en forme de tur- 
ban. Le casque sera néanmoins conservé aux 
officiers et artilleurs de marine. 

Les matelots porteront une tunique et de 
larges pantalons verdâtres , ceinture tricolore, 
petit turban et chaussure verts. La hache en- 
trera dans leur armement , ainsi que tous les 
autres instrumens de défense et d'abordage en 
usage sur les navires de guerre. 

Citoyens de VAusonie. 

Tunique romaine , tombant à mi - jambe 
pour les hommes , et jusqu'aux talons pour les 
femmes, de couleur au goût et au caprice de 
chaque individu. La forme des vêtemens devra 
être égale pour tous, sauf les modifications 



tenire les sexes relatives à leurs usages respec* 
tifs , et conformes aux lois de la décence. Tur- 
ban à Pantique pour les hommes. La coiffure 
des femmes dépendra de leur fantaisie. Toutes 
les étoffes seront de laine, de coton ou de soie, 
et d'une valeur proportionnée à la fortune de 
chacun. La ceinture aux couleurs ausoniennes 
ne sera permise qu'aux autorités , à leurs agens 
et aux militaires ; mais la ceinture des citoyens 
et citoyennes de la république d'Ausonie , obli- 
gatoire pour tous , devra être de toute autre 
couleur sans mélange , même le jaune , le ver- 
dâtre et le céleste. 

Les citoyens de tous les états pourront ac- 
quérir le droit de porter des armes , si , n'étant 
point reconnus dangereux ou perturbateurs , 
les assemblées cantonales jugent qu'il n'y a 
point d'inconvénient à le leur conférer. 

Jusqu'à l'âge de l'adolescence , la jeunesse 
des deux sexes , sans distinction , portera la 
tunique longue jusqu'aux talons, de couleur 
vert pâle , et la chaussure en sandales à co- 
thurne, ainsi qu'un léger turban à htute forme 
cylindrique , à calotte blanche , entourage ver- 
dâtre , sans mélange de couleur. 

La ceinture de l'enfance sera blanche, à 
franges vert pâle , en sorte que le blanc et le 
vert tendre soient seuls employés pour elle > et 
qu'il n*existe qu'une même forme de vêtemens 



y 



(174) 
pour l'un et l'autre sexe jusqu'à Tëpoque de 
îadolescence ^ qui commence à quinze ans pour 
les garçons et à treize pour les filles. 

Ils prendront la robe virile, et pourront se 
marier en prenant le costume de leur sexe res- 
pectif, lorsqu'ils auront complété leur douzième 
ou quatorzième année, suivant leur sexe, mais 
seulement tous à la fois, le jour de la fête de 
l'adolescence , 22 du mois de verdure. 

Ce changement de vêtemens aura lieu dans 
une cérémonie publique, en présence du direc- 
teur des cultes et des magistrats, qui feront 
une exhortation à la jeunesse. 

Jusqu'à cette époque mémorable, les enfans 
seront élevés , soit dans leurs familles , soit dans 
des collèges ou lycées, établis, les sexes séparés, 
dans les arrondissemens de quatrième > troi- 
sième , second ou premier ordre. 

Ces établissemens seront dirigés, pour les 
jeunes garçons , par des recteurs , moitié sécu- 
liers et moitié religieux d'ordres consacrés à 
l'éducation ; et pour les jeunes filles , par des 
religieuseSidont l'instruction aura été reconnue 
sufjSsante. 

Les instituteurs et institutrices seront nom- 
més par les assemblées de canton, district, 
département et province, sur la présentation 
d'une triple liste faite par les supérieurs de leurs 
couveos, pour les religieux ; et pour les sécu- 



(175) 
lierSy par les officiers municipaux des com- 
munes y dont les listes auront dû être yisées p^r 
les juges de paix des cantpns. 

CALENDRIER CARBONICO. 
Division de Vannée carboniça en fours. 

L'année des carbonari commence le lo mars^ 
onze jours avant Téquinoxe du printemps. 

En voici le motif. 

Il est certain que le Tout-Puissant, de qui 
l'existence divine n'a jamais commencé et ne 
se terminera jamais , employa onze jours pour . 
préluder au débrouillement du chaos ; savoir : 

Premier jour , organisation de la pensée ; 

IP, organisation de la matière; 

m®, organisation du mouvement; 

IV ^'^ organisation de l'amour, ou Tattrac- 
tion ; 

V®, organisation de l'union des principes. 

Ensuite , ayant chargé les anges ou génies 
déjà existans sous ses ordres, de le seconder 
dans ses opératipns , TEternel créa le monde en 
six autres jours, qui complètent les onze jours 
employés aux préparatifs de l'existence du 
monde actuel , comme il est dit dans la Genèse. 

Le septième, jour de la création. Dieu se 
reposa, et admira son travail. Ge jour de fête 



( 176 ) 
fut, pour les êtres à qui il venait de donner la 
vie , le premier jour du premier printemps de 
Pan premier du monde , mais le douzième de 
son travail. 

Voilà donc la raison^ appuyée sur rÉcriture 
et sur les faits , qui a décidé les carbonari à 
faire choix, comme les antiques patriarches, 
du lo mars pour le premier de leur mois de 
verdure, et voulant ajouter à la création ses 
antécédens sans les unir à leur année solaire. 

Ce jour, lo mars, ou premier de verdure, 
est consacré , par la reconnaissance des êtres , 
à Dieu et à ses prêtres , et commence chaque 
nouvelle année. 

L'année est composée de 365 jours, confor- 
mément à l'usage européen, et les six heures 
environ subséquentes forment tous les quatre 
ans un 356® jour et une année bissextile. 

Chaque siècle, le dernier jour de la pre- 
mière année bissextile, est supprimé, à cause 
des fractions. 

Division de tannée en mois. 

L'année carbonica est divisée en onze mois ^ 
en mémoire des onze jours préparatoires qui 
furent employés par rÉternel à la création de 
l'univers : les neuf premiers ont trente trois 
jours chacun, les deux autres trente-quatre 



/ 



/ 



/ 



( ^11 ) 

joues, et, lors des années bissextiles, le der- 
nier mois de Tannée a trenle-cinq jours. ' 

Division de Vannée en saisons. 

1. Le printemps, de trois mois de trente-trois 
jours chacun, a 99 jours. 

2. L'été>,même nombre de mois et 

de jours, a 99 id. 

5. L'automne , idem , a gg id. 

4. L'hiver, de d«ix mois de trente- 
quatre jours chacun, a • .... 68 id. 

• 

Année commune. .,.»... 365 jours. 

Division de Vannée en semaines. 

La première de toutes lés années du monde 
a commencé un mercredi, et le premier prin- 
temps un dimanche. 

La semaine est de sept jours , dont \ts noms 
dérivent des sept planètes : lundi, mardi, 
mercredi, jeudi, vendredi, saiurdi, soldi ou 
dimanche. 

Noms des mois^ 

1®' Verdure, ] 

2® Croissance,! Printemps. 

3^ Fleurs. ) 

12 



( 178 ) 

4* Prairies, ] 

5® Moissons, > Été. 

6® Canicule. ) 

7® Fruits, ^ 
8® Vendanges, 
9® Semences. 

TO® Jeux ou Carnaval , 

ii« Dévotion ou Carême. Hiver. 



Auto/nne. 



Grandes fêtes de FjiusorUe. 

Il y en a trois, 

i'*' Fête-Dieu , le i®*" de verdure. (Ce jour 
est encore la fête des ecclésiastiques , moines 
et religieuses. ) 

2® Fête du peuple, le i®^ des jeux ou 
carnaval . 

3* Fête des magistrats , le i*^ de dévotion 
ou carême. (Sous ce titre de magistrats sont 
compris les membres des assemblées nationales 
souveraines, les rois et tous les élus du peuple 
ou de ses mandataires. ) 

Fête bissextile. 

4*^ Celte fête en l'honneur de Punivers a 
lieu tous les quatre ans , le 35* jour du mois 
de dévotion. 



( ^79 ) 
Féùes des Saisons. 

5* Du Printemps, 
le ... 17 du mois de croissance. 

6® De TEié, le. . 17 du mois des mois3ons , 

7® De r Automne, 
le 17 du mois des vendanges. 

8® De l'Hiver, le. 34. du mois des jeux. 

Féùes particulières. 

9® Des Naissances. 11 du mois de verdure. 

10® De PAdoles- 
cence a2 id. 

11® De la Jeu- 
nesse 11 du mois de croissance. ^ 

12^ Du Mariage . 22 id. 

i3® De la Pater- 
oité et Maternité • . 1 1 des fleurs. 

i4® De la Santé . 22 id. 

i5® De la Force . 11 des prairies. 

16® De la Probité. 22 id. 

17^ DeTHonneur n des moissons. 

18® Delà Vertu • 22 id. 

19* Du Courage • 11 de la canicule. 

20* De la Généro- 
sité • . •* 22 id. 



(i8o) 

21^ De la Magna- 
nimité 11 des fruits^ 

. 2 2* De la Frater- 
nité 22 id. 

25® De la Liberté ii des vendanges* 

24® De la Patrie . 22 id. 

25® Des Hommes 11 des semences. 

26® Des Femmes 22 id. 

27® De P Agricul- 
ture 11 des jeux.' 

28® De l'Indus- 
trie 22 id. 

29® De la Vieil- 
lesse. 11 de dévotion. 

3o® De la Cadu- 
cité 22 id. 

Explication des noms ♦ signes , paroles , at" 
touchemens « etc. , des carbonari au troi" 
sième grade de grand maiùre grand élu. 

La salle de réunion se nomme grotte. Ellcf 
doit être située dans les cavernes les plus obs- 
cures et les plus cachées d'une montagne ou 
autre lieu inconnu des profanes mortels. 

La grotte est triangulaire , tronquée de trois 
points. La pointe d'en haut où est le trône du 
grand maître grand élu vénérable se nomme 
orient. La ligne dite ordine (ordre, file), de 
la gauche ( à partir de Torient ) , se nomme 



( '8r ) 
midi. La ligne de la droite se nomme seplen- 
trion. La troisième ligne, fesant face à l'angle 
tronqué où se trouve le trône, se nomme occi^ 
dent. Au milieu de cette dernière est la portç 
dite trou de la grotte; elle est défendue par trois 
gardions qui portent le nom de flammes de feu. 

Le troisième grade se nomme grand maître 
grand élu. Les trois points qui se placent de 
cette manière *.• après les initiales G*.* M\- 
G.\ E'.* pou|^ indiquer le grade par abréviation, 
se nomment le triangle carbonnico. 

Le G. M. G. E. qui préside prend le titre de 
Vénérable. V/ G.' M-/ G*.' E-.- ou G-.- M*.* 
G-.- E-.- V-.' 

On appelle 

i^Éclaireur ou soleil ou premier assistant, 
celui que dans les loges maçonniques on nomme 
premier surveillant; 

2® Éclaireur ou lune ou deuxième assistant , 
deuxième surveillant ; 

3® L'orateur, ou étoile ou flamboyant. 

Les autres dignitaires de la vendita au troi- 
sième grade sont le secrétaire, le trésorier, 
les experts, l'aumônier, le maître des céré- 
monies. (Voir les fonctions de chacun de ces 
dignitaires à Texplication placée en téte^du 
premier grade ). 

Les servans se nomment esclaves. • 

Le signe d'appel se fait en étendant les deux 



( l82 )' . 

bras horizontalement en croix* La réponse se 
fait en appuyant les deux pmngs fermés pla- 
cés Pun au-dessus de l'autre contre la poitrine, 
les petits doigts tournés vers le cœur, le pouce 
et le premier doigt formant un double cercle 
ou bien un R , qui , en carbonara, est le pre- 
mier stigmate. 

Les signes imprimés sont de cinq sortes: 

Le R ou le signe mystérienx; 

LesT-/ L'.' S'.' ou signes horizontaux; 

Les A*.' L*/ V\' ou les signes perpendicu- 
laires ; 

Les O'.* C',- /^\' ou les signes communs; 

Les .'. ou le signe du cœur. 

Les trois premiers signes se placent sur le 
bras gauche , à trois pouces de Tépaule » et de 
cette manière : 

i:^ T L S 

Les sîjgnes communs se placent triangulai- 
rement sur le bras droit à la même distance 
de l'épaule , et ainsi : 

OC 

Les .-. se placent sur la mamellegauche* 
Le sens apparent desdits signes est celui-ci: 
Tf. Religion. 
T. Trinité. L. Lumière. S. Sagesse. 



( ^83 ) 

> Amitié. 
t^ Loi- 

?3 Fraternité. 

Le premier sens secret des mêmes ini- 
tiales est celui-ci : 

R. Roi. 

T. Tyrans. L. Licencié^. S. Secret. 

.^A , 

r" La , 

Jaj Força (fourche ou potence). 

Le second sens : 

R. Réunion. 

T. Travail. L. Liberté. S. Sûreté.. ' 

>A 

r La 

^ Force. 

Le troisième sens : 

R. République. 

T. Terre. L. Liberata (délivrée )• S. Sauvée. 

> Alliance. 
Ç^ Liberté. 
^ Félicité. 

La connaissance du sens des stigmates du 
bras droit et du cœur est réservée aux sept 
premiers chefs de Pordre. Us ne s'expliquent 
qu'entre eux seuls , bien que tous les grands 
maîtres grands élus soient tenus de porter ces 
signes mystérieux. La demeure des sept grands 



^ ( i84 ) 
S*\\ carbonari , qui possèdent quatre hauts; 
gracies intransmissibles au delà de leur nombre,, 
est inconnue aux vendite supérieures et subal- 
ternes; mais elles en sont invisiblement, cons- 
tamment et courageusement assistées^ et les 
sept sages carbonari sont partout et nulle part. 

Dans les vendite d'adoption^ les mêmes signes 
sont imprimés sur les dames novices ou pro- 
fesses de Tordre carbonicô, inadmissibles à Pini- 
tiation, si elles ne font préalablement partie 
d'un ordre monastique quelconque , ou tout au 
moins d'une confrérie religieuse. Elles portent 
de plus que les hommes , gravées sur le front 
et sous le bandeau, ces trois lettres, toujours 
de couleur rouge : Dio (Dieu,) Ces lettres re- 
çoivent ce sens : Divozione (dévotion), imùa- 
%ione (initiation), onestà (pudeur), 

Le premier attouchement de grand maître 
grand élu se fait en portant la main droite sur 
ie front du carbonaro que Ton rencontre,* et le 
poing gauche sur le cœur, pour démontrer où 
nous devons frapper ou percar les profanes qui 
se montrent ennemis. Le second attouchement, 
pour réponse, se fait en embrassant le boa 
cousin qui nous a fait Iç premier, et en appuyant 
ïes deux poings entre ses épaules , afin de dé- 
signer la place ou Ton doit lancer sa hachette 
contre les ennemis qui fuient après avoir a^" 
taqué. 



/ 
I 



( ^8S ) 

13 n brevet en parchemin était joint au vieux 
manuscrit qu'on m'avait prêté. Je vais le donner 
ici textuellement. 

Autour du parchemin sont dessinés et colo- 
riés dix-neuf signes allégoriques représentant 
divers attributs carbonici. Ensuite trois lignes , 
la première bleu céleste, la seconde rouge et 
la. troisième noire , servent à encadrer le texte 
du brevet. Un cachet en étoffe de soie offre dans 
son plein les trois mages jetant des lumièrçs 
par la bouche ; dans la partie supérieure , à 
gauche, un bout d'échelle, et à droite un soleil. 
Ce cachet porte en exergue : Apostolato. O. .. di 
Mola di Bari. {^Apostolat. Orient du Môle de 
Bari^ petite ville fortifiée sur le golfe Man- 
fredonie. ) 

Brevet. 
A. .. G* •• D. •• Gr« •. M. .. D. .. L. .. Ë« •* 
A tutte le RR. .. W. .. E. .. BB. .. CC. .. 

lo , sottoscritto , Arnoldo Damoride , barone 
di Villa-Buona, B. .. C. .. A. .. E. .. M. .. délia 
R. .. V. .. sotto il litolo distintivo : Tapostolato. 
all'O. .. di Mola diBari; G. .. M. .. G. .. E. .. 
délia R, ,. V. ,. sotto il titolo délia Resurrezione 
^antropica air Or, •. di^San Germano^ luogo 



( i86 ) 

dello Parco Moriello, regno di Napoli : cer- 
tifico che y istruito appieno dell'ottima morale 
e sentimenti liberali che ornano il signore Carlo 
Clémente conte Teodoro, nato in Napoli nell' 
anno 1685, che nellafranca-massonia possède 
anche degli alti gradi acquis ti nel tempo dei 
viaggi suoi in Francia, Tho iniziato colP. .. E. .. 
S. .. G. .. della Jl, .. N, .. S. ♦. di C. .. ricevendo 
in una caméra di onore il suo giuramento a 
norma dei statuti agli detti gradi di appren- 
dente e di maestro B. .. C. •. C. .., pregando 
tutti i BB. .. ce. .. delPU. .. di riconoscerlo 
per taie. 

. Il présente cerlificato , scritto e sottoscritto 
dei mio proprio pugno y e firmato anche in 
mia presenza dal dette Carlo Clémente conte 
Teodoro. 

Dato all*0. .. di Napoli, il i* giorno dei 2* 
mese delFanno 6707 D. .. V. .. L. .. 

ç^^ .. B. .. C. .• .Arnoldo .Da- 

• tq* moride, barone di Villa- 

P 5 Buona, colonelle^ G. ..M. .. 

^00 e fondatore della .. R. ..V. .. 

'I I c- all'Or. .. di San Germano , 

' c? ^ {Cachet.) luogodetto Parco Moriello, 

• ^^ sotto il titolo della Resur- 

• 3 2. rezione filantropicâ , mem- 
ê^l • bro della R. .. V. ., delP 
g ^ apostolato aU'O. .. di Mole 

dî Bari. 



^ '*' 



( 187 ) 
Je vais essayer d'en donner lia traduction. 

A la gloire du Grand Maître de runivei:s et 
du grand saint Tîbaldo , notre protecteur. 

A toutes lès respectables vendite et à tous 
les bons cousins , 

Salut ^ amitié. 

Moi , soussigné^ Arnanld Damoris , baron de 
Villabuona, bon cousin A, •• E. .. M. .. de la 
respectacle vendita sous le titre distinctif : 
L*apostolat^ à Torient du Môle de Bari ; grand 
maître grand élu de la respectable vendita sous 
le titre de là résurrection philantropique , à 
Torient dé Saint-Germain , lieu dit le Parc Mo- 
riello , royaume de Naples : certifie que , plei- 
nement instruit des excellentes moeurs et de^ 
sentimens libéraux qui ornent M. Gharles-Clé- 
ment comte Théodore, né à Naples €n i685, 
et qui possède dans la franc - maçonnerie des 
hauts grades acquis pendant ses voyages en 
France, je l'ai initié, avec P. .. E. .. S. .. G. .. 
de la respectable N- .. S. .. de C. .., après avoir 
reçu y dans une chambre d'honneur , son ser- 
ment , selon ce qui est réglé par les statuts , 
aux grades d'apprenti et de maître bon cousin 
carbonaro , priant tous les bons cousins de 
l'univers de le reconnaître pour tel. 



g g g respectable vendita k TO- 

(S c^r r j. ^Crient de Saint - Gerraaîa , 
^^^ Cûcyj^^^O lieu dit le Parc Moriello , 



( 188 ) 

Le présent certificat , écrit et signé de ma 
main, et signé aussi en ma présence par ledit 
Charles-Clément coiïite Théodore. 

Donné à l'orient de Naples , le premier jour 
du deuxième mois de l'année 6707 de la véri- 
table lumière. 

Signé , bon cousin Ar- 

P ÊP. naula Damoris , baron de 

^ P D . Villa Buona, colonel, grand 

^ rt s: maître et fondateur de la 

§B 

o 
o 

, c 

g- St^ sous le titre de la Résurrec- 

• ^ S tion philanthropique , mem- 

Ç c bre de la respectable ven- 

^ ^ dita de TApostolat à FOrient 

du Môle de Bari. 

Le manuscrit que je traduis était orné de 
sept dessins coloriés : je vais en donner l'ex- 
plication. 

Premier. Il représente Pentrée extérieure 
d'une grotte où les G. M. G, E. C. se retirent 
pour leurs .réunions. 

On voit dans le fond .une chaîne de mon- 
tagnes dont les cimes sont nues y et le bas cou- 
vert de bois et de broussailles. 

Une ouverture qu'on prendrait pour une 
fente naturelle, taillée dans le roc, au milieu 
des montagnes, semble être inabordable. Elle 



(189) 
est à demi cachée par des roaces et des arbustes^ 
L'auteur a voulu indiquer qu'on ne parvient à 
cette ouverture que par des détours connus 
seulement des grands maîtres grands élus. 

Sur le premier plan^ entre des arbres « 
partie abattus, partie sur pied, on voit trois 
apprentis revêtus de leur costume simple. Ils 
âont occupas à garnir un fourneau prêt à faire 
du charbon ; ils ont la pelle à la main. 

Dans Tun des détours qui conduisent à 
l'ouverture de la grotte , au second plan , et 
parmi les arbustes , un grand maître grand élu . 
est placé en observation. 

Un autre grand maître grand élu , à demi 
caché par les broussailles ^ est en faction h 
l'entrée de la grotte. 

Un feu brûle à droite , et paraît destiné à 
chauffer les travailleurs. 

L'horizon est sombre, et la pleine lune 
réclaire seule. Cette planète dMine les mon« 
tagnes. 

Deuxième. Il représente l'intérieur d'une 
vendita secrète, au moment du serment sacré 
de grand maître grand élu. 

( Voir pages . ) 

Troisième. C'est la carte géographique de 
l'Ausonie, divisée en ses cinq arrondissemens 
ou gouvernemens militaires , ses vingt et une 
provinces, ses districts et ses cantons. 



\ 



( ^90 ) 

Quatrième. Il repi:ésenie les pavillons na- 
tionaux triangulaires de TAusonie. 

Ils sont formés de trois triangles réunis : 
l'un bleu de ciel , l'autre vert d'herbe et le 
troisième couleur d'or. 

Celui de terre est indiqué, par une charrue, 
et celui de mer par une ancre. 

Cinquième. Iptérieur d'une grotte au mo- 
ment de la réception d'un grand maître grand 
élu. 

Des soldats étrangers, vêtus d'uniformes 
blancs , à la manière allemande > sont tombés 
sous les coups des grands maîtres grands élus y 
qu'ils paraissent avoir voulu surprendre. Ils 
tjlennent différentes postures qui marquent 
la douleur. ^ 

On voit derrière le trône et les lignes , où ils 
étaient censés se tenir cachés, la moitié du 
corps de;s grapds maîtres grands élus , et les^ 
fusils dont ilfr'lpnt armés. ^ 
(Voir pages .) 

Sixième. Costumes des carbonari , des ma- 
gistrats , militaires et citoyens de l'Ausonie. 

Rois de la terre , de la mer et du peuple , en 
grands costumes. 

Septième. ^c^2l\x de la république d^Ausonie. 

Il a la forme d'un triangle don t chaque pointe 
est couverte d'une couronne d'or sur autant de 
turbans verts à aigrette d'azur. Dans le milieu 



(19^ ) 
du triangle^ fond argent ^ est un faisceau de 
vingt et une branches, surmonté de trois haches 
s'enfonçant dans un roc, environné d'une vaste 
mer. Le pavillon maritime , à gauche , en or- 
nement , est soutenu par un dauphin debout, 
et celui de terre par un lévrier. L'exergue 
environnant le triangle porte ces mots : Répu- 
blique ausoniénne. Un œil de surveillance est 
placé dans le centre du nœud qui forme Je 
faisceau. 



é^/%/^/%/%/%^%f^ 



Mon intention n'était pas de donner plus 
d'étendue à cet ouvrage , qui se terminait ici ; 
mais plusieurs personnes m'ont fait observer 
que le public pourrait être satisfait d*y trouvei^ 
jointes deux des Lettres sur l^ Italie , publiées 
par la Bibliothèque historique (8* et 1 1® vol.), 
en ce qu'elles contiennent, la première-, des 
observations sur les carbonari , et la deuxième, 
des renseignemens sur l'association del con- 
sistorio. 

Ce motif m'a d^autant plus décidé, qu'après 
la lecture de ce livre on aurait pu croire que 
le royaume de Naples seul avait des carbo- 
nari, et qu'une de ces lettres prévient contre 
toute erreur de ce genre. Ensuite , que si Ton 
accuse les membres de cette isociété (dont je 
ne veux point , au surplus, me déclarer le dâ<* 



(^92) 
fenseur) d'avoir le dessein de soulever toute 

ritalie, pour l'appeler à un étal général de li^ 

berté, qu'il est tout naturel de leur part de 

désirer , ces lettres convaincront que souve- 

rains^ princes^ grands et peuples , tous forment 

les mêmes vœux et marchent vers le même 

but , pour un objet unique , raffranchissement 

du joug étranger. J'en appellerai à tous les gens 

sages : où sont les criminels ? 

CINQUIÈME LETTRE. 
Sur la situation morale et politique de F Italie* 

Romèy la juillet 1819. 

Dans ma lettre précédente, je vous ai an- 
noncé , Monsieur et cher ami , que je vous 
donnerais quelques détails curieux sur les so^ 
ciétés secrètes des carbonari. Sans un plus long 
préambule , je vais lâcher aujourdHiui de rem- 
plir ma promesse. 

Ces sociétés ont une origine française. Il en 
existe depuis long-temps dans les départemens 
de Test. Celles-ci professent des doctrines à peu 
près conformes à celles de la franc - maçon- 
nerie. Comme les loges maçonniques y elles sont 
restées étrangères aux événemens politiques 9 
ou du moins elles n'ont jamais tenté d'exercer 
sur eux une influence active. C'est aux char- 
bonniers français que les carbonari italiens ont 



emprunté le nom qu'ils portent , les signes par 
lesquels ils se reconnaissent , et les formes du 
rite qu'ils suivent. Quant au but qu'ils se pro- 
posent , il n'a rien de commun avec celui des 
sociétés françaises. Quel est ce but, et quels 
sont les moyens qu'ils emploient pour Tattein- 
dre? Je suis obligé de reprendre les choses d'un 
peu plus haut pour répondre à ces questions. 

Pendant la durée du moyen-âge , la division 
de ritalie en. un grand nombre d'états, en pa- 
ralysant ses forces, facilita le succès des entre- 
prises que formaient contre elle les peuples 
transalpins. Leur présence dans la péninsule 
fut la cause de tous ses malheurs. Aussi ses 
hommes d'état , ses guerriers , plusieurs de ses 
princes et quelques-uns de ses pontifes cher- 
chaient sans cesse les moyens d'échapper à leur 
funeste influence. Chasser les barbares , tel 
était le vœq secret ou Tobjet avoué des entre- 
prises de Julien de la Rovère, de François 
Sforza , de Léon X. C'était pour affranchir sa 
patrie de leur joug que Machiavel conseillait 
tous les crimes à son prince, convaincu que 
la sainteté de l'entreprise en légitimerait les 
.moyens. Changeant de route et jamais de but, 
les patriotes italiens combattaient alternati- 
vement sous les drapeaux d'Anjou et sous les 
bannières d'Aragon. On les voyait former, 
rompre , renouer leurs alliances au gré d'une 

i3 



( 19^) 
politique d'autant plus opiniâtre qu'elle sem« 
blaitêtre capricieuse; car jamais ils ne tenaient 
plus fortement à leur parti qu au moment où 
ils paraissaient en changer. 

Épuisée par ses efforts, Pitalie tomba tout 
entière aux pieds de Cbarles-Quint, Bercée par 
les arts , elle s'endormit pendant près de trois 
siècles d'un profond sommeil. Pendant cette 
longue époque y un petit nombre d*hommes 
éclairés se réunissaient en secret pour gémir 
ensemble sur les maux de la pairie, et former 
pour son bonheur des vœux inutiles. Ces réu- 
nions clandestines, qui ne trouvaient dans la 
nation aucun point d*appui^ étaient sans fprce 
et sans influence. 

La révolution vint leur en donuçr. Comme 
ces maladies violentes qui raninlent les forces 
d'un tempérament 'épuisé , elle fit sortir les 
Italiens de leur torpeur. C'est seulement depuis 
cette époque , après les campagnes d'Italie , qu'il 
devient facile de constater l'existence des car- 
bonari. Ceux qui prirent de l'influence parmi 
eux étaient en général les hommes les plus 
éclairés de l'Italie. Dépositaires des vertus et 
des opinions de leurs pères, ils savaient appré- 
cier ce que la France avait fait pour leur patrie, 
en y portant le bienfait de ses institutions; mais 
leur fierté s'indignait de tenir ces biens d'une 
main étrangère. Aussi les associations . qu'ils 



(195) 
dirigeaient ne tardèrent pas à devenir un objet 
d'ombrage pour les gouvernemens institués petr 
Napoléon. Dans le royaume de Naples/Mur^t 
fit fermer leurs venues , c'est ainsi qu^on* nomme 
lenrs lieux de réunion; C'était une démarche 
trèS'Êinsse^ dont il ne tarda pas à se repentir. 
Promptement désabusé sur les promesses que 
la cour de Vienne lui avaient faites/ lorsqu'en 
16 1 5 il voulut affranchir la haute Italie de la 
présence des Autrichiens, ri chercha, à obtenir 
l'aveu des carbonari. Il fit rouvrir leurs ventes 
dans ses états , et il appela leurs chefs à. sa cour, 
de même que , dans une occasion semblable y le 
iM»i de Prusse avait fait venir à son qupirtier- 
général de Breslau les meneurs de ^association 
du Vugendbundi\3moïi de la veriu.) En même 
temps le roi de Naples icssayair de se mettre 
en comKUinication avec lès carbonari du Mila- 
nass. Les ouvetîtures qu'il leur fît faire ne fure»t 
accueillies qu'avec* circonspection. Us se mé- 
fiaient de ce nouveau protecteur qui,. peadant 
plusieurs années , avait été Pennenu et lia persé- 
cuteur de leurs frères : ils craignaient d'être 
sacrifiés.auK intérêts d'une politiqute mobile et . 
pwsonnelle. Four :garaatie de* )a gkîoétri«é de 
iSa parole j ils lui dcninandaient de faîte aVamsér 
sesidroupes p»t* de$ laiiarches rapides ' pxsi^aux 
riviés du Pd. Malheureusement ce ptinci^pd^uli 
ooi»r^e si brUlant sur le <^mp îde'-li^iqiUe^^ 



(196) 

n'ayait aucune résolation dans le cabinet. Il 
pouvait suppléer «à rinfériorité de ses forcies 
par la rapidité de ses mouyemens : ses hésita- 
tions et ses t&tonnemens perdirent tout. 

Après un exil de près de dix ans^ Ferdi- 
nand IV rentra dans la capitale des Deux- 
Siciles. Bientôt la cour de Vienne resserra par 
de nouveaux liens de famille ceux qu'elle avait 
formés antérieurement avec les Bourbons na- 
politains ; et la main de Pétranger pesa plus lour- 
dement que jamais sur la malheureuse Italie. 
L'accroissement du mal rendit plus impérieux 
le besoin de s'en affranchir. Les carbonari se 
multiplièrent avec une rapidité qui tient da 
prodige. Vous traiteriez mes assertions de ùir 
buleuses , si je vous disais quel est leur fiombre 
aujourd'hui. Quant à leur but , ce que je vous 
ai déjà dit , et le titre d'unitaires italiens qu'on 
leur donne quelquefois , suffiront probablement 
pour vous Tindiquer. • 

Les carbonari ont trois différens grades. On 
se garde bien de faire connaître à ceux qu'on 
initie au premier le but de Tentreprise : c'est 
à eux à le pressentir. Dans le second , on com- 
mence à rindîquer ; dans le troisième^ on écarte 
tous les voiles qui le cachentr^Vi^s sentez de 
combien de précautions la pradence ultramon- 
taine a environné les confidences qu'on fait au 
néophjte admis au dernier g^de. On exige de 



{ 



( '97 ) 
lui une promesse écrite et signée^ dans laquelle 
il s*engage par serment à contribuer de tous 
ses moyens au succès de Tassociation. Le but 
qu'elle se propose est clairement expliqué dans 
cette pièce qui reste déposée aux archives com- 
munes y comme une garantie de la discrétion de 
celui qui Pa souscrite. Chaque loge est présidée 
par un de ses membres qui prend le titre de 
chef de venue; et comme l'institution est or- 
ganisée de manière que ceux qui en font partie 
ne connaissent que leurs supérieurs inmiédiats 
et ne peuvent remonter au delà^ les maîtres 
de vente sont les. seuls qui correspondent avec 
le conseil central , autorité suprême et cachée ; 
espèce de providence qui veille dans l'ombre 
sur les destinées de Pitalie; dont l'existence 
n'est pas douteuse y qu'on cherche partout et 
qu'on ne trouve nulle part. De quels élémens 
se compose ce conseil ? Est-ce à Naples^ à Rome, 
à Bologne y à Ancône^ à Milan qu'il s'assemble ? 
Si je le sais y je dois le taire ; et ce n'est pas sans 
doute dans une lettre destinée à devenir pu- 
blique que vous comptez Pappreadre. 

N'allez pas , mon cher ami , dédaigner mon 
institution toute bizarre qu'elle vous parait. Je 
conçois qu'en France elle serait sans force ; 
elle a peu d'analogie avec la vivacité et la fran- 
chise de votre caractère national pour j réussir. 
Mais elle est merveilleusement adaptée au génie 



d'un peuple doiit les passions sont à la fois Tio- 
lentes éi contenues; qui observe sa prtiie, qui 
}a suiti ei qui se garde bien de ptéeipiter son 
attaque dans la crainte d*en compromettre le 
succès. Je voudrais pouvoir en expliquer le Mé- 
canisme > vous en détailler le ressort , et vous 
en montrer le jeu. Vous sentez les raisons qoi 
m'en empêchent : encore une fois, je ne dois 
dire ici que ce que tout le monde sait en Italie. 
Ce n'est pas seulement à accroître leur 
nombre que les carbonati s'appliquent ; ils 
cherchent aussi par tous les moyens, possible 
à augmebter leur influence. Loih de s'éloigner 
des emplois publics , ils mettent au contraire 
tout en oeuvre pour les obtenir ; et quaiwi Pun 
d'eta: sbllicife une placé quelconque , les autres 
sont tetius de le seconder de tout leur ponVoir. 
Ourdit qu'ils se méfiaient des intelligences jusque 
dans là police chargée dé les surveiller. Aussi 
dèukîqjue Rome fait persécuter eu ce momeot^ 
pourraient dire à leurs bourreaux , comnle les 
•eht^tiens des premiers siècles : ic Vous voitles 
nous détruire , et nous peuplons vos cites et vos 
campagnes; nous commandons vos armées et 
nous siégeons dans vos conseils. % Tantôt ils 
seservent du pouvoir que leur donnent les places 
qu'ils occupent^ pour faire ou proi^oquer le bien; 
et tantôt, par une politique plus profonde, qoi 
rappelle celle de leurs àticétîiôs, ils poussent 



(^99) 
]eur$ goayernemens respectifs au mal , ou du 
moins ils ne les empêchent pas de le faire. Der- 
nièrement je me trouvais avec l'un d'eux auquel 
un prince de la haute Italie a confié des fonc- 
tions très-élevées. Dans le cours de la conver- 
sation , nous parlâmes à\x ty'phus qui en 1817 
décimait la population de la péninsule , et je lui 
dis que je ne pouvais pas m'expliquer comment 
un homme aussi éclairé que lui n'avait pas fait 
prendre quelques mesures sanitaires qui en au- 
raient promptement arrçté lés ravages. « le 
m'en suis bien gardé > répondit -il : les dernières 
classes du peuple sont encore en Utfe plongées 
dans la plus honteuse ignorance , €^^tle igno- 
rance leur fait aimer l'inepte despotisme au* 
quel elles sont soumises. Le typhus de 1817 
était une leçon que la Providence leur donnait. 
G^était à elle à marquer ses victimes et à en 
déterminer le nombre. Il faut que dans quel - 
ques-uns des états de la péninsule^ l'idée des 
maux qu'ils souffrent se confonde dans Tima- 
gination du peuple avec Pidée de ceux qui le 
régissent. C'est \t moyen le plus sûr de les lui 
faire haïr.» 

C'était probablement par une comlMuaison 
de la même nature que l'autorité locale fit haos* 
ser le prix du pain ^ lorsque le roi de Sardaigne 
vint visiter sa nouvelle acquisition de Gènes* 
Dans aucune autre ville de l'Italie les carbcmari 



( 200 ) 

ne sont en plus grand nombre , ou plutôt on 
dirait que la population tout entière est initiée 
à leurs secrets. La hained'une domination étran- 
gère est une affection commune à tous : le 
peuple y les grands , le bourgeois , le patricien, 
chacun la partage. U'y a dans le caractère et 
dans les mœurs des habitans de Gènes je ne 
sais quelle àpreté républicaine qu'assurément 
je ne m'attendais guère à trouver dans la molle 
Italie. Vous avez su qu'à son premier voyage , la 
présence du roi n'y fut célébrée par aucune 
solennité; mais, en revanche , les magistrats 
municipau^i^qui t'accompagnaient lorsqu'il se 
promenait Sins la ville , avaient grand soin de 
lui indiquer remplacement de toutes les fêtes 
qu'on avait données à Napoléon en 1 8o5. « Ici , 
disaient-ils à S. M. Sarde, on avait élevé un 
magnifique arc de triomphe ; des milliers de 
lampions couvraient le portail de cette église; 
dans ce bassin , un jardin , oii étaient réunis les 
arbustes les plus préci.eux, flottait sur les ondes.» 
Ce fut dans une de ces promenades que le roi 
rencontra sur sa route un noble génois qui passa 
fièrement à ses côtés sans découvrir sa tête. 
Le gouverneur de Gènes indigné se détacha du 
cortège /et lui dit^ en poussant son chapeau 
avec la main : Monsieur^ vous ne reconnaissez 
donc pas le roi ? « Ramasse ce chapeau , s'écria 
le patricien , en s'adressant à un valet de pied 



( 201 ) 

qui raccompagnait , et ya le jeter dans la mer, 
il a été souillé par la main d^un esclave. t> Les 
Fieschi, les Frégose, les Adorne, n'auraient 
pas dit autrement. Cependant le peuple qui s'as- 
semblait autour du patricien paraissait disposé 
à venger son injure; et le roi fut obligé avec 
€on cortège de s'éloigner à grands pas. 

C'est par cette fière attitude que Gênes se fait 
respecter des maîtres que le congrès de Vienne 
lui a donnés. En se montrant indociles au joug, 
ses citoyens empêchent qu'on ne l'appesantisse. 
Quinze mille soldats piémontais , toujours en 
garnison dans cette ville, ne rassurent pas en* 
tièrement la cour de Turin : elle voudrait y 
rendre son gouvernement populaire , et , pour 
y parvenir , toutes les fois qu'il s'élève des al- 
tercations entre la garnison et les habitans, elle 
donne toujours raison à ceux-ci. Sur les côtes 
de l'autre mer qui baigne l'Italie , Venise n'ho- 
nore pas moins son malheur par la dignité avec 
laquelle elle le supporte. Venise est aussi une 
des villes où les carbonari se trouvent en plus 
grand nombre. 

Cette association n*a pas seulement éveillé les 
sollicitudes des gouvernemens italiens ; les gou- 
vememens étrangers s'en occupent également. 
Le v6tre porte sur les carbonari une attention 
inquiète : ses ambassadeurs , ses chargés d'af- 
faires et ses consuls ont reçu ordre d'épier leurs 



^■• 



C 2^^ ) 

démarches. Une puissance bien plus éloignée a 
montré le désir d'entrer en communication avec 
eux. Je sais de bonne part qu'un Russe^ qui jouit 
dans son pays d'une grande influence , a fait plu- 
sieurs tentatives à cet égard. Remarquez ce fait, 
tout isolé qu'il paraît , il ne doit pas être né- 
gligé. Aveo un peu d'attention , vous verrez 
comment il se rattache à ce que je vous ai dit 
dans ma lettre précédente. 

Il est impossible qu'en Italie les affections 
religieuses restent entièrement étrangères à 
une institution telle que la carbonara. Ailleurs 
l'incrédulité s*est quelquefois associée à l'amour 
de la liberté et à la haine de l'oppressioti. Les 
carbonari, au contraire, montrent une foi sin- 
cère dans la religion de Jésus, mais dans la re^ 
ligion de Jésus telle qu'elle se trouve dans 
rÉvangile , et dégagée- de tous les élémens 
étrangers que les théologiens y ont introduits 
pendant dîr-huit siècles. Ce Sont donc à la fois 
des réformateurs politiques et religieux. On 
compte cependant parmi eux un grand nombre 
de membres du clergé inférieur. Vous en séries 
peu surpris , si vous connaissiez quelle est la 
misérable condition des prêtres qui ne sont pas 
parvenus aux honneurs de Pépiscopat , ou du 
moins de la prélature; ils vivent aatou'f des 
nombres du haut clergé dans un état tout voisin 
de celui de la domesticité» Les carbon$iri ont 



( 203 ) 

aussi daus leUr sein des évêques et des prélats, 
mais en petit nombre. En général , ils recrutent 
dans tous les rangs de la so(^iété^ datis le peuple 
comme dans la noblesse. Ici ces deux ordres ne 
sont pas divisés comme dans le reste de rEu- 
rope par des intérêts opposés. Lia noblesse, 
investie autrefois de grandes prérogatives po- 
litiques , entretient des ressentimens profonde 
contre ceux qui Pen ont successivement dé- 
pouillée, pour la courber sous le niveau du des- 
potisme. Plus sa situation ancienne était bril- 
lante, plus sa situation actuelle rhumilié. C'est 
dans cette classe que se trouvent les cai^ofiâri 
les plus ardens; ceuji: qui attendent avec le plus 
d'impatience le moment où les jipennins ^erorÉt 
purgés de laprésenûe dès loups asndès qui lèè 
infestent; je me sers ici d'une de leurs expres- 
sions allégoriques. Cependant , il faut Tàvouer^ 
Tardeur du prosélytisme a fait faire plusieurs 
fausses démarches à ces sectaires. Ils ont trop 
indistinctement admis parmi eux ceiîx qui se 
présentaient. Leurs chefs n'ont pas tardé à 6*en 
repentir; bientôt l'impossibilité de soumettre 
à une direction uniforme des élémens si nom* 
breux et si divers s'est fait apercevoir, et Pou 
a senti la nécessité d'épurer rasssaciatioû , en 
rejetant de son sein tous ceux dont le zèle ou 
la discrétion paraissait équivoque. C*e$t à la fin 
de 18 13 que s'est opérée cette réforme. Ceux 



( 204 ) 

qui sy sont trouvés compris ont formé une 
association nouvelle sous le nom de caldérari 
(chaudronniers), et ils sont devenus les auxi- 
liaires des gouvernemens qui persécutent ceux 
qui étaient autrefois leurs frères. Les carbonari 
et les caldérari , malgré la communauté de leur 
origine , se haïssent aujourd'hui comme on se 
hait en Italie. 

Cependant, tandis que dans la péninsule des 
moyens de résistance contre l'oppression se 
créent ou s'étendent , la cour de Vienne pour- 
suit l'exécution des plans qu'elle a formés pour 
compléter son asservissement. Les scrupules re- 
ligieux de Pempereur ne lui ont pas permis de 
s'emparer du domaine de saint Pierre ; mais le 
cabinet autrichien espère arriver au but qu'il 
veut atteindre par des moyens difiFérens. Un 
archiduc vient ^ comme vous savez , d'être 
nomiïié cardinal, Ce prince, encore très-jeune , 
est destiné à monter sur le trône pontifical à 
la mort du pape actuel, ou du moins après 
celle du vieillard qu'on lui donnera pour suc- 
cesseur. De celte manière , l'Autriche aura dans 
sa dépendance l'Italie presque entière. En eflFet, 
les Bourbons napolitains, par leurs nombreuses 
alliances avec la maison de Lorraine, en sont 
pour ainsi dire devenus une des branches. C'est 
un prince autrichien qui règne en Toscane. 
L'archiduchesse Marie-Louise- n'est souveraine 



( 2o5 ) 

que de nom à Parme et à Plaisance. Cette prin- 
cesse est à peu près prisonnière clans son palais. 
Les sentinelles étrangères qui en gardent les 
approches, ont surtout grand stfin d'en éloi- 
gner les Français. Enfin la cour de Vienne 
régit directement l'ancien territoire de la ré- 
publique Cisalpine 9 et celui de la république 
de Venise. La cour de Turin, façonnée au joug 
de TAngleterre pendant son long séjour à Ca- 
gliari, est la seule puissance qui résiste au frein 
auquel TAu triche voudrait la soumettre. Le roi 
de Sardaigne a constamment refusé de se rendre 
aux divers rendez-vous que Tempereur lui a 
donnés en Italie. 

Vous me demanderez peut être, mon cher 
ami , à quelle source je vais puiser ce que je 
vous dis aujourd'hui des desseins de l'Autriche, 
et ce que je vous en ai dit précédemment. Cette 
source est très-sûre, et pour ainsi dire officielle. 
L'Italie est dans ce moment encombrée de di- 
plomates allemands. Quel que soit le flegme de 
leur nation, et la réserve de leur état, l'en- 
traînement de la conversation leur fait faire 
souvent de demi-aveux. Je les recueille et je 
vous les transmets. C'est à votre sagacité à sup- 
pléer à ce que je ne puis vous apprendre. 



( 206 ) 

VI* LETTRE D'ITALIE. 

DE I.'iksoai^TIOB' DV COUrSISTOSIO. 

Aoioe» 97 octobre 1819. 

L'Italie ress^mlile^ à certains égards, à Tau- 
cieune Egypte, mon cher ami, Quajid on 
n'examine q^ie sa surface , on ne la connaît 
qu'à moHié : il faut , 3i je puig nj'exprimer 
ainsi y pénétrer sous le sol , pour la qonnaitre 
e^Ltièrement. Aps^i^ tandis qu'après tantd'aur 
très, la plupart de mes compatriote promènent 
une curiosité stérile au milieu des n^onumens 
<jue J^antiquité et le moyen âge y ont;élevés, 
j^ donne à mm recherches une direction dif- 
férente. J'ai peu de goût pour les Jouissances 
* habituelles des Italiens , et j'y prends peu de 
part. J'évite surtout leurs insipides eanuerr « 
iaijonre. Plus empressé de vpir ce qu'ils cachent 
que ce qu'il? montrept, ce ne sppt pa/s leuïis 
réunions avouées, mais leurs as^pciations mys- 
térieuses que je désire connaître. J'espère tou- 
jours y retrouver quelques étiujçeUes ide ce feu 
qui animait anteefois léups pères, Mais je n'a- 
vance qu'avec mesure et pas à pas dans mes in- 
vestigations. Trop d'empressement alarmerait 
la défiance ultramontaine : elle saurait facile- 



( 207 ) 

ment s'environner, de voiles impénétrables^ et 
bientôt jq ne pourrais plus satisfaire ni ma cu- 
riosité ni la vôtre. ^ » 

Vous me mandez que mes lettres précédentes, 
et plus particulièrement celle qui est relative 
aux carbonari (i), ont été lues en France, 
avec intérêt. C'est encore une association du 
même genre que la carbonara dont je vais 
vous entretenir aujourd'hui. Toutefois , que les 
cours se rassurent. Ce ne sont pas de turbulens 
démagogues qui en ont tracé le plan et con<- 
certé les moyens. Si cette espèce de ligue est 
dirigée contre un souverain , cependant elle a, 
dit-on, des rois pour chefs et pour .complices. 

L'association dont je veux ;vous parler ^t 
celle du cousis torio ( consistoire. ) Probable- 
ment son existence n'est pas encore connue en 
France. Elle Test peu, même en ItaUe, car on 
sait merveilleusement y garder ce qui fait la 
force des associations de ce genre , le secret. Le 
petit nombre de personnes qui en parlent dé- 
signent comme ses cbe& le pape, le roi des 
Deux-Siciles , le roi de Sardaigne et le due de 
Modène. Vous voyez qu'à l'exception de la 
branche d'Est, qui a , par les femmes , une /ori- 



■^^" 



(i) Voyez Bibliothèque historique ( sixième cahier du 
huitième Tolume ). 



( 208 ) 

gine italienne , les princes autrichiens qui ré- 
gnent dans la Péninsule en sont exclus; et 
celte circonstance doit suffire pour vous en 
indiquer le but. 

C'est en effet contre la maison d'Autriche que 
cette ligue est formée. Quoique le rétablisse- 
ment des gouvernemeus actuels de l'Italie date 
de la même époque que celui du gouvernement 
de Tempereur dans le Milanais et le territoire 
de Venise, on assure que les souverains que 
je viçns de vous nommer n'en ont pas moins 
conçu une haine violente et active contre l'Au- 
triche , résultat des vues ambitieuses qu'ils loi 
supposent. Cette haine s'est encore accrue de- 
puis qu'un archiduc a été élevé à la dignité 
de cardinal. On en conclut avec raison, selon 
toute apparence, que c'est un moyen que la 
cour de yienne emploie pour faire gouverner 
Rome , après la mort du pape actuel , par un 
prince autrichien. 

Aujourd'hui l'inimitié des cours d'Italie 
contre celle de Vienne paraît au moins égale à 
celle des italiens eux-mêmes. C'est beaucoup 
dire assurément; car l'antipathie de ceuxrci 
contre les Allemands est devenue plus violente 
encore depuis le dernier voyage de l'empereur. 
Des circonstances, en apparence indifférentes, 
y ont prodigieusement contribué Par exemple, 
lorsque ce prince passa à Ferrare, on lui pré- 



( 209 ) 

smiUt le maaQscrit auiogii^pfa^ du poêiue de 
l'4-rioste ^ et il le jeta par terre , en s'écriaat ; 
Comment ôse-t^on me montrer cet ama$ 
^obscénités qui n' aurment jamois du voir h 
fQur? C'était cruellemetit offenser la fierté 
d^ua peuple qui cherche à se coaspler de touç 
«es malheurs par les arts et par le$ produç^ 
tions .de sa belle littérature. Avant ce voy^age, 
Pépithëte de Tedesco (aUemand) ét^it déjà 
rmjura la plus grave qu'on put adresser à uu 
Indien. Je puis vous en donner une preuve qui 
m'est personnelle : dernièrement, dans un nao- 
n^ept de mauvaise humeur, j'appelais de cftlXt 
manière un homme qui était à mc^ service. 
Monsieur^ me dit-il, vous pouvez me ren^ 
voyer si vous êtes mécontent ; mais vouf na * 
ye^ pas le droit de mf appeler Tedesco. Vai- 
ne^nent je cherchai à l'apaiser par des espèces 
de réparations » il demanda ses gages , et il 
partit. L'acceptioa injurieuse attachée à cette 
épithète contraste singulièrement avec Pac* 
cent mélancolique que prennent les Ijtalien^ 
en prononçant ces Qiots : Au temps des Fran-- 
çais ! Ces paroles significatives sont au jour* 
d'huj celles ^ui se Fepi*oduisent peut-être le 
plus souvent dans leurs conversations. 

Je reviens au consistoire : ses membres (Hit 
pour se reconnaître des mots et des si^oes 
particuliers 9 de plus, ojqi domaie it chacun des 

i4 



( 210 ) 

initiés une médaille frappée à Cette médaillé 

représente une, vierge portée sur un groupe 
d'anges; d'une main elle tient un faisceau de 
palmes qu*elle leur tend^ et de l'autre un 
glaive dont elle' vient de frapper un esprit de 
ténèbres. L'allégorie est facile à saisir. L'Italie 
est désignée par la vierge , les consistoriali par 
les anges, et T Autriche par l'esprit de ténèbres. 
Il était impossible , comme vous voyez , de mieux 
caractériser le gouvernement qui a provoqué 
les dernières résolutions de la diète de Franc- 
fort. 

Le mystère dont les consistoriaux s'envi- 
ronnent , les moyens qu'ils emploient pour^ se 
reconnaître entre eux et pour se cacher aux 
autres , et même le but de leur entreprise, leur 
donnent évidemment beaucoup de points de 
rapport avec les carbonari. Sans doute les chefs 
du consistoire chercheront à se servir de ceux-ci , 
lorsqu'ils, jugeront 'que le moment d'agir est 
arrivé. Il faut espérer qu'après la victoire la 
prudence italienne n'abandonnera pas les car- 
bonari , et qu'avertis par le sort des membres 
du Tugendbund (union de la vertu), en 
Prusse, lorsqu'ils auront assuré l'indépen- 
dance de leurs princes , ils se garderont bien de 
désarmer avant d'en avoir obtenu leur li- 
berté. 

Tandis que les carbonari fondent en partie 



1 
(> 



(211) 

leurs chances de succès sur la coopération 
qu'ils pensent obtenir un jour de la part des 
peuples de T Allemagne, les chefs du consis- 
toire comptent beaucoup sur les ressentimens 
de pluvsieurs princes de la confédération ger- 
manique. Ils espèrent trouver en eux d*utiles 
auxiliaires ; et en effet y en Allemagne comme 
en Italie » les peuples et les princes de second 
et de troisième ordre , également opprimés, 
sont également mécontens. Mais , à l'exemple 
du roi dé Wurtemberg et de quelques autres 
souyerains ^ c'est principalement dans la Russie 
que les consistoriaux placent leur espoir. Ils ne 
peuvent se persuader que Témpereur Alexandre 
retienne sous le drapeau huit à neuf cent mille 
de ses sujets, sans autre but que de leur faire 
faire l'exercice. Il y a d'ailleurs dans son gou- 
vernement je ne sais quel mouvement, qui 
tient plus, il est vrai, de Tagitatiôn que de 
l'activité, mais qui, précisément par ce qu'il y 
a de vague et d'indéterminé dans son but, 
encourage toutes les espérances. Il faut ajouter 
aussi que celles des consistoriaux sont soi- 
gneusement entretenues par les Russes accré- 
dités ou non qui parcourent l'Italie. 
s Comme les coalitions manquent presque 
toujours leur but par la rivalité des ambitions 
des confédérés , on a voulu prévenir ce danger 
en déterminant d'avance la part de chacun. 



( 2fï2^) 

Vôîd, â^sBte-t-on, de quelle manière la dé^ 
pouille de l'Auti^iche sei*Éiit dWisée entre ceux 
qa'oti considère comme les chefs de la ligue. 
Le pape recevrait la Polésine de Rovîgo et une 
gi'ande partie de la Toscane; car tous les princes 
âuiricliieiis, sauf réxceptioti indiquée plus haut, 
devraient disparaître de Tïtalie. Le royaome de 
Naples s'agrandirait d'une portion de l'état 
romain et de l'île d'Elbe. Le doc de Modène 
aurait Parme et Plaisance , le pays vénitien et 
une portion de là Lombardîe, avec It titre de 
4*ôi. Tout le reste de la Lomhardie^ le Tyrol 
italien. Massa -Cartarâ et Lacques seraient 
donnés à la coar dé Turin, heé princes de 
Lucques, et(*. seraient indemnisés par le con- 
sistoire dans ce qui resterait indivis de la Tos- 
cane ou ailleurs* Enfin, pour inléresset* l'am- 
bition de la Russie, comme elle manifeste 
depuis quelque temps le désir de devenir une 
puissance maritime, et d'obtenir un poft danà 
la Méditerranée, ofl lui offrirait Ancdne, Ci-* 
fîita-Vecchia ou Gênes* 

Il est curieux , sans doute , de trouver TI-* 
tâflie, après plus de quatre siècles ^ dans une 
situation qui a tant d'analogie avec celle de 
l'époque oîi les Guelfes et les Gibelins s'en 
disputaient Perapire. Alors, comme aujour^ 
d'hui , c'était dans le nord de l'Europe que le 
parti opprimé allait chercher des vengeurs. 



( 2i3 ) 

Ja$qti*à présent les consîstoriaux ne se sont 
guère recrutés que dans les gens de eour, les 
hommes en place et le haut clergé. Quel que 
ëoit leur petit nombre , ils sont loin cependant 
tféire à dédaigner, non-seulement à cause des 
appuis qu'ils pouri:aient trouver au dehors, 
mais aussi à cause des forces réelles dont ils 
disposeraient au besoin dans la péninsule. Nous 
avons déjà vu que celles des Deux Siciles , du 
roi de Sardaîgne , de Modène , et de l'état de 
rÉglise , seraient entièrement sous leur main. 
Ëtisemble elles se montent à peu près à deux 
ttnl mille hommes ; savoir : les Deux-Siciles , 
quatre-vingt mille hommes; la Sardaîgne, à 
peu près autant; Tétat de l'Église, quinze mille 
hommes, et Modène, de huit à dix mille 
hommes. Aujourd'hui ces divers gouvernemens 
sont beaucoup plus disposés à augmenter leur 
état militaire, tout considérable qu'il paraît, 
qa*à le réduire. D'ailleurs , ainsi que nous Pa- 
vons fait observer plus haut , tant que le con- 
sistoire ne manifesterait pas d'autre intention 
que celle de rejeter les Autrichiens au delà 
des Alpes , il aurait nécessairement pour auxi'- 
iiaires tous les carbonari. 

Cependant l'Autriche sent confusément les 
dangers qui la menacent. Elle n'ignore pas 
avec quelle impatience on supporte le lourd 
sceptre xqu'elle fait peser à la fois sur l'Aile- 



( 2l4 ) 

magnë et sur l'Italie. Elle entrevoit sans doate 
l'espèce de lig^e qui tend à se former dans 
ces deux pays entre les populations et les 
puissances secondaires. Comme au fond rien 
ne peut lui être plus utile que la conservation 
du statu quo en Europe ^ elle est disposée à 
tout faire pour le maintenir. Aussi elle s'ap- 
plique à décourager toutes les espérances de 
changemens , afin d'en ôter le désir. C'est dans 
ce but , suivant toute apparence , qu'elle re- 
nonce volontairement au moyen que pouvait 
lui fournir le jeune duc de Reichstadt (le :&Is 
de Napoléon) de tenir long-temps encore la 
cour de France dans une situation dépendante 
par les craintes qu'elle pouvait lui donner. Elle 
va, dit-on, le faire entrer dans les ordres; de 
même que, dans le dixième siècle, on tonsu- 
rait les princes carlovingiens que l'on voulait 
exclure du trône. . 

C'est principalement à la cour de Naples 
que l'on attribue la créaflon de la société des 
consistoriaux. Avant de terminer cette lettre, 
je veux vous dire un mot du ministre des 
finances de cette cour, qui, parle créJitdont 
il jouit près du roi, exerce de fait l'autorité 
d'un premier ministre. Il porte un des noms les 
plus illustres de l'ancienne Italie. II s'appelle 
Médicis , et il appartient en effet à une des 
branches de cette famille que la reconnais- 



( 21Ô ) 

sancedes lettres a environnée de tant de gloire. 
Il voudrait, dit-on, faire pour la partie méri- 
dionale de la péninsule ce que ses ancêtres 
ont fait autrefois dans la Haute-Italie. Comme 
tous les hommes sensibles à la gloire , il Test 
également au blâme. Il a ressenti avec une sus- 
ceptibilité qui l'honore quelques reproches 
que j*adressais au gouvernement napolitain 
dans une de mes lettres précédentes. Il y a ré- 
pondu dans le Moniteur des Deux Siciles ^ 
mais la décence de sa réponse contraste avec 
la grossièreté de vos pamphlets ministériels. 
Tandis que votre gouvernement effrayait l'Eu- 
rope par ses violences après la seconde restau- 
ration, celui de Naplps, qui se trouvait dans 
une situation à peu près semblable, étonnait 
lltalle par sa modération. Cette modération 
était due ,aux conseils de M. de Médicîs. Il 
aurait pu grossir l'épargne du roi par de nom- 
breuses et riches confiscations : il calcula que 
les sources de l'argent que les princes se pro- 
curent par ces dangereux expédiens sont bien- 
tôt taries ; et , au lieu d'exciter des craintes , il 
s^appliqua à faire renaître la confiance. Il y 
réussit promptenaent par Tensemble de ses 
mesures politiques, et par Tart de ses opéra- 
tions financières. Depuis quelque temps il 
cherche à mettre successivement à exécution 
toutes les théories d^Adam Smith. Les expé* 



( 9l6 ) 

riences qu'il a Élites à cet égard ont dém4>Qtré 
que celles de ces théories qui paraissaient le 
plus hasardées sout toutes d'une utilité pra* 
tique. En moins d'un an , les rentes de Naples 
se sont élevées de 5o à 7^; et , à la honte de 
ceux qui dirigent vos affaires , elles priment 
celles de France sur votre propre marché i 
puisque je vois , par vos journauTc ^ qu'elles ^f 
négocieAt à 72. 



FIN. 



eÉ |L'niFJlXM£ïliP P£ HXGirOf ]K« 



TABLE 



DES MATIÈRES. 



Brevet de Carbonari coloné. En regard du titre. 
Avis de l'Editeur. p^g^ * 
Introduction. i 
Ordonnance rendue par le gouvernement de 
Venise, le 29 août 1820, contre les Carbo- 
nari. 3^ 
Décret du roi de Naples, du 10 avril 1821, qui 
prononce la peine de mort contre quiconque 
se fera inscrire dans la société des Carbonari. 33 
Projet de décret présenté au ministère anglais 
par les Carbonari. 36 

Constitution des Carbonari. 4^ 

Grand maître. Ses fonctions. 16. 

Assistans. Leurs fonctions. ib. 

Maître des cérémonies. Ses fonctions. 4^ 

Orateur. id, ib^ 

Secrétaire. id. 43 

Trésorier. id. ib. 

Gardien. id. 44 

Aumônier. id. ib. 

Règlement de la vendita. ib^ 

Introduction pour les récipiendaires. 47 

Premier grade. Grade d'apprenti. ifi 

Ouverture de la vendita au grade d'apprenti. ïb. 



iv T:àBLB BB» MATlÀ&Bâ. 

Introduction du néophyte. 5f 

Obligation du candidat. ib. 

Catéchisme d'apprenti. 52 

Figure d'un échantillon de bois. 6ï 

Second grade de bon cousin. Grade de maître. 62 

Instructions données par le grand maître. ïb. 
Cérémonie pour la réception d'un bon cousin au 

grade de maître. 80 

Travail de table. 87 

Clôture de la vendita de table. 90 

Paroles de l'ordre. ib. 

Signes d'apprentis. gi 

Signes de maîtres. ' il» 

Mains à l'ordre. ib. 

Attouchement d'apprenti. 92' 

Attouchement de maître. (b. 

Costumes. /*. 

Grade de grand élu du grand maître. ^^ ^3 

Ouverture de la vendita au grade de grand - 

ÉLU. 

Pacte social constitutionnel de l'Ausonie. 112 

Dernier grade carbonico de grand maître 

GRAND ÉLU. I^I 

Cérémonie de réception. ib. 

Clôture. iSy 

Costumes, des divers dignitaires et autres mem- 
bres de l'ordre carbonico au grade de grand 

maître grand élu. i5a 

Le vénérable grand maître grand élu, A. 

Premier éclaireur. 162 

Second éclaireur^ i63 






•i*ABLB T>1LS MATIERE^* ' f 

Ofateut. ib. 

Dignitaires. 164 
Grands maîtres grands élus sans dignités dans 

la vendita. ib. 
Serrans. ibid. 

Flammes ou gardiens. r65 

Récipiendaires. ib. 

Costumes destinés aux membres de l'assemblée 
souveraine, aux magistrats, licteurs, militaires, 

et à tous les citoyens de la république auso- ^ 

nienne. 166 

s. Membres de l'assemblée souveraine. ib. 
Rois de terre et de mer. 167 
Roi du peuple. 168 
Directeurs des diverses branches administra- 
tives, ib. 
Membres des cours de justice. 169 

Membres des assemblées provinciales, dépar- 
tementales, de district et cantonnales. ib. 
Membres des diverses administrations. 170 
Militaires. ib* 
Citoyens de l' Ausonie. 17a 

Calendrier carbonico. 17$ 

Division de l'année carbonica en jours. ib. 

■ de l'année en mois. 177 

de l'année en saisons. ib* 

. (Je Tannée en semaines. ib. 

Noms des mois. ib. 

Grandes fêtes de l'Ausonie. 178 

Fête bissextile. ib. 

Fêtes des saisons. 179 



Yj TÀBLS DES MATIÈRES. 

Fêtes particulières. ii. 

Explications des noms, signes y parole f^^ attoU" 
chemensj etc,y des Carbonari au troisième grade 
de grand maître grand élu. 1 80 

BreTet de Carbonaro en italien. 18S 

Traduction du brevet de Carbonaro. 1 87 

Lettre sur la situation morale et politique de 

l'Italie. ig% 

Lettre sur l'association du Gonsistorio. ao6 



1 « 



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STANFORD, CAUFORNIA 94305 





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